ACTE II, SCÈNE V. 4i
Et qui, prêts au supplice et bravant les souffrances,
Vendent un fer docile à toutes les vengeances.
Avant que vos bienfaits me vinssent protéger,
Parmi ces malheureux on m'a vu me ranger.
Je rencontre en ces murs le brave qui les guide :
Etonné , je soupçonne un complot homicide,
Je lui parle , il se tait. Je fais briller de For ;
Je l'entraîne ; il me suit, m'écoute, hésite encor;
Mais enfin sa raison , par l'ivresse enchaînée
A mes séductions languit abandonnée,
Il se rend , me remet la liste des proscrits ,
Et de sa trahison il emporte le prix.
Parle , d'un tel service exige le salaire.
HASSAN
J'aurai bientôt le seul qu'attende ma colère : Les larmes des Génois
FIESQUE à part.
Et j'ai besoin de lui !
HASSAN
Ce n'est pas tout encore ! Ecoutez : aujourd'hui J'ai su qu'Octavio , dans le fond de son ame , Nourrissant en secret une coupable flamme, De la jeune Berta suivait partout les pas. Qu'elle tremble !
Il est vrai, je ne l'ignorais pas.
Ce criminel amour dont l'ardeur le dévore,
A mes vastes desseins pourra servir encore.
HASSAN
Il vient de se souiller d'un nouvel attentat.
Qu'a-t-il fait?
HASSAN
On pre'tend qu'au milieu du sénat , Aux ordres insolens qu'avait dictés sa rage, Vos généreux amis refusaient leur suffrage, Et que, pour les contraindre, appelant ses soldats, Il les a menacés des fers ou du trépas. Le peuple, en apprenant cette nouvelle offense , Partout des sénateurs embrasse la défense. On s'assemble, on murmure, on songe à les venger.
L'imprudent ! son orgueil lui cache le danger; Tout marche vers le but où mon audace aspire ! Lui-même à mon triomphe Octavio conspire ! Mais qu'entends-je? des cris s'élèvent jusqu'aux cieux !
HASSAN regardant par la fenêtre.
Oui , le peuple en tumulte approche de ces lieux , Vers le palais ducal tournant des yeux farouches.
Quel bruit ?
HASSAN
Le nom de Fiesque est dans toutes les bouches.