SCÈNE XI
MARCELINE, plis STEFANO.
MARCELINE
Mon père a beau dire, je crois bien que Fidelio a de l'affection pour moi; mais ce n’est pas celle d’un amant...
STEFANO . entrant précipitamment.
Marceline!....
MARCELINE
Ah! c’est toi, Slefano! — Qu’as-tu donc? — Quelle mine effarée !
STEFANO
C’est fini, j’en ai assez! — Vous pouvez aimer Fidelio tout A votre aise et l’épouser! cl vivre ici avec lui jusqu’à la fin de vos jours! — Moi, je m’en retourne au village! — Dés ce matin
Vf. T K il.
ma résolu lion était pris»:, et ce qui vient de m’arriver n’est pas fait pour me retenir... Adieu t
MARCELINE
Qu’est-ee donc? explique-toi!
STEFANO
Non, non!.... Adieu!
MARCELINE, le retenant.
Stefano!...
STEFANO
Eh bien, donc! je visitais les fossés de la forteresse, comme votre père m’en avait donné l’ordre, lorsque, arrivé sous les murs du vieux donjon, j’avise une étroite ouverture dégradée par le temps et fermée par une grille; je monte sur une pierre pour m’en rapprocher, mon pied glisse ; je saisis un des barreaux pour me retenir, et je roule dans le fossé avec la grille, toute rongée de rouille, et quelques pierres qui sc délacheut de la muraille. — C’est un miracle que je n’aie pas été écrasé dans ma chute!
MARCELINE
Pauvre garçon !
STEFANO
Attendez, ce n’est rien encore : je me relève, j’ai la curiosité de pénétrer dans le couloir souterrain dont le hasard m’avait ouvert l’accès; je descends quelques marches et je m’avance A talons dans l’oliscuiilé. Tout a coup, une volée de démons semble fondre sur ma tète! — Je sens leurs ailes glacées effleurer mon v isage ! mesebeveux se dressent sur mon iront... je veux fuir, et mes jambes se dérobent sons moi!.... je veuxcrier, et je ne retrouve plus ma voix ! le. me suis cru mort !
MARCELINE
Poltron !..... Ces démons- là n’étaient sans doute que de pauvres oiseau ^ de nuit effarouchés parle bruit de tes pas.
STEFANO
C’est possible; mais comme je commençais à reprendre mes sens et à me remettre un peu de ma frayeur... {poummu <m ion? *«mi"ement.) Ah !...
- MARCELINE , «ermnt contre lui.
Quoi donc?
STEFANO
Voilà qu’un long cri plaintif, un sourd gémissement, triste comme un soupir d'agonisant, arrive jusqu’à moi à travers la nuit !...
FlDELlO.
MARCELINE
<I’^tait le bruit du vent dans le souterrain.
- STEFANO
Ou l’âme en peine de quelque trépassé !
MARCELINE
Ou la voix d’un être humain, l’appel d’un malheureux qui souffre et qui demande du secours!
La pensée m’en est venue aussi.
MARCELINE
Eh bien ! tu l’as secouru? Tu l’as sauvé ?
STEFANO
Non, c’est moi qui me suis sauvé!... et du diable si je retourne jamais par là! Rien qu’en y pensant je me sens encore frissonner des pieds à la tête!
MARCELINE
Mais s’est horrible, Slefano! Il y a là un pauvre captif qui pleure et <jui peut-être va mourir!... Je veux essayer de lui porter secours; je veux que tu viennes avec moi!. .
STEFANO
Non, non!... je suis décidé à partir!.,. Je vais rendre mes clefs à votre père... et je vous fais mes adieux !... Dans mon village, du moins, les filles sont fidèles... et l'on n’entend, la nuit , que le bruit de l’eau S"r les pierres ou les soupirs du vent dans les arbres... j’aime mieux cela. — Bonsoir!
MARCELINE
Allons trouver mon père... En me rappelant ses paroles et celles de Fidelio, je ne puis me défendre d’une vague inquiétude... Ton récit m’a glacé le cœur!... (L>ninbuni.) Viens!... (F.iie
sorl a*ec Slefano.)
Isabelle rentre en scène suivie dos prisonniers. — Elle soutient un vieillard qu'elle conduit jusqu'au hanc de pierre, puis elle s'éloigne.