‹ FiesqueChapitre 14 sur 72 · ACTE I, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VI

Tant que sur nos coteaux flotteront nos moissons; Tant que de la guitare animant les doux sons , Nous presserons l'essor de nos danses rapides; Tant que Chypre et Xérès dans nos coupes avides Verseront à longs flots leur nectar précieux , Chassons les noirs soucis et rendons grâce aux cicux !

MANFREDI

Qu'oses-tu dire?

VERRINA

Fiesque, est-ce là ta pensée ?

Et pourquoi, nourrissant une haine insensée,

Du noble Doria repousser le pouvoir ?

I] l'usurpa , sans doute ! Il fallait le prévoir.

Quand d'un servile hommage honorant sa vaillance,

On flattait d'un vainqueur la superbe espérance,

Vous l'adoriez alors! il gouverne aujourd'hui !

Le faible Octavio doit régner après lui ,

Il le veut, j'y consens ! Au jour de sa puissance

Son orgueil peut s'attendre à mon obéissance.

Au rang de ses sujets Fiesque sera compté !

VERRINA

Toi qui naguère eucor noblement irrité, A l'espoir d'un vengeur palpitais d'allégresse; Toi, plein des souvenirs de Rome et de la Grèce, Et qui de leurs héros citant les noms fameux, Dans les siècles futurs voulais vivre comme eux;

Est-ce toi que j'entends? Rappelle à ta mémoire Ces jours où parcourant notre immortelle histoire, Tu voyais sous les coups de l'un de tes aïeux Tomber Boccanera, ce despote orgueilleux, Dont l'audace coupable et long-temps impunie, Avait dans nos remparts fondé sa tyrannie. Alors , fier de porter le nom de ce Génois, Qui frappa l'oppresseur et nous rendit nos lois , Tu voulais l'imiter !

Et quoi ! ton imprudence De ce'peuple toujours rêve l'indépendance ? Projet fallacieux que l'erreur a dicté !

Qu'entends-je? Et qui t'a dit que de la liberté

Nous ne pourrions , un jour, doter Gêne affranchie ?

Mais cette liberté qu'est-elle ? l'anarchie!

Qu'oses-tu désirer et quel est ton espoir?

Au peuple déchaîné livre un jour le pouvoir:

Que verrons-nous alors ? la révolte insolente

De la flamme et du glaive armant sa main sanglante ,

Donner, ôter l'empire, immoler tour à tour

L'idole de la veille et l'idole du jour;

La justice sans force et laissant en silence

Succomber tout Génois convaincu d'opulence;

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