ACTE I
HOCXO.
Oui. N’y aurait-il pas de l’amour sous jeu, et ue serait-il pas temps de m’en donner quelque nouvelle?
MARCELINE
Pour ce qui est de Stelano, mon père, il se pourrait bien qu’il en fût ce que vous dites; mais pour ce qui me regarde, je puis vous jurer qu’il n’en est rien.
ROCCO
Eh! mon Dieu! ne t’en défends pas, petite sournoise!... Ai-je l’air si rébarbatif que tu n’oses me faire tes confidences?
MARCELINE
Mais, mon père...
ROCCO
Ne t’en défends pas, te dis-je; Stefano est Un brave garçon, et du moment qu'il te plaît...
MARCELINE
Mais justement, mon père, c’est qu’il ne me plaît pas.
, ROCCO
Hein! il ne te plaît pas?*. Mais alors, mille diables, qu’est-ce qu’il demande! Pourquoi devient-il sourd, et à quel propos se permet-il de ne pas ouvrir quand on frappe?
MARCELINE
Oh! pour cela, mon père, il ne faut pas lui en vouloir; grâce aux hommes d’armes qui vont et viennent dans ce donjon, un coup de marteau n’attend pas l’autre; et le pauvre garçon ne peut me dire un mot de tendresse sans être obligé de courir dix fois à la poterne.
ROCCO
Bon! ne vas-tu pas le défendre à présent?
MARCELINE
C'est le moins que je lui doive; car pour vous dire le vrai, mon père, je ne suis pas tout à fait sans reproches.
ROCCO
Comment?
MARCELINE
Je ne lui ai pas fait tout d’abord un accueil trop désobligeant, et si plus tard j’ai changé de sentiment...
ROCCO
C’est que tu t’es aperçu de sa gaucherie, de sa maladresse, de sa grossièreté, de sa rusticité...
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MARCELINE
Non, mon père; c’est que je ne pouvais plus éprouver pour lui ce que j'éprouvais... pour un autre.
Ah ! ah!...
MARCELINE
Vous souvenez-vous du jour où vous avez recueilli Fidelio?
ROCCO
Oui. — C’était le lendemain de notre arrivée à Milan; je faisais le tour de cette citadelle quand j’aperçus, couché sur le revers d’un fossé et transi de froid, un jeune garçon qui me dit être sans famille et sans asile; en considérant ses traits, je crus y trouver une vague ressemblance avec ceux de mon fils tué l’an dernier par les Vénitiens, et je me sentis ému de pitié; je lui proposai de l’employer au service des prisonniers, il accepta avec joie, et depuis, je n’ai eu qu’à me louer de son îèlc.
MARCELINE
Eh bien ! mon père, c’est de ce jour-là que j’ai cessé d’ajÿier Slefano. •
ROCCO
Fort bien! je commence à comprendre; c’est à toi que Fidelio a demandé la récompeuse de ses services, n’est-ce pas?...
MARCELINE
Hélas! non, mon père, il ne m’a rien demandé et je n’ai rien osé lui dire; mais puisque enfin vous voulez savoir mon secret, je vous avoue qu’il ne m’a pas été possible de le voir sans l’aimer.
ROCCO
Et moi, vieille barbe grise, qui ne m’en suis pas aperçu! Est-ce dit? est-ce Fidelio que tu veux pour mari? En ce cas, ma * fille, ne te mets pas en peine ; j’en fais mon affaire : tu l’épousera dans trois jours.
MARCELINE
Encore faudrait-il savoir si son cœur partage les sentiments du mien?
ROCCO
Mille diables! je voudrais voir que ce vagabond repoussât l’honneur que ma fille veut bien lui faire. — Sans lui rien dire, ne lui as-tu pas laissé deviner quelque chose de la tendresse • que tu avais pour lui?