LA SECOUSSE
Comédie dramatique en trois actes
Par JEAN FERON 4 personnages: 3 hommes, 1 femme.
Une pièce d'une intensité dramatique, qui plaira à tous nos lecteurs. LE GRAND SUCCES DU JOUR !
Prix 25c. par la poste 30c.
Editions Edouard Garand.
Les Collaborateurs de demain
Parmi les personnalités littéraires, dont nous espérons publier bientôt un roman
il faut mentionner tout d'abord
MdeL. J. N. BLANCHET
Auteur de "l'erreur radiée", dont nous espérons avoir la primeur. Ce ne sera pas le début de cet auteur dans la littérature, car Mde Blanchet, est bien connue comme collaboratrice de la Revue Nationale, organe de la Société St. Jean-Baptiste. Nous aurons l'occasion de reparler prochainement de ce roman.
Un écrivain canadien, qui vient de faire ses débuts, dans le monde des lettres, et dont le talent s'est affirmé du premier coup, c'est :
ODETTE L. OLIGNY
qui est à mettre la dernière main à un roman canadien intitulé "Louise Granger", et après lecture des premiers chapitres nous pouvons affirmer à nos lecteurs, que cet auteur est appelée à se classer au premier rang, parmi nos romanciers.
Une bonne nouvelle, pour nos lecteurs, c'est que nous nous sommes assurés la collaboration de l'auteur de "Jules Faubert" pour l'année 1925 et nul doute, que
M. UBALD PAQUIN
saura montrer autant d'originalité, dans ce nouveau roman, que dans "Le roi du Papier", que la plupart de nos lecteurs ont lu.
LES EDITIONS EDOUARD GARAND, ont fait éclore par leur encouragement aux auteurs, une pléiade de nouveaux romanciers, et bientôt, nous en lancerons quelques-uns, et nos lecteurs pourront se convaincre eux-mêmes, que si nous n'avions pas de romanciers, et par ce fait, passions pour un peuple illétré, cela était dû au manque d'encouragement aux auteurs. Heureusement, LES EDITIONS EDOUARD GARAND, sont maintenant solidement établies, et notre organisation dans l'Amérique du Nord, fait connaître le Canada français comme pays ou les choses de l'esprit occupe une place prépondérante dans la nation.
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THEATRE ORPHEUM
M. J. A. GAUVIN annonce
Une nouvelle Saison de Comédie Française dans le plus chic et le plus élégant théâtre de Montréal
Comme début de saison, l'on donnera les représentations de la troupe du Théâtre de LA PORTE ST-MARTIN DE PARIS.
La Femme d'Or
Roman Canadien inédit par Jean Féron
No. 2
Je quittait mon poste d'observation.
Dehors, l'inconnue n'était plus visible. Je me dirigeai hâtivement vers le numéro 6G6 je fus assez surpris de trouver ïa porte d'entrée légèrement entrebâillée. Un instant j'hésitai. Je tendis l'oreille à l'intérieur de l'habitation. m Un silence profond régnait. Je pénétrai" dans la noirceur du hali et refermai la porte sur moi, J'eus tort de ne pas laisser cette porte telle que je l'avais trouvée, mais j'étais trop distrait et trop énervé. Je n'avais pas peur, mais en face de l'inconnu je demeurais peu rassuré. Dans îe hall je demeurai immobile un moment et j'éprouvai alors une violente sensation: il me semblait que j'aspirais un parfum violent qui montait à ma tête. Je voulus agir, et, connaissant les aîtres, je me dirigeai vers la salle à manger. J'allais au travers d'un noir d'encre. Quand je pénétrai dans la salle à manger il me sembla respirer un parfum plus doux qui produisit sur mes sens un immense bien-être.
