ACTE I
Vingt ans.
ISABELLE
ROCCO
C’est l’âge où l’on aime, Fidelio ï — Est-ce que tu n’aimes pas ? — Le diable m’emporte, je crois que tu rougis ! A ton air de pudeur et de timidité on te prendrait parfois pour une fille ! — Fi donc ! est-ce à un homme de baisser les yeux quand on lui parle d’amour! — Les enfants dégénèrent, mon garçon, et vos pères^valaient mieux que vous. — A la santé de Marceline !
De tout mon cœur ! ni trinquent.
nocco.
Ah ! tu te décides à dire un mot, sournois : ce nom de Marceline résonne doucement à tes oreilles, n’est-ce pas? Ses beaux yeux te trottent dans la tête et le son de sa voix te fait pâmer d’aise ! — Mais parle donc, mille diables ! parle donc !
ISABELLE
Sans doute, monsieur Rocco, sans doute.
ROCCO
Alors, pourquoi ne pas lui dire franchement que lu l’adores, morbleu ! — car j’aime à croire que tu l’adores ?
ISABELLE
Je serais un ingrat si je n’étais pénétré de reconnaissance pour tous les témoignages d’intérêt qu’elle m’a donnés.
ROCCO
Et qui diable te parle de reconnaissance, encore une fois; je te parle d’amour ! # — Sais-tu ce que c’est que l’amour ?
ISABELLE
Excusez-moi, je craignais
ROCCO
On ne craint rien quand on aime, vive Dieu! — Décidément tu me parais aussi maladroit à prendre le cœur d’une fille qu’ù vider un verre de vin.