‹ FiesqueChapitre 22 sur 72 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

FIESQUE , LEONOR, suivie d'une femme qui dépose un coffre sur la table.

Que vois-je? près de moi quel sujet vous amène? Quels soucis inquiets hâtant votre réveil, Loin de vous , Léonor, ont chassé le sommeil?

LÉONOR

Je viens à vos bontés demander une grâce : Ecoutez-moi.

Pour vous que faut-il que je fasse?

Je ne vous comprends pas! De vos paisibles jours, Quels chagrins inconnus ont pu troubler le cours? Parlez !

LÉONOR

Hélas ! je sens que je suis importune ! Fiesque, pardonnez-moi ! la trompeuse fortune,

Jusqu'ici de ses dons se plut à me parer, Fiesque e'tait mon époux! qu'avais-je à désirer?

Je croyais au bonheur Il n'est point sur la terre!

Triste aujourd'hui, traînant mon chagrin solitaire, En des lieux où mon cœur rêva des jours plus doux, J'y vois encore un maître, et je n'ai plus d'époux! Près de vous , la douleur me trouve sans défense : Souffrez que je retourne aux lieux de mon enfance. Sous le toit paternel, à mon cœur éperdu, Tout ne parlera pas du bien que j'ai perdu ; D'innocens souvenirs sans cesse environnée , Aux jours de mon printemps je serai ramenée; Je dirai : Ce bonheur qui fascina mes yeux, Ces doux sermens d'amour, cet hymen glorieux, Tout fut un songe vain , que l'orgueil a fait naître ; Je le dirai souvent!. .. je le croirai peut-être ! Ou si la vérité dissipant mon erreur , Parfois de mes destins me retrace l'horreur, D'un espoir mensonger abjurant la chimère , Pour pleurer avec moi, du moins , j'aurai ma mère!

Qu'entends-je, Léonor? quel eu ange discours!

LÉONOR montrant le coffre.

Mon cœur souffrant et faible a besoin de secours! Tenez, je vous les rends ces gages de tendresse Qui d'un bonheur constant me semblaient la promesse.

Page 1