DES CHLORURES
Dans toutes les maladies aiguës et dans les affections chroniques, où les patients ne mangent pas, on trouve une diminution des chlorures de Turine ; mais plusieurs auteurs ont exagéré cette proposition en mettant toutes les maladies sur le même plan et en accordant au défaut de l'alimentation une prépondérance presque absolue. Il faut donc faire deux classes parmi les affections où Ton trouve de V ht/pochlorurie coïncidant avec une diminution dans ringestion du chlorure de sodium. Dans la première, les chlorures qui entraient dans la constitution des tissus en voie de destruction passent dans Turine ; les chlorures sont donc assez diminués dans ce liquide, mais on peut en doser environ de 2 à 6 gr. par vingt-quatre heures ; dans la seconde classa, les chlorures des éléments comburés, aulieu de s'éliminer par Turine, entrent dans la formation des exsudats, des flux, des néomembranes, etc., l'urine n'en renferme donc qu'une quantité . des plus minimes et parfois même des traces à peine sensibles. La fièvre typhoïde peut être prise comme exemple de la première classe, et l'on doit considérer la pneumonie comme le type de la seconde.
Les auteurs qui ont étudié à ce point de vue les urines de la fièvre typhoïde, ont tous noté une diminution des chlorures à la période d'Etat et une augmentation souvent considérable, aux phases de la défervescence et de la convalescence. Vogel attribue cette diminution au manque de chlorures introduits par Tali-
laentation^ et à réliminatîon par les gardes-robes d'une certaine quantité de ce sel. Parkes croit que le chlorure de sodium peut ne pas s éliminer et être retenu dans l'organisme : ainsi cet auteur a vu dans un cas où le malade mangeeût et n'avait ni pneumonie, ni diarrhée, le chlorure de sodium diminuer fortement. On sait aussi qu'une diminution subite de ce sel est d'un fâcheux pronostic, quand on n'en trouve pas la cause dans une surabondance de la diarrhée.
Mais Primavera et Prudente ont beaucoup exagéré quand ils ont affirmé : i^ que les chlorures disparaissaient complètement dans la fièvre typhoïde, au point que ce fait pouvait constituer un signe pathognomonique ; 2^ que cette absence de chlorures, marchant de pair avec une diminution des phosphates et des urates à la période d'augment et d'état, avait un caractère pronostique des plus graves : Chalvet, d'ailleurs, avait protesté déjà contre cette double affirmation.
Les chlorures dans la fièvre typhoïde qui guérit, s'abaissent rarement au-KlessoijLS de 2 grammes dans les 24 heures; ils s'élèvent jusqu'à 4 ou 5 grammes : on peut adopter comme moyenne de la Période d'Etat, 3 gr. 70 Cette quantité monte à 7 gr. 20 pendant la défervescence et à 14 gr. pendant la convalescence. Dans les cas mortels, la moyenne est plus faible ; elle n'est que de 2 gr. 50. (1)
(1) Les minîma de la période d'état ont été de 1,42
L>ea maxima — — — 6,01
Les minima — défervescence — • 3,9T
Les maxima — — — 11,70
Les minima — convalescence — 9,60
Les maxima — . — — 22,80
Les minima ^- des cas de mort — 1,20
Les maxima — • — -"• 3,70
Les variations des chlorures ont, comme on le voit, une certaine importance diagnostique et pronostique, puisqu'ils diminuent rarement autant que dans la pneumonie, etque leurs abaissements sont, en général, proportionnels à la gravité de la maladie. Mais ces indications sont encore sujettes à trop de variations pour qu'on les utilise telles quelles, et on s'exposerait à de grosses erreurs en ne les rapprochant pas des autres signes fournis par les urines ainsi que des symptômes de la maladie. La seule proposition qui ait une certaine constance est celle que M. Hoepffner a formulée : « Le moment précis du début de la convalescence (défervescence) est Tintersection des courbes des matières extractives et du chlorure de sodium (1) » Seulement je crois devoir modifler celte proposition ainsi qu'il suit: Aux alentours de la défervescence, soit dans les deux jours qui précèdent, soit dans les deux à trois jours qui suivent, comme les matières extractives s'abaissent et que le chlorure de sodium monte, leurs courbes se croisent, mais cette intersection qui annonce rimminenceou l'existencede la période de défervescence, ne marque pas absolument l'époque précise de son début.
12° Acide phosphorique. — Phosphates tbfreux.
Si du chiffre total des principes inorganiques, on retranche aux diverses périodes, la quantité des chlorures, on Irouve qu'il reste une bien petite quantité de sels et que leur somme ne subit pas à la convalescence
(1) Molé avait dit dans sa thèse : « le moment précis du début de la convaLebceDce est l'intei section des courbes de Purée et du chlorure de sodium ;> (signes précis du début de la convalescence dans les thaladies
aiflfucs Paris, 1870).
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Taugmentation considéreible signalée pour le chlorure de de sodium. En effet, aux périodes d*augment et d'état le taux des principes inorganiques moins les chlorures, n'est que de 2 gr. 30 ; à la troisième période , de 4 gr. 80, et de 4 gr. 30 à la quatrième. Ce fait a une certaine importance , car il montre que si les {principes salins autres que le chlorure de sodium augmentaient beaucoup moins que celui-ci aux troisième et quatrième périodes, ils avaient aussi moins diminué pendant la période d'Etat, puisqu'on peut calculer que dans cette phase, les chlorures se sont abaissés de 590/0, tandis que les autres sels n'ont faibli que de 42,5 0/0.
