BALLET
Et voici que de partout surgit le peuple gracieux des Nixes : il en sourd du lac, il en sort des buissons, il en glisse de la forêt.
Les unes sont nues, avec une ceinture de roseau; les autres ont de longues robes blanches de fin tissu et de gaze légère.
Elles ont en mains des nénuphars.
Elles dansent langoureusement, s'enlacent comme de flexibles lianes: ailées et vaporeuses se séparent et — voluptueuses — tourbillonnent.
Puis souples, élastiques, onduleuses, serpentines elles miment un appel à Hyléol — vers le lac.
Deux nouvelles danseuses que leur costume plus luxueux indique être des nymphes supérieures aux autres entrent en scène.
Nixcobt se lève, s'avance, leur désigne d'un geste impatient et impérieux le dormeur.
NIXCOBT. 77 n'a plus du bouffon que l'aspect physique. Sa physionomie même décèle un instant grave, fatidique. On sent qu'il va prononcer V arrêt sacramentel et terrible d'une surnaturelle Puissance, cruelle et inflexible. Il s'adresse aux deux danseuses.
Vous qui cachez la mort aux pîis de vos manteaux. Charmeuses, attirez vers vos obscurs tombeaux Celui par qui mourut une tille des Eaux.
Une des danseuses alors se détache, feint de s'endormir auprès de l'adolescent. L'autre la charme, la grise, l'enveloppe, l'attire, la (c prend » et ainsi, enivrées, embrassées, elles glissent aériennes vers l'onde ce pendant que le ballet mêle et démêle les entrelacs de ses figures et se masse peu à peu vers le fond où il se disperse lentement dans le lac quand Nixcobt le congédie d'un large geste impératif et dédaigneux.
Le trône s'engloutit sans laisser de trace. « Lui » disparaît à son tour...
Tout a fui.
Hyléol commence à s'éveiller. Il n'a plus conscience de la réalité des choses, subissant le charme des Nixes. Il ébauche un geste du bras, entrouvre les yeux.
LA VOIX D'ERDELINDE, dans le lac, très douce, très faible. Hyléol !
HYLÉOL, dans l'inconscience du demi-sommeil. Erdelinde !
LA VOIX DE FIDÉLAINE, loin dans la forêt, à gauche.
Hyléol ! Hyléol !
(Il se soulève, écoute.)
LA VOIX D'ERDELINDE, dans le lac, toujours plus douce, plus insinuante, comme un appel familier .
Hyléol !
LA VOIX DE FIDÉLAINE, au loin, comme un écho tragique. Hyléol !
HYLÉOL. Il s'assied. Il est calme, étrangement, d'un calme ni d'halluciné, ni d' extatique — d'hypnotisé plutôt ; enjoué :
Mon Erdelinde aimée, me voici! Va, je t'ai bien cherchée.
LA VOIX D'ERLINDE, infiniment tendre.
Hyléol !
HYLÉOL. {Il se lève, remonte.) Pourquoi t'es-tu cachée, chère, dans les roseaux?
LA VOIX DE FIDÉLAINE, plus proche, déchirante, dans la for et.
Hyléol!
HYLEOL, à la voix qui le ravit, avec des douceurs de suprêmes
caresses :
Je viens, je suis à toi ! J'ai quitté le château, ma bonne Fidélaine, mon père si vieux, si vieux!... Pèlerin éperdu, dans le vent de ta traîne, j'ai couru, j'ai suivi cet amour qui m'entraîne, et je n'ai pas tourné les yeux !
LA VOIX D'ERDELINDE Viens! viens!
HYLEOL. avec passion, déjà à demi dans Veau oii il s'enfonce sans même s'en douter.
Je suis à toi ! ... Je viens ! Je t'aime. . . (Sa voix s'éteint. Vonde Va pris. Les Destins so?it révolus.