‹ Fidélaine; conte lyrique en 3 actesChapitre 9 sur 27 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

BERTHOLD, FIDÉLAINE

Ce couchant est sinistre comme est de loin un incendie ou l'horrible épouvante d'un colossal bûcher. Que de sanglants rubis dans ses saphirs l'azur charrie!... Lourds brandons agités et puis torches brandies, ils vont vers la fournaise ardente et qui brasille... et le sol lui aussi rougeoie, vers d'infinis lointains. Ainsi l'avenir de ceux qui ont trop espéré! L'aridité immense de landes mornes dont la fin ne vient pas. Et l'horizon de gloire, et de faste et de pourpre qu'ils iï atteindront jamais (i). Quelle invincible tristesse sort de vous, plaines infinies? Votre vide angoissant m'évoque le vide de certaines vies... et je souffre à vous regarder.

( i ) Les parties de texte en italique n'ont pas été utilisées par le compositeur. Nous croyons devoir en publier ce qui nous parait utile à la bonne tenue du poème. (N. de l'Edit.)

FIDÉLAINE 3i

BERTHOLD

La vieille terre souffre aussi, parfois, comme un

cœur de vingt ans,

Oui, mais le cœur se brise et la terre souffre sans savoir.

BERTHOLD

Tu dis des choses de mystère et de nuit, ma Fidélaine, ce soir.

FIDÉLAINE J'ai le cœur gros, j'ai l'âme en peine.

BERTHOLD Mornes paroles !

Je pense à ceux qui aiment et que l'on n'aime pas...

BERTHOLD

Enfant, on les console...

Parfois ! Mais il en est qu'un seul refus poignarde! ceux là...

BERTHOLD Ceux là que Dieu les garde!

[Court silence.)

J'ai peur. Je crois qu'en l'air il flotte un grand malheur, et qu'en passant il va me toucher de son aile. En moi je sens quil sourd une angoisse mortelle et de fâcheux -présages ont assombri mon front.

BERTHOLD Petite fille, laisse ces mots profonds. Qu'as-tu?

FIDELAINE Je ne sais.

BERTHOLD

Ta robe en tissus d'or quelque serf malveillant l'aurait-il égarée?

Non.

BERTHOLD

C'est qu'alors aura fui ta perruche adorée ou qu'aura disparu ton grand lévrier blanc?

FIDÉLAINE Non, père.

BERTHOLD

Perdus tes fiers faucons capuchonnés d'argent? Malade, morte peut-être, ta douce haquenée? Brisés tes bracelets, flétris tes lys charmants?

FIDÉLAINE Il n'est rien de précis dont mon cœur se désole.

BERTHOLD

Tu ne peux souffrir pourtant par Hyléol ! [Pensif.) Il est distrait aussi, sombre et les yeux mauvais. Il ne m'embrasse plus comme autrefois

FIDÉLAINE, protestant.

Mon père!

BERTHOLD

Il se passe aujourd'hui des choses qui m'étonnent.

FIDÉLAIXE, même jeu.

Oh! père!

BERTHOLD

Mais va vers lui quand même : il te rendra la paix, d'un regard, si tu souffres. Si l'on te veut du mal, son bras déjà viril défendra ta faiblesse. Il t'aime. Sa mère comme ta mère était bonne... il est bon... il t'aime.

FIDÉLAIXE, à elle, à part.

Hélas! mot amer et qui blesse! Pourquoi le répéter ?

BERTHOLD Va!

FIDÉLAIXE. Elle fait un geste fataliste, mais elle obéit. A elle-même, en se dirigeant vers la porte de droite, premier plan. Avec désespérance.

Hyléol!... Son abandon déjà, bientôt sa cruauté l

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