LES PILEUSES
Chantez, chantez.
(Erdelinde esquisse un geste qui récuse. Hyléol supplie Erdelinde du geste.)
ERDELINDE
Soit, si vous le voulez !
(Tous se préparent à V écouter, sauf Berthold , perdu dans son rêve. Hyléol s'assied un peu à l'écart, au premier plan, la dévorant des yeux. Elle va chanter comme pour lui seul, le regardant avidement— quand elle ose « regarder ».)
ERDELINDE, chantant.
Il est sous les eaux profondes, Parmi de glauques reflets, De mystérieux palais Qu'habitent d'étranges mondes.
Beaux castels adamantins D'azur, d'or et d émeraude, Où le nain Nixcobt qui rôde Fait et défait les destins.
(Rumeurs.)
{Un bref sanglot de cor au lointain hoqueté. Puis, le ù'ience.)
52 FIDELAIXE
ERDELINDE, à ses sœurs.
J'ai cru là-bas entendre, mes sœurs, un cor. {Eveline et Viviane se consultent des yeux.)
Moi non.
VIVIANE, qu'Erdelinde interroge du regard. Moi non plus.
HYLÉOL, étranger au court colloque, amoureusement.
Chantez! Votre voix tendre a l'éclat de l'airain, la pureté de l'or.
LES FILEUSES Chantez, chantez encore.
ERDELINDE, chantant.
C'est l'empire des Ondines Qui, pour charmer les cœurs, ont De mélodiques chansons Sur leurs lèvres purpurines.
{Rumeurs.) Mais l'homme aux brèves amours, Qui d'aimer une a l'audace, Leur appartient, quoi qu'il fasse, Jusqu'à la fin de ses jours.
{Le cor jette un nouveau — un seul — cri de détresse, eu de colère, dans le gouffre de la nuit.)
FIDÉLAIXE 53
HYLÉOL, que le chant prophétique rend anxieux. Ah!... chante encore, encore.
LES FILEUSES Chante !
ERDELIN DE, inquiète, à ses sœurs.
Entendez-vous ce cor ?
VIVIANE Ma sœur, vous m'effrayez, l'heure n'a pas sonné.
Je n'ai rien entendu.
TROISIÈME FILEUSE
Pourquoi vous mettre en peine? Quelque chasseur sans doute en la forêt lointaine sonne...
PREMIÈRE FILEUSE Et le vent jusqu'ici égrène des accords.
HYLÉOL, pressant, suppliant.
Ah! chante encore, chante encore, Erdelinde, encore.
LES FILEUSES Chante encore !
{Elle est troublée, émue, elle paraît hésiter : tout Hyléol supplie, elle le regarde, elle va céder, elle cède.)
ERDELINDE
Par le nocturne mystère, D'entre les blancs nénuphars.
Sous la lune aux blonds regards, Elles viennent sur la terre.
{Rumeurs.)
Mais — hélas ! tel est le Sort ! — Celle qui dans sa demeure Ne rentrerait point à l'heure, Périrait de malemort.