‹ FiesqueChapitre 3 sur 72 · EPITRE · texte numérisé non relu

EPITRE

A MON AMI

M, SMHTOï!

Janvier 1824.

Ainsi, ton amitié, troublant ma solitude , Me reproche un repos ennobli par l'étude, Et tu veux qu'aujourd'hui, faible athlète oublié , A mes jeunes rivaux par ta voix rallié, Après tant de sermens , je rentre dans la lice ? De tes vœux quelquefois mon regret est complice , J'en conviens, cher Saintine , et, lorsque mes regards Parcourent la carrière ouverte aux fils des arts , • Quand je les vois, bravant l'outrage et la menace, S'élancer pleins de gloire aux sommets du Parnasse , Je brûle de voler à des dangers nouveaux.

M'arrachant pour jamais à mes premiers travaux , A de lâches fureurs je voulais me soustraire ; Tu me blâmes? Eh bien , si ma main téméraire

Cette Epître fait partie d'un recueil que l'auteur se propose de publier-

i EPITRE

Réveille encore un lulh quelque temps endormi . Je dédierai ses chants ;'i mon meilleur ami.

Rappelle-toi ces jouis, où désertant la ville, J'allais te retrouver aux bois de Belleville , Sous ces bosquets joyeux et non pas innocens, Qu'ont naguère illustrés tes vers reconnaissans * : De nos longs entretiens rappelle-toi les charmes ; La plaintive Elégie , avec ses douces larmes, La Muse qui dicta le piquant fabliau, L'auguste Melpomène et l'austère Clio , Variant nos plaisirs, et, près de nous captives , Pressaient le vol léger des Heures fugitives : Je crois nous voir encor, dans cet heureux séjour , Racontant , déclamant , critiquant tour à tour. Entre nous , tu le sais , point de lâche indulgence ! Quelquefois, d'une rime accusant l'indigence, Je marquais tes beaux vers d'un crayon sans pitié ; Pour prix de ma rigueur , ton utile amitié, Dune noble pensée , ou d'un mot énergique Enrichissait alors mon bagage tragique.

Plus d'une fois aussi , mes enfans nouveau-nés Furent, par ta prudence, à périr condamnés ; J'exécutai l'arrêt , et, domptant la nature , Je devins le Brutus de la littérature.

Eh bien ! que ces beaux jours renaissent à ta voix ! Oui , reprenons ma lyre, et , dans les murs génois , Montrons, au sein des jeux où Lavagna préside, La Révolte aiguisant son poignard parricide \

* Ode à la nymphe de Belleville. Cette ode charmante se trouve dans le recueil des poésies de M. X.-B. Saintine, publié par le libraire Ladvocat.

A MON AMI

Tu le veux ? Près de toi cherchant la vérité ,

J'irai Kvrer mes chants à ta sévérité ;

La haine les attend ! Que l'amitié fidèle ,

Pour amortir ses coups, les censure avant elle.

La haine! Il est donc vrai? Sa fureur me poursuit Et de tous mes efforts me dispute le fruit ! Et pourtant qu'ai-je fait pour être sa victime ? Lorsque Louis , armé d'un sceptre légitime , Vint consoler nos maux en oubliant les siens, Et d'esclaves tremblans faire des citoyens \ Ma jeunesse sourit à son règne prospère, Je vénérais en lui le monarque et le père ! Son regard protecteur , accueillant mes essais , De mes faibles travaux m'embellit le succès -, Mon amour s'augmenta de ma reconnaissance : Adorant ses vertus , et non pas sa puissance , J'avais couru naguère , au moment du danger , Sous le drapeau sans tache heureux de me ranger , Offrir aux défenseurs du trône héréditaire De mon bras inconnu le secours volontaire •, Mais , aux jours du triomphe, on ne me vit jamais Arrachant les faveurs du prince que j'aimais , Prosterner dans sa cour une muse importune , Et d'un vers mendiant poursuivre la fortune ! Non ! dans l'asile obscur où je vivais caché, Du fils de Saint-Louis les bienfaits m'ont cherché , Et c'est là mon forfait ! — La haine qui m'outrage A même dédaigné de déguiser sa rage.

Ah ! du moins , mon ami , si la voix des méchans N'avait calomnié que ma lyre et ses chants !....

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