Ibid., I, p. 76-81. IT, p
de Maimon. Maimon, rejetant l'existence inintelligible de la Chose en soi, avait déjà cherché dans l'esprit humain l'explication de l’origine du donné, de la sensation; il avait cru trouver cette explication dans l’idée de la différentielle de la conscience, c’est-à-dire, au fond, dans ce qui reste pour notre conscience, quoique en elle d’irréductible à elle, dans un inconscient. De cet inconscient Fichte justement apporte ici en quelque sorte la justification. Il montre conmiment la production inconsciente de l'imagination est un moment nécessaire du développement de l'esprit humain et pourquoi cette production apparaît justement à la conscience, à la réflexion, comme quelque chose d’étranger au Moi, comme un Non-Moi qui limite notre activité; pourquoi, dans son activité inconsciente, l'esprit se perd nécessairement dans l’objet. Avec Fichte la Critique s'achève donc en un Idéalisme intégral; la connaissance tout entière, non plus seulement dans sa forme, mais jusque dans sa matière même, dans cette diversité primitive de la sensibilité qui jusqu'alors avait été réputée irréductible à l'intelligence et restait le dernier refuge de la Chose en soi, devient l’œuvre de l'esprit : hors du Moi, il n’existe plus rien qui le limite. |
Le problème de l'intelligence, tel qu’il vient d’être résolu, appelle cependant un complément, une philosophie pratique; et c’est l'objet de la seconde partie du manuscrit.
L'intelligence, en effet, exprime la limitation du Moi, sa dépen-
dance par rapport à l’objet, et l'essence du Moi c’est l'indépendance pure, cest la causalité absolue. La conciliation de ces deux aspects du Moi est l’objet même de la pratique. La question se résout pour Fichte en faisant de la causalité absolue non pas sans doute un
état actuel, mais un idéal; l’affranchissement de toute dépendance
à l'égard de la Chose est le but même que le Moi poursuit; mais
cest un but placé à l'infini, une conquête toujours poursuivie,
jamais achevée; notre humaïne condition ce n’est pas la possession
de la liberté, ce n’est pas la causalité pure de la Raison, c'est la.
tendance, c’est le penchant, c'est l'effort vers la liberté’; vouloir dépasser ce point de vue, croire qu'on peut s'affranchir totalement du Non-Moï, ce serait vouloir sortir du cercle même qui est notre limite, ce serait tenter l'impossible. La reconnaissance de cette limitation inhérente à la nature de l'esprit humain est la caractéris-
1. Fichte esquisse dans toute la seconde moitié de cette partie de son manuscrit, pour compléter sa théorie de l’effort, une systématisation des penchants qui a dis-
paru dans la forme définitive de la Théorie de la Science, mais qui atteste encore
davantage le souci qu’il a eu d’abord de rattacher ses spéculations à la philosophie élémentaire de Reinhold.
tique même de la philosophie critique; par là, la philosophie critique explique, dans la mesure où cela peut être expliqué, ce qu'il y a
finalement d'irrationnel dans l'esprit, le fait de sa limitation !.
Comme le dit expressément Fichte, « la contradiction (entre la hberté infinie qui est l'essence même de l'esprit et sa limitation originelle) ne doit jamais être levée, mais elle doit devenir infiniment petite ».
Ici se retrouve encore, assimilée et transformée par le génie de Fichte, une des idées capitales du profond Maimon. La fameuse « différentielle de la conscience » est reportée du domaine théorique
au domaine pratique.
Cette première ébauche de son système, Fichte l’exposait à ses amis de Zurich dans | des réunions privées?. L’impression que produisaient ces conférences sur l'esprit des auditeurs, Lavater l'a exprimée en ces termes :
« Une pensée plus lucide, plus pénétrante et plus profonde; une plus grande ouverture d'esprit; la généralisation plus facile; plus de rapidité dans le passage du général au particulier; plus de rectitude et de sûreté dans l'examen; plus de précision dans toutes les définitions ; la parole mieux exprimée; donner la claire intuition de choses encore inexprimées,; plus d’admiration pour les forces de l'esprit humain, me féliciter avec une joie nouvelle de l’honneur d'être un homme ; estimer davantage la grandeur de la nature humaine en chaque individu; travailler de toutes manières et surtout à ma manière à leur développement, à leur perfectionnement, à les mettre d'accord avec les lois les plus hautes; y travailler toujours plus sérieusement, toujours plus librement, toujours plus ardemment avec toujours plus de confiance et de suite; un pareil enseignement, — quel en est le prix — j'ai dû de l’apprendre au plus pénétrant penseur que je connaisse et qui nous a gracieusement et généreusement consacré, à moi et à quelques amis de la vérité, maintes et maintes des précieuses heures de son dernier séjour à