‹ FiesqueChapitre 10 sur 72 · ACTE I, SCÈNE IV. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV. i

Nous gémissons ! Le traître insulte à notre deuil , Et compte les sujets promis à son orgueil. Ses insolens regards profanant nos familles, Poursuivent en tous lieux nos femmes et nos filles. Que sert de dénoncer ses forfaits et nos maux? N'a-t-il pas nos tre'sors pour payer nos bourreaux ? Allez, lâches Ge'nois , courbes sous ses caprices, De sa grandeur future adorer les prémices ! Pour moi que la douleur, que les ans ont fle'tri , A la tombe bientôt demandant un abri , J'y vais cacher ma honte et dire à vos ancêtres, Que leur gloire est trahie et que Gène a des maîtres.

FONDI

Ah! jugez mieux de nous; For dont ils sont couverts A notre orgueil séduit ne cache point nos fers. Il est des sénateurs dont le mâle courage De la faveur du Doge a repousse' l'outrage : Ceux même qui , brûlant de la soif des plaisirs , Consument dans les jeux leurs frivoles loisirs, Des Doria peut-être accusant Pinsolence , A vos hardis desseins s'unissent en silence. Fiesque....

VERRINA

Oui, je Pavoûrai , de ma longue douleur Je demandais le terme à sa jeune valeur; Je me flattai long-temps que, fidèle à sa gloire, Dédaigneux de sa vie, et regardant l'histoire,

r8 FIESQUE.

Ce guerrier que mes soins formaient pour son pays ,

Vengerait Gène esclave et nos droits envahis !

Oh! que j'aimais à voir sa belliqueuse enfance ,

De l'honneur des Ge'nois embrassant la défense ,

Pour ce peuple tremblant sous un joug odieux,

Conque'rir en espoir des destins glorieux !

Je me disais : Le ciel qui de la tyrannie

A fait peser sur nous la longue ignominie,

A ma patrie un jour veut rendre sa faveur,

Dans ce héros futur il nous garde un sauveur.

Je le croyais !... He'las ! de notre délivrance

Le temps a dans sa fuite emporté l'espérance.

Pourquoi nous égarer en des vœux superflus?

Fiesque respire encore , et le héros n'est plus !

Voyez, quand tous les maux s'amassent sur nos têtes,

Fiesque s'environner de la pompe des fêtes ,

Et livrant au plaisir ses inutiles jours ,

Promener en tous lieux ses coupables amours.

La tendre Léonor dévorant son outrage ,

Pleure auprès d'un époux son précoce veuvage,

Et lui , portant sa joie aux pieds de nos tyrans,

Détourne de ses pleurs des yeux indifférens.

FONDI

Et si ce front serein, cet oubli de soi-même, D'un courageux espoir utile stratagème, Abusant tous les yeux , cachait à nos bourreaux Les vœux d'un citoyen et l'ame d'un héros ?

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