"À présent, me dis-je, il importe de dissimuler ma présence. De suite je me souvins qu'à main droite se trouvait un large buffet posé dans l'angle même de la salle. Je pouvais facilement dérober ma présence derrière ce meuble, pourvu qu'il ne fut pas trop lourd et que je puisse le déplacer un peu et le tirer à moi ensuite. A tâtons toujours je trouvai le buffet, j'essayai mes muscles et je réussis à faire un espace suffisant pour me glisser derrière. Malheureusement je ne pus le remettre en place. Bah! me dis-je, cela n'y paraîtra pas. J'attendis. . .
"Combien de temps ?...Je me le demande encore; car l'heure ou les heures de cette attente m'ont paru s'écouler comme en rêve. Je sortis de ma torpeur sous l'éclat d'un coup de tonnerre. Un éclair sillonna peu après ïa noirceur qui m'environnait; mais dans cette lueur fugitive... Ah! mes amis, quand j'y pense je frémis encore !...()ui, dans cette lueur j'entrevis comme une silhouette humaine devant moi.... comme une statue en or OU en bronze .... immobile et souriante !
—C'était LA FEMME D'OH ? balbutia le reporter.
— Elle. .. .toujours ! Pourtant, dans la seconde seulement que dura La clarté sinistre de l'éclair, le sourire que j'eus le temps de saisir sur les lèvres de l'inconnue lit courir un frisson sur ma nuque. Je commençais à sentir la peur figer mes sangs. Instinctivement je tendis les mains en avant pour
reconnaître l'endroit de ma cachette. Où étais-je ?... Voyez d'ici mon étonnement ! je ne touchais plus le bois du meuble derrière lequel je m'étais glissé. Un nouvel éclair déchira l'obscurité — un de ces immenses éclairs qui, en une seconde, embrasent tout un ciel et toute une terre. Et cette seconde me suffit encore pour découvrir une chose qui me fit chanceler d'épouvante. Tout près de moi, si près que je pouvais y toucher de mes doigts, et devant mes yeux égarés, je venais de voir un cerceuil. . .mais un cercueil rouge d'un rouge sanglant, et, agenouillée auprès de ce cercueil ....
—LA FEMIME D'OR ? bégaya le reporter excessivement ému.
— Elle-même. Le coup de tonnerre qui suivit me fit recouvrer comme par enchantement l'usage de mes sens et de ma volonté. Je saisis mon revolver et le braquai sur la vision fantastique.
— Holà ! criai-je. /. .Mais la voix plus forte du tonnerre avait couvert ma voix.
"Qu'importe! je laissai ma main armée tendue en attendant un nouvel éclair. Malgré ma résolution et mon courage, je tressaillis et fus envahi par un nouveau malaise. Dans le silence qui s'était fait après le coup de tonnerre, mon ouie attentive fut frappée par le bruit d'une poitrine qui éclate sous la pression de sanglots .. .puis celui d'un ruissellement de larmes. J'écoutai, frémissant. Un troisième éclair perça la noirceur .la vision avait disparu Seulement, dans la courte durée de cet éclair je pus voir que je n'étais pas derrière le buffet où je m'étais caché, mais au bout opposé de la salle à manger. iSans le savoir, sans m'en souvenir, j'avais abandonné mon lieu de refuge, et je me voyais tout à coup près de cet endroit de la salle à manger où, par deux fois, j'avais découvert une mare de sang. Je me sentis à nouveau repris par l'épouvante devant le terrible mystère qui m'enveloppait de toutes parts. Mais étais-je réellement éveillé ?.. .Certainement, puisque j'entendais à ce moment-là tout le chahut de l'orage au dehors. Le vent soulflait avec un violence telle qu'il semblait percer les murs et que je le sentais souiller dans mes cheveux. Je percevais la pluie battre contre1 les fenêtres comme des grêlons.
