‹ FiesqueChapitre 23 sur 72 · ACTE II , SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE II , SCÈNE IV

Reprenez-les, peut-être ils vous rappelleront, Qu'en des jours plus sereins , fier d'en parer mon front, Vous aimiez à me voir, de vos dons embellie, Partager des transports que votre cœur oublie ! Ils ont fui ces beaux jours !... Je vous les rends encor Ces écrits mensongers où de sa Léonor Fiesque abusant jadis la crédule espérance, D'un amour éternel déposa l'assurance; Il faut m'en séparer! dévouée au malheur, Je ne veux emporter d'ici que ma douleur.

Par quelle erreur, ô ciel, votre ame fut séduite! Calmez- vous!

LÉONOR

A l'autel votre choix m'a conduite :

Je n'ai point mérité qu'il s'arrêtât sur moi , Je le sais; mais du jour où, me donnant sa foi , Fiesque offrit à mes vœux un bonheur légitime , Son épouse a du moins mérité son estime : Me faudra-t-il toujours dévorer mes chagrins, Et des femmes de Gène essuyer les dédains? Je vois à mon aspect sourire les cruelles ! Je comprends leurs regards ! « La voilà, » disent-elles, « C'est cette Léonor, fière de son époux, » Qui dans Gène long-temps sembla régner sur nous , » Qui s'enorgueillissait d'un illustre hy menée ; » La superbe aujourd'hui languit abandonnée! »

Je ne le cache point; vaine de votre choix, J'aimais à leur vanter votre amour et mes droits; Me parant à leurs yeux du nom de votre épouse, Mon orgueil triomphait de leur beauté jalouse , Heureuse du présent, je bravais l'avenir. Hc'las! était-ce vous qui deviez m'en punir?

Non , non , cessez d'en croire une vaine apparence , Que votre cœur trompé renaisse à l'espérance ! Dès que l'astre éclatant qui se lève à nos yeux , Aux ombres de la nuit aura cédé les cieux, Léonor jugera si mon cœur infidèle, Chercha d'autres amours et s'est retiré d'elle ; Léonor jugera si mes desseins secrets N'ont pas dû se cacher aux regards indiscrets , Et s'il ne fallut pas , domptant un vain scrupule , Occuper des Génois l'oisiveté crédule :

Vous connaîtrez alors ce qu'il m'en a coûté ! Mais jusqu'à ce moment , si long-temps souhaité, Quels que soient les soupçons où votre amour se livre, D'un regard curieux craignez de me poursuivre ; Dans cette route obscure où s'engagent mes pas , Attendez en silence et ne m'accusez pas !

LÉONOR

Quel langage!

Crois-moi, bientôt tu pourras lire Dans ce cœur combattu que ta douleur déchire. Ma Léonor !

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