SCENE III
HYLEOL, FIDELAINE, ERDELINDE (cachée).
(Entrent alors Hyléol et Fidélaine se tenant par la main. Hyléol paraît soucieux. Fidélaine achève les dernières mesures de sa chanson.)
Je chante pour te plaire, à peine tu m'écoutes. Tu te tais et tu rêves. Mon Hyléol, qu'as-tu? Tu riais tout à l'heure...
HYLÉOL, insincère, cherchant des raisons.
Mais... rien Le jour meurt. L'ombre monte
et m'enlève un peu de ma gaîté.
(77 montre le couchant de pourpre et d'écarlate qui saigne ses derniers rayons.
FIDÊLAIXE, qui a porté son regard vers le point indiqué
par Hyléol.
Oh! vois... sur ce fond d'incendie et d'orgueil cet oiseau! [Elle va vers V oiseau qu'elle montre, les mains tendues, les yeux au ciel.) Qu'il est beau!
HYLEOL, pendant ce temps, à lui-même.
La légende m'obsède. Blanches, dit-elle... les trois sœurs sont ainsi... Qui sont-elles? — Mystère! D'où viennent elles? — Secret! J'ai peur de deviner... Erdelinde serait... Et pourtant... (Résolu.) Ah \ je veux savoir... je saurai!
FIDÊLAIXE. En suivant le vol de l'oiseau s'est tournée vers le lac, en abaissant les yeux elle le voit.
Ah! ce lac! encore ce lac ! Il me fait peur, fuyons! (Ce disant elle court se blottir contre Hyléol.)
HYLEOL. Il jette un regard intense et long de curiosité et d'inquiétude vers le lac... puis, fraternel :
Tête folle. . . chère sœur !
FIDELAINE Ah! nous sommes bien égarés.
HYLÉOL. Il exagère le ton plaisant pour cacher son trouble.
Certes, le vieux château de messire Berthold notre père est loin... Mais, comme en les contes de fées, un adorable guide dont seule ta grâce est digne... le parfum de ces fleurs que tu m'avais données...
FIDÉLAINE, s' apercevant seulement qu'il ne les a plus, tout
de suite triste.
Méchant, qu'en as-tu fait?
HYLÉOL. 77 V embrasse fraternellement en riant.
Vois, je les ai semées... elles nous montreront notre route.
FIDÉLAINE, émerveillée.
Cher Hyléol !
HYLÉOL
Par ce chemin fleuri, sur ces riches corolles, Joyeusement marchons... et reprends ta chanson!
FIDELAIXE, HYLEOL.
Pauvre bergère Ion Ion la Pauvre bergère Ion Ion la On l'a dû porter en terre Pour un qui ne l'aimait pas
Ion Ion la.
Pour un qui ne l'aimait pas !
(Pendant ce temps, Erdelinde est sortie des roseaux, les regarde partir... les suit jusqu'à Vorée du bois.)
ERDELINDE, revenant, très triste :
Pourquoi faut-il que Fidélaine l'aime?
(Elle s'enfonce dans le lac.)