‹ FiesqueChapitre 6 sur 72 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Et Gène consolée, à sa jeune vaillance De sa gloire à venir confiait l'espérance : Comme nous l'admirions ce héros chevalier Dont le front s'ombrageait d'un précoce laurier l Il t'en souvient, Berta f îorsqu'avec nos compagnes, A l'heure où le soleil pèse sur nos campagnes Et contraint les Génois , des feux du jour lassés , A suspendre un moment les travaux commencés , Nous allions , nous livant aux plaisirs de notre âge , Des bosquets d'orangers chercher le frais ombrage ; Si Fiesque tout-à-coup paraissait devant nous, Chacune l'observait , et nos regards jaloux Épiant ses regards errans à l'aventure,, Cherchaient à deviner son épouse future. Quand il m'offrit son cœur, du poids de mon orgueil J'accablai, je le sais , mes compagnes en deuil ; Me parant de ma joie et de leur jalousie , Fière,je médisais : C'est moi qu'il a choisie ! Triomphe d'un moment que j'ai bien expié ! Amour , sermens , bonheur, il a tout oublié ! Dédaignée à mon tour , à la douleur en proie , D'une rivale heureuse il faut subir la joie !

BERTA

De tes maux, Léonor, chasse le souvenir, Il est des jours heureux cachés dans l'avenir,

LÉONOR

Oh ! qui me la rendra cette belle journée, Où , des fleurs de l'hymen la tête couronnée ,

io FIESQUE.

Trop heureuse , je vins recevoir à l'autel Les sermens d'un amour qu'il disait éternel ! Tout mon cœur palpitait d'une joie inconnue , Il était près de moi , j'osai tourner la vue Vers ce jeune héros à qui j'allais m'unir: Son regard fier semblait, de'vorant l'avenir, Poursuivre avidement une lointaine gloire, Son front s'embellissait comme un jour de victoire, Sa main serrait ma main, puis, retombant sur moi , Ses regards me disaient : Fiesque vaincra pour toi ! Vers de nobles destins sur se6 pas élancée, Dans l'avenir aussi j'égarais ma pensée; L'environnant déjà de ses futurs exploits, Je lisais dans ses yeux le salut des Génois , Je voyais, aux accens de son mâle génie , De nos deux oppresseurs tomber la tyrannie. Trompeuse illusion , vains rêves de bonheur! Fiesque a fermé son ame aux conseils de l'honneur j Esclave au sein des jeux où s'endort son courage , D'une jeunesse oisive il brigue le suffrage ; Oubliant les lauriers dont son front fut paré, Courtisan fastueux, de femmes entouré, Tantôt il les poursuit de ses vœux infidèles , Tantôt, conteur frivole, assis au milieu d'elles; Si l'ennui les arrache à leurs bruyans plaisirs , Ses récits fabuleux amusent leurs loisirs.

BERTA

Léonor !

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