Cette diminution porte surtout sur Tacidephosphorique qui tombe au chiffre de gr. 70 à 2 gr. dans les 24 heures, soit une moyenne de 1 gr. 10 environ ; (1) mais aussi les augmentations légères de la défervescence et de la convalescence s'exercent principalement sur cet acide : c'est pourquoi, comme Tavaient dit, il y a longtemps, Primaveraet Prudente, leur réapparition et leur augmentation constituent parfois un signe assez favorable. Je dis, parfois, car nous allons voir, en parlant des phosphates terreux, qu'il existe des exceptions si nom*-
(1) La quantité normale d'acide phosphorique est de 2 gr. 50 à 3gr. dans les 24 heures. Les phosphates alcalins de soude et de potasse entrent pour les trois quarts dans ce chiffre; le dernier quart est formé de phosphates terreux; les deux tiers de ceux-ci sont constitués parle phosphate de magnésie; le phosphate de chaux constitue le dernier tiers. D'après Benecke, le poids des phosphates terreux serait de 1 gr. 42; d*après Bôckbr de 1 gr. 48.
Les phosphates de potasse dominent dans le système nerveux ;
— soude — sang;
— magnésie — muscle;
— chaux * — os.
(B. Jones, L. Beal e, Lehmann, Gorup-Besanez, etc
brenses que ce signe perd une notable partie de sa valeur.
Les pAos phates terreux ^ diminuent beaucoup plus que les phosphates alcalins au début de la fièyre typhoïde et c'est sur leurs variations que Primavera fonde principalement l'autorité de ses signes pronostiques : pour lui, quand la maladie s'amende^ le phosphate de magnésie augmente, au point de dépasser jusqu'à 3 et 4 fois la moyenne normale.
Or voici ce que j'ai constaté au sujet de la valeur clinique que peuvent avoir les variations des phosphates terreux. En consultant le tableau de la note (1), on peut se rendre compte :
1° Que dans les deux premières Périodes des cas GRAVES, les phosphates terreux diminuent plus souvent que dans les cas simples.
2® Qu'à la défervescence, ils augmentent toujours et dans des proportions peu différentes suivant les cas.
3® Qu'à la convalescence, les augmentations sont plus fréquentes et plus prononcées du côté des cas graves.
(1) Phosphates terreux classés suivant la forme de la maladie, dans les urines envisagées en bloc.
Pfaoflp. aa|^. Phosp. norm. Dim. ou &hs.
Urines.
Urines.
Urines.
Cas mortels :
— graves :
aT.iZ
— simples :
Suivant les péi iodes.
Cas graves : l" et 2^ périodes 9,4 %
Cas simples : 1" et 2' —
37,ftZ
4^ Qne les formes MORTEnLLBS ne présentent que dans 4/10 environ des urines, la diminution à laquelle Primavera accorde une si grande importance pronostique. Donc la règle posée par le chimiste italien ne sera utile que si l'on peut déterminer exactement les conditions pathologiques qui lui font subir de si notables exceptions.
Dans les cas mortels, la seule cause d'augmentation qui m'ait paru constante, c'est l'existence d'un délire vio^ lent ayec phénomènes ataxiques (1) et encore il faut tenir compte de l'abondance de la flKarrA^e (2) qui entraîne avec elle une portion des phosphates. (3) A côté de cela, on trouve des cas mortels, qui sans délire, ont eu durant toute la vie, une proportion normale de phosphates ter-
(1) Dans cinq autopsies de malades qui avaient présenté jusqu'à la mort une augmentation continue des phosphates terreux, j*ai constaté que le cerveau était d'une grande moUesse et que sa substance grise présentait une teinte rose congestive, ce qui semble en rapport avec une désintégration cérébrale assez active. D'autres autopsies de sujets qui avaient eu, au contraire, une diminution de phosphates, m'ont donné des cerveaux durs et non congestionnés. Toutes ces autopsies ayant été faites, dans une saison fraîche, du 15 octobre à fin décembre, trente heures au plus après la mort, ne serait-il pas permis de voir là, une relation de cau?e à effet entre une dénutrition cérébrale plus active et le taux plus élevé des phosphates ? ceci demanderait de nouvelles recherches, mais après les travaux de Mendel, Bence Jones et Byasson, rhypothèseen question ne doit pas être repoussée àpriori,
(2) On sait que dans la fièvre typhoïde^ les matières fécales contiennent une certaine quantité d'acide phosphorique : Voyez Schônlein, AUg.undspecPaih. urvd Thérap,,Freihurg, 1839 et Gluge; Des cristaux microscopiques dans les matières fécales de la fièvre typhoïde. Gazette médicale de Paris^ 1837.
(3) Tai vu deux cas indiquant fort nettement cette relation avec le délire. L'un d'eux a trait à un malade qui avait présenté des symptômes peu graves pendant les neuf premiers jours et qui fut pris le dixième, d'accidents ataxiques auxquels il succomba le quatorzième jour; les phosphates terreux augmentèrent avec l'appantion du délire et l'élévation persista jusqu'à la mort. ,
- lîO —
reux avec un léger abaissement l'avant^dernier et le dernier jour de la vie.
L'invasion de la Broncho-pneumonie n'a pas paru exercer d'influence. (1)
Dans les cas qui ont quéri, les augmentations de la période d'état ont été en relation soit avec les mêmes accidents ataxiques^ soit avec xm^ prédominance spinale au début de la maladie ; c'est dans les formes longues avec adynamie assez prononcée, diarrhée et vomissements^ mais sans délire, que les diminutions ont été le plus contl^