"A ce même moment je sentais en moi la folie irrésistible de revoir LA FEMME D'OR. Je décidai de faire de nouvelles recherches. Mais il fallait de la lumière ? Je savais qu'-
un beau lustre était suspendu au centre de la pièce. Si je pouvais trouver le bouton électrique ? J'avais des allumettes. Je frottai l'une d elles. -Mais à la même seconde je fus saisi par quatre bras vigoureux. De forée on m'enfonça une poire d'angoisse dans la bouche, puis je fus ligoté, pieds et poings, soule\e, emporté. Puis je tombai... Il me semble bien que je tombai un siècle durant: la chute me parut interminable. Enfin, je touchai terre, ou plutôt je tombai sur quelque chose dont je ne pus déterminer la nature: cela me parut dès l'abord un amas de matières quelconques qui, sous le poids de mon corps, craquèrent curieusement et crissèrent comme des os qui se brisent. Qu'était-ce ?
"Je n'eus pas le temps de résoudre ce problème. 'Une vive clarté jaillit tout à coup comme au travers d'une muraille. Je vis une cave, un sous-sol quelconque, mais je vis autre chose: le cerceuil que j'avais vu làhaut ! Une autre chose acheva mon épouvante et mon horreur: je découvris que j'étais étendu sur un tas de squelettes. Et alors, comme si la muraille s'était ouverte devant moi, je vis apparaître une silhouette humaine, une silhouette qui flamboyait
c'était la FEMME D'OR ! Oui, elle était là, devant moi, radieuse et souriante. Mais son sourire, cette fois encore, me fit frissonner. • Elle parla d'une voix à l'accent métallique. . . c'était comme une voix d'or.
Elle me dit:
— Jacques Audet, je t'aurais donné tout mon amour si tu avais su t'y prendre. Mais à cette heure, pour avoir tenté de pénétrer des secrets qui ne t'appartiennent pas, c'est ma haine que tu as recueillie !
"Elle fit un geste tragique.
"J'essayai de me soulever .. .je voulus parler... Un éclat de rire infernal retentit audessus de ma tête, et à la minute même l'obscurité se fit autour de moi. LA FEMME DOR avait disparu. Alors, dans l'énorme silence qui suivit, je me posai ces questions brûlantes: où suis-je ? Que vais-je devenir? Quelle était cette femme ? Comment me connaissait-elle ...Je sentais mes cheveux tomber un à un sous l'horreur qui ne cessait de m'assiéger. Mais je n'étais pas au bout de mon supplice. Non... vous allez voir.
"Un brusque éclair troua ma noirceur, un coup de tonnerre plus violent que les autres peut-être retentit. Et alors il me sembla que les fondations de la maison venaient de s'ouvrir, de s'écarter, de s'effondrer. En effet, une explosion épouvantable se produisit aussitôt, presque simultanément, je me sentis soulevé. Une clarté formidable m'environna, et dans cette clarté je vis passer LA FEMME D'OR... elle paraissait fuir dans une course affolée, désespérée. J'entendis des cris, des hurlements, des appels éperdus. Et j'étais toujours emporté sur mon nuage de lumière, et cette lumière me semblait des flammes ardentes qui me dévoraient.
"L'épouvante fut trop forte, je perdis connaissance. Le lendemain, mes amis, je me retrouvai sur une couche de l'Hôpital-*Géné-
— Ouf ! cria le reporter en essuyant son front moite.
— N'est-ce pas que c'est terrible ? demanda l'avocat en vidant son verre de vin.
— C'est incroyable! déclara l'architecte dont tous les traits étaient livides.
—Mais LA FEMME D'OR ? interrogea Alban Ruel, n'as-tu jamais appris ce qu'elle était devenue ?
L'avocat n'eut pas le temps de répondre à cette question: car lui et ses deux compagnons venaient de se dresser avec effroi et stupeur ;car, par la porte ouverte de la pièce qu ils occupaient et qui donnait sur un couloir qui conduisait d'un côté à un escalier communiquant avec les étages supérieurs» et, de l'autre, à une porte ouvrant sur la rue Saint-Dominique, oui, dans ce couloir une ombre humaine avait passé... une silhouette d'or, une ombre furtive et dorée, et les trois amis avaient murmuré, comme un écho perdu dans les espaces: