ACTE DEUXIEME
Une vaste salle au plafond cintré d'où tombe, de place en place, la masse lourde des piliers. Sur la scène, un peu vers la droite, un de ces piliers, massif, sévère, soutenant la courbure d'une ogive. Quelques fauteuils et un bahut gothiques. Des rouets dans un coin et des escabeaux.
Au fond et aux cotés latéraux, grandes fenêtres ogivales à vitraux. Deux sont ouvertes : une dans le mur de gauche, une au fond vers la gauche.
Par celle-ci on aperçoit, dans un enfoncement fabuleux de lointains, une fuite éperdue de plaines mornes, sans relief, très tristes à l'œil et que tache seulement le point noir que font dans le recul les premiers contreforts d'une forêt.
Tout ce fond de paysage apparaît baigné dans les flots d'une brutale lueur rougeâtre qui l'éclairé sans régaver, surtout sans l'adoucir : sur quoi le zénith est de lapis, le ciel d'améthvstequi fond, l'horizon d'écarlate. Jeux de lumière continus. La nuit ne va pas cesser de tout enténébrer graduellement selon que décriront les personnages.
Tout à fait à gauche, le trou béant d'une galerie aux proportions vastes qui fait un coude brusque à deux ou trois mètres en retrait du décor de fond de salle.
La ténèbre s'accumule dans ce coude de galerie avant de se répandre ailleurs : c'est comme s'il suintait de l'ombre de ce coin inquiétant.
A gauche et à droite, au tout premier plan, face à face, petites portes massives, en chêne, à larges pentures.
Près de la fenêtre latérale de gauche, au lever du rideau, le vieux Berthold, dans un fauteuil de chêne, haut et mince, dont les bras, les pieds, les montants, sont des corps allongés de
3o FIDÉLAINE
chimères grimaçantes, le vieux Berthold, âgé dans une attitude hiératique, rêve, les yeux dans le vague, vers l'extérieur. A la fenêtre du fond, Fidélaine accoudée, vêtue de velours sombre, les cheveux nattés dans le dos, rêve aussi, mais lasse, affaissée, infiniment mélancolique.