‹ Fidélaine; conte lyrique en 3 actesChapitre 23 sur 27 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

HYLÉOL — NIXCOBT — LE BALLET

{Alors Nixcobt surgit des roseaux. Il a sur les lèvres le mauvais rire satanique quy met sa vengeance assouvie. Il claudique, ridicule et terrible, jusqu'au dormeur, le couve de son regard de feu, étend sur lui ses mains griffues, rit, le contemple longtemps.)

NIXCOBT

O mon cœur torturé, ô mon cœur lamentable, regarde, le voilà!... Il est beau : souffres encore et sois inexorable. Tu n'avais qu'un seul bien, il vint — et te vola! (Sombrement.) Tout ce que j'ai souffert, je veux qu'il le ressente. (A Hyléol.) Entends-tu? je te tiens sous ma griffe puissante. {Sarc asti que.) Tu cherchais de l'amour et tu me trouves, moi ! Ha ! ha! ha! ha! Ton Erdelinde est morte, c'est toi qui l'as tuée en lui faisant enfreindre une inflexible loi. C'est à moi que tu dois l'infernale pensée d'avoir retardé l'heure. Il fallait qu'elle meure par toi, je l'ai voulu avant qu'il se pût voir l'Amour vainqueur

de mon pouvoir, d'un baiser, le premier, unir enfin vos lèvres et mon cœur méconnu massacré sans merci. C'est mon pouvoir encore qui t'a conduit ici. Proie docile! Vers ces lieux, quand tu suivais la trace de celle qui fuyait pour ne plus revenir, c'est moi qui ranimais ta course souvent lasse. Eperdu, par les bois où la nuit tasse l'ombre, les halliers, les buissons, les épines sans nombre, les pièges des taillis, tu courais — insensé! — par ma rage suivi; et la douce pâleur de la robe fuyarde que je te faisais voir, toujours près, toujours loin, de ta course hagarde, vers ma haine et la mort menait ton fol espoir, inconscient du danger! Maintenant je te tiens, maintenant je te garde, et je vais me venger. (77 s'est exalté graduellement; le dernier mot parait le frapper ; il s'arrête — un temps — triste : ) Me venger ! Pas même ce mot ne réconforte mon cœur sous l'irrévocable ployé. (Nouveau temps.) Elle est morte, elle est morte, elle est morte! (Crescendo, à chaque mot, de douleur rejaillie. Le dernier chavire dans un grand sanglot. Il pleure. Tout à coup se redresse, farouche.) Ah! n'importe! (yl Hrléol.) Maudit, il faut payer.

(Il se rapproche vivement du lac et sonne une infernale fanfare qui brise le silence frêle à grands éclats bruyants. Il se tait enfin, jette un dernier regard circulaire de maître et d'ordonnateur sur la clairière, puis fait un signe cabalistique : un trône agreste monte des roseaux. Il y prend place.)

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