‹ Fidélaine; conte lyrique en 3 actesChapitre 17 sur 27 · SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

SCÈNE VIII

LES MÊMES, plus FIDÉLAINE

{A V avant- dernier vers, Fidélaine entre silencieusement, sans être remarquée, par la petite porte du premier plan à gauche. Sur le mot « l'heure » éclate siir une cloche aux vibrations fantastiques et voilées le premier coup de on\e heures. Et le cor aussitôt reprend, impérieux, bi~utal, rauque, sinistre, apeurant et moins loin.)

TROISIÈME FILEUSE Déjà l'heure qui sonne.

VIVIANE, terrifiée.

Ah! cette fois, j'ai entendu : le cor maudit résonne !

TROISIÈME FILEUSE, en même temps que Viviane, frappée elle aussi par l'étrangeté du son.

Triste voix dans la lande !

EVELINE

Ma terreur est grande, fuyons, fuyons.

(Elles fuient précipitamment, au moment où sonne le dernier coup de on\e heures, extraordinaire et funèbre.)

HYLÉOL, /rappé de stupeur.

Malheureux, qu'ai-je fait? qu'ai-je fait? {Comme se réveillant, agissant tout à coup, mît par une force secrète.) Erdelinde ! Erdelinde!

(77 court vers le fond pour la suivre.)

FIDÉLAINE. Elle s'est précipitée et lui barre la route. Hyléol, n'y va pas!

HYLÉOL, doucement impérieux. Pourquoi? Laisse!

FIDÉLAINE Je t'en supplie, j'ai peur!

56 FIDÉLAIXE

HYLÉOL, moins doux.

Laisse, ma sœur.

FIDÉLAIXE

0 Hyléol, j'ai peur, j'ai peur. Vois mes larmes, ma douleur; reste, reste, je ne veux pas, je ne veuxpas. Je t'aime!

HYLÉOL, énervé.

Fidélaine, le temps presse. Laisse-moi.

FIDÉLAIXE. Elle l'enlace.

Ah ! tu ne comprends donc pas quand je dis que je t'aime9 Mais tu ne vois donc pas que tu marches sur mon cœur, que tu le piétines et le blesses ? Que le malheur est là, dans l'inconnu guettant, qu'il ne faut pas partir, qu'il t'attend, que je t'aime... tu me tortures ! !

HYLEOL. vibrant, trépidant, tâchant de se dégager.

Folle ! folle créature !

(Il la maîtrise presque.)

FIDELAIXE. qui se sent vaincue.

Hyléol ! Je t'aime, je t'aime ! Hyléol ! Hyléol !

(77 la meurtrit.)

HYLEOL,/ow.

Folle, folle, laisse-moi, assez, laisse-moi passer ! (// la repousse brutalement et fuit. Elle tombe à genoux, ployée. On entend dans le couloir la voix d'Hyléol.) Erdelinde!

[Au moment où il sort, entrent qui à droite, qui

à gauche, deux serviteurs, Vair épouvanté, qui

s'abordent vivement.)

PREMIER SERVITEUR Le sonneur ! le sonneur !

DEUXIEME SERVITEUR, même ton : on voit qu'il sait déjà.

Malheur, malheur, venez, malheur! (Ils fuyent par où est sorti Hyléol. Comme on a entendu « Erdelinde », on entend qu'ils crient.) Malheur! [Pendant ce temps, le vieux Berthold que la lutte a réveillé tend les bras à Fidélaine venue chancelante vers lui et la tient dans ses bras, très grand près d'elle petite. Il presse la tête blonde croulée sur sa poitrine.)

BERTHOLD, avec une immense pitié.

Pauvre petit cœur mort sur mon vieux cœur glacé !

(Toutes lesfileuses, effrayées, se sont jetées à genoux et prient.)

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