ACTE V, SCÈNE VI
VERRINA
Et moi , Fiesque , crois-tû «l'enchaîner à ton char ?
Songe à notre amitié.
VERRINA
Souviens-toi de' César.
11 avait jugé Home.
VERRINA
Il la voulait esclave.
Ses assassins n'ont fait que couronner Octave.
Tu veux régner , j'existe , et tu n'as pas frémi ?
Moi frémir ! Et pourquoi ? Je suis près drun ami.
VERRINA
Je suis près d'un tyran.
Tu m'outrages encore:
Mais ton ami l'oublie et le prince l'ignore.
VERRINA
Nous amis ! Non, ce jour brise tous nos liens. . Vois envers ton pays quels crimes sont les tiens : Malheureux ! un serment dicté par la prudence Des Génois sur ton front appelle la vengeance.
IOO FIESQUE.
Mais c'est peu de trahir ce serment solennel ,
Sauveur de Doria , plus que lui criminel ,
De tes concitoyens tu veux river la chaîne !
Que lui reprochions-nous ? L'esclavage de Gène.
Prétends-tu donc l'absoudre ? et crois-tu qu'aujourd'hui
Gêne respecte en toi ce qu'elle abhorre en lui ?
Fiesque, as-tu pour jamais chasse' de ta mémoire
Ces jours de ton enfance où respirant la gloire ,
Ton cœur me comprenait et repondait au mien ?
Tu promettais à Gène un héros citoyen;
De ton père expiré remplaçant la tendresse ,
De mes soins paternels j'entourai ta jeunesse;
J'avais en toi place' l'espoir de mes vieux jours;
Je t'aimais comme un fils et je t'aime toujours!
Aux cris de l'amitié ne ferme pas l'oreille ;
L'abime est sous tes pieds ! Que ma voix te réveille ,
Sois Fiesque , sois encor ce généreux guerrier , Pour prix de ses exploits n'attendant qu'un laurier. C'est moi , c'est Verrina qui vient l'ame attendrie , Te parler de vertu , d'honneur et de patrie. Rejette cette pourpre! un moment égaré, A nos antiques lois rends leur pouvoir sacré. Ne flétris pas ton nom , et songe à tes ancêtres : Ces héros vertueux ne souffraient point de maîtres. Vois leurs tombeaux s'ouvrir, vois s'unissant «à moi Leurs ombres se placer entre le trône et toi. Ne me repousse pas.