‹ Fidélaine; conte lyrique en 3 actesChapitre 11 sur 27 · SCENE tïl · texte numérisé non relu

SCENE tïl

HYLÉOL, BERTHOLD

{Pendant la dernière tirade d'Hyléol, les larmes de Fidélaine ont coulé de ses yeux lentement, claires et silencieuses, tragiques aussi, venues d'une source profonde tellement qu'on ne la voit pas palpiter. Maintenant elle étouffe et elle fuit par la droite, avec le long- sanglot de son cœur qui se brise. Au bruit, Hyléol se retomme vivement, veut revenir sur ses pas.)

HYLÉOL Mais Fidélaine pleure !

BERTHOLD, l'arrêtant du geste.

Laisse, enfant. La solitude est douce au cœur désespéré qui tout à coup se fend.

HYLÉOL Qu'a-t-elle?

BERTHOLD

Je ne sais. Aime-la. Elle est bonne. Quand je ne serai plus, elle n"aura personne que toi pour la défendre et que toi pour l'aimer ! Elle aime tant son

FIDÉLAIXE 39

frère. Son petit cœur de vierge en est tout embaumé. C'est un ange, Hyléol, un ange tutélaire.

HYLÉOL, avec un reproche muet dans tout l'être, une protestation indignée dans le geste et la voix.

Oh ! père !

(Un silence. — Hyléol est allé lentement vers la fenêtre du fond, absorbé, inquiété vaguement tout à coup, rembruni, sous le coup d'un malaise, étonné par le sanglot de Fidélaine, contristé par les paroles du vieillard.)

BERTHOLD La nuit vient-elle? Dis-moi.

HYLÉOL

Le couchant brûle encore, mais le soleil a fui; le jour blessé chancelle et pas à pas recule devant l'ombre qui rampe et précède la nuit : c'est le moment douteux du terne crépuscule... Au loin V astre a sombré et sa clarté le suit.

BERTHOLD On n'y voit presque plus.

40 FIDÉLAIXE

HYLÉOL, redescendant.

C'est vrai.

(Au dehors, une cloche sonne huit coups.)

BERTHOLD Quelle est l'heure qui sonne ?

HYLÉOL, redescendant encore.

Huit heures.

BERTHOLD

Il faisait jour encore hier, à pareille heure... le temps me paraît long... tout m'étonne aujourd'hui.

HYLÉOL. au premier plan droit.

S'il allait soupçonner que j'ai retardé l'heure! Mais non, le vieux sonneur m'aime, il garde le secret, il veille dans la tour .. Ah! ]: suis inquiet... et je voudrais déjà voir ici Erdelinde... mon cœur se serre, j'hésiste. (Se redressant ) Non, non! (Pendant V aparté d'Hyléol, Fidélaine traverse la scène au fond, en silence, douloureuse, automatique, écrasée sous le faix de sa peine, gracieuse encore pourtant, telle une ombre qui glisse. Elle s'enfonce dans le couloir cintré, allant au-devant des fileuses. Comme elle disparaît :)

BERTHOLD

Je grelotte. Qu'y a-t-il? Pourvu que viennent vite les fileuses : elles sont un peu de joie qui me visite.

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