SCÈNE VI
F1ESQUE, YERRINA.
Pour nous , cher Vérrma, par la victoire unis , Volons à d'autres soins... Mais d'où vient ce silence ? Quoi ! Gène nous appelle, et Verrina balance? Muet auprès de Fiesque , immobile à sa voix , Tu détournes les yeux ?
Est-ce lui que je vois ?
Ton cœur me méconnaît ?
VERRINA
En vain je l'interroge; Point de Fiesque pour moi dans le palais du Doge.
Verrina !
VERRINA
Par ta bouche un serment fut dicté; Ne t'en souvient-il plus , et l'as-tu respecté ? « Jurons mort au tyran ! Que tout parjure expire. » Malheureux, tu Tas dit, et Doria respire.
Oui, j'épargnai des jours qu'il livrait a ma foi „ Et qui m'ose accuser eût agi comme moi.
98 l'IESQUE.
VERR1NA
Peut-être; et je veux bien pardonner ton parjure Mais parle : de ton joug subirons-nous l'injure ? Imprudent , penses-tu qu>e du peuple génois , Qui s'armait avec nous pour ressaisir ses droits , Quand tu veux l'asservir la fureur te pardonne, Et qu'il verse son sang pour te donner un trône ?
Quoi ! pour la liberté ton fanatique amour Des temps qui ne sont plus rêve encor le retour ? Veux-tu donc, nourrissant un espoir inutile, Lorsque tout a changé rester seul immobile ? Regarde autour de toi , Verrina , que vois-tu ? Un peuple sans courage , un sénat sans vertu , La discorde partout , nos campagnes désertes A l'avide étranger de toutes parts ouvertes, L'or corrompant les lois, les vices triomphans, La patrie étrangère à ses propres enfans ; Vois l'Espagne aujourd'hui , demain la Germanie , Dans nos murs tour à tour fonder leur tyrannie , Et chassant nos vaisseaux de l'empire des mers , Se disputer l'honneur de nous donner des fers. Il est temps qu'un guerrier , réveillant la victoire , Rassemble les débris de cet Etat sans gloire, Et force les Génois à des destins nouveaux. Tels sont mes vœux, tel est le but de mes travaux. Le ciel à cet honneur appelle mon courage; Doria l'a tenté, j'achève son ouvrage.