ACTE IV, SCÈNE II
HASSAN
Quoi ! le sort des Ge'nois se de'cide aujourd'hui, Fiesque est prêt à frapper, et m'écarte de lui : Quel est donc son dessein? Quand, près d'ouvrir lalice, Parmi des jeux trompeurs la re'volte se glisse, Pourquoi loin des Génois exiler mon poignard? Dans ce débat sanglant je réclame ma part. Si j'ai de vos bienfaits accepté l'esclavage , A votre ambition dévouant mon courage; Si je suis l'instrument de ces hardis projets Qui mènent au supplice ou donnent des sujets, Pensez-vous qu'un peu d'or à vos ordres m'enchaîne? Non : mon cœur ulcéré n'obéit qu'à sa haine ; Proscrit parles Génois, je voulus les punir; J'adoptai vos complots : tout doit nous réunir. Il faut qu'on dise un jour du couchant à l'aurore : « Fiesque voulait régner, il rencontre le Maure, » D'un peuple entier par eux le destin est changé , » Ils frappent; Fiesque règne, et le Maure est vengé! » Pourquoi nous séparer? l'intérêt nous rassemble, Je ne vous quitte pas ! Nous conspirons ensemble !
FIESQUE à part.
Quel opprobre ? et pourtant il le faut ménager!
Haut.
Hassan m'a mal compris ; lui, rester étranger A ces nobles exploits que rêve ma vaillance! — Non, il a mérité toute ma confiance.
Sans lui me livrerais-je à l'espoir de régner ? De nia vue un moment s'il me faut l'éloigner, C'est un poste d'honneur que j'offre à son courage , Et de son dévoûment j'attends encor ce gage; Qu'il se rende à Voltiy.
HASSAN
Je vous dois obéir :
Par l'orgueil des Génois instruit à les haïr, J'espérais que leur sang laverait mon injure ; Vous condamnez ce vœu? pardonnez, je l'abjure; Mon bras vous est utile ailleurs qu'en ces remparts; Vos ordres sont mes lois : vous commandez, je pars.