ACTE I, SCÈNE IV
Je ne sais , mais hier j'observais son visage, Son sourire a vingt fois démenti son langage. Quel e'tait son dessein lorsque ses prompts secours Ont soustrait à nos lois qui réclamaient ses jours Cet esclave africain dont la fureur sauvage Promenait dans nos murs le meurtre et le pillage ? Bien souvent, m'a-t-on dit , de cet agent discret Qu'il admet près de lui, .qu'il consulte en secret, Il flatte en rougissant la bassesse docile : Si Fiesque l'a sauvé, c'est qu'il le croit utile. Ah ! puissent mes soupçons par le temps confirmés Présenter un vengeur aux Génois opprimés ! Sans le secours de Fiesque à la patrie en larmes, En vain, braves amis , nous consacrons nos armes; Le peuple craint le Doge , et courbé sous ses lois Pardonne son pouvoir en comptant ses exploits. Mais si Fiesque, paré des grâces de son âge, Fier, brillant, adoré, fameux par son courage, Veut servir les Génois si long-temps outragés, Alors à nos complots, de son nom protégés, Associant les coeurs soumis à son empire, Nous combattrons armés de l'amour qu'il inspire ! Epions ses projets !
VERRINA
Vous le voulez? eh bien, Sous les traits du flatteur cherchons le citoyen; Voyons si, démentant sa jeunesse flétrie,
3o FIASQUE.
Son cœur palpite encore au nom de la patrie!
Mais! quel bruit ?...
MANFREDI
On approche, et mon œil étonne'... ,
VERRINA
Oui, des nobles Génois Fiesque est environné,
Il porte jusqu'ici sa frivole allégresse,
Et partout, des plaisirs va ranimer Tivresse.