ACTE II , SCÈNE IV
LÉONOR
0 ciel ! Fai-je bien entendu?
L'époux que je pleurais me serait-il rendu ? Je devrais te haïr ! Eh bien ! vois ma faiblesse , J'adore malgré lui l'ingrat qui me délaisse. Et mon cœur, d'un amour pour moi d'un si haut prix, Recueille avidement les plus faibles débris. Te haïr ! Qu'ai-je dit ? garde-toi de me croire: Non , déjà ton parjure est loin de ma mémoire. Écoute : je pourrai , si tu dois me trahir , Mourir de ma douleur , mais non pas te haïr !
Accorde à mon amour la faveur qu'il implore: Avant de me juger, attends un jour encore , Un seul jour, et tes maux sont finis à jamais ! Oui , ton cœur y consent, oui , tu me le promets , Et tu ne voudras point tromper mon espérance !
Hélas ! je promets tout !... mais de ton inconstance Si malgré mes soupçons je n'ai point à gémir , Il est d'autres malheurs dont mon cœur doit frémir! Oui , tes discours obscurs cachent quelque mystère Qui pèse sur ton cœur et que tu veux me taire : Quel est-il?.. Mon amour craint de t'interroger. O ciel ! s'il était vrai ! si quelque affreux danger Attendait mon époux et menaçait sa vie ? Naguère de soupçons, de chagrins poursuivie,
JS FIESQUE.
Faible et dans l'abandon, loin de toi je pleurais; Eh bien ! ces jours de deuil, je les regretterais, Je souffrais seule au moins! Dieu puissant que j'implore, Protège mon époux, et qu'il m'outrage encore!
Dissipe un vain effroi , tes chagrins vont finir. Et pourquoi, Léonor, redouter l'avenir?
Non , de tes maux passe's écarte la mémoire ; L'avenir nous promet le bonheur et la gloire.
LÉONOR
Je tremble malgré moi !
Cesse de t'affliger.
LÉONOR
Tu me parles de gloire ! en est-il sans danger ?
Chasse, je t'en conjure, une effrayante image. Mon amour ne peut-il réveiller ton courage? Crois-moi, nos vœux demain te seront tous connus. Espère un heureux sort, et ne m'accuse plus. J'entends du bruit... Bientôt j'irai sécher tes larmes. Rentre.
LÉONOR
Eh bien ! tu le veux? je bannis mes alarmes. Mais ton sort est mon sort, tes périls sont les miens : Je t'ai donné mes jours, Fiesque... Tu t'en souviens ? Tu ne l'oublieras pas?... Adieu, je vais t'attendre.