‹ Fidelio opera en trois actesChapitre 7 sur 47 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

HOCXO.

Oui. N’y aurait-il pas de l’amour sous jeu, et ue serait-il pas temps de m’en donner quelque nouvelle?

MARCELINE

Pour ce qui est de Stelano, mon père, il se pourrait bien qu’il en fût ce que vous dites; mais pour ce qui me regarde, je puis vous jurer qu’il n’en est rien.

ROCCO

Eh! mon Dieu! ne t’en défends pas, petite sournoise!... Ai-je l’air si rébarbatif que tu n’oses me faire tes confidences?

MARCELINE

Mais, mon père...

ROCCO

Ne t’en défends pas, te dis-je; Stefano est Un brave garçon, et du moment qu'il te plaît...

MARCELINE

Mais justement, mon père, c’est qu’il ne me plaît pas.

, ROCCO

Hein! il ne te plaît pas?*. Mais alors, mille diables, qu’est-ce qu’il demande! Pourquoi devient-il sourd, et à quel propos se permet-il de ne pas ouvrir quand on frappe?

MARCELINE

Oh! pour cela, mon père, il ne faut pas lui en vouloir; grâce aux hommes d’armes qui vont et viennent dans ce donjon, un coup de marteau n’attend pas l’autre; et le pauvre garçon ne peut me dire un mot de tendresse sans être obligé de courir dix fois à la poterne.

ROCCO

Bon! ne vas-tu pas le défendre à présent?

MARCELINE

C'est le moins que je lui doive; car pour vous dire le vrai, mon père, je ne suis pas tout à fait sans reproches.

ROCCO

Comment?

MARCELINE

Je ne lui ai pas fait tout d’abord un accueil trop désobligeant, et si plus tard j’ai changé de sentiment...

ROCCO

C’est que tu t’es aperçu de sa gaucherie, de sa maladresse, de sa grossièreté, de sa rusticité...

to

MARCELINE

Non, mon père; c’est que je ne pouvais plus éprouver pour lui ce que j'éprouvais... pour un autre.

Ah ! ah!...

MARCELINE

Vous souvenez-vous du jour où vous avez recueilli Fidelio?

ROCCO

Oui. — C’était le lendemain de notre arrivée à Milan; je faisais le tour de cette citadelle quand j’aperçus, couché sur le revers d’un fossé et transi de froid, un jeune garçon qui me dit être sans famille et sans asile; en considérant ses traits, je crus y trouver une vague ressemblance avec ceux de mon fils tué l’an dernier par les Vénitiens, et je me sentis ému de pitié; je lui proposai de l’employer au service des prisonniers, il accepta avec joie, et depuis, je n’ai eu qu’à me louer de son îèlc.

MARCELINE

Eh bien ! mon père, c’est de ce jour-là que j’ai cessé d’ajÿier Slefano. •

ROCCO

Fort bien! je commence à comprendre; c’est à toi que Fidelio a demandé la récompeuse de ses services, n’est-ce pas?...

MARCELINE

Hélas! non, mon père, il ne m’a rien demandé et je n’ai rien osé lui dire; mais puisque enfin vous voulez savoir mon secret, je vous avoue qu’il ne m’a pas été possible de le voir sans l’aimer.

ROCCO

Et moi, vieille barbe grise, qui ne m’en suis pas aperçu! Est-ce dit? est-ce Fidelio que tu veux pour mari? En ce cas, ma * fille, ne te mets pas en peine ; j’en fais mon affaire : tu l’épousera dans trois jours.

MARCELINE

Encore faudrait-il savoir si son cœur partage les sentiments du mien?

ROCCO

Mille diables! je voudrais voir que ce vagabond repoussât l’honneur que ma fille veut bien lui faire. — Sans lui rien dire, ne lui as-tu pas laissé deviner quelque chose de la tendresse • que tu avais pour lui?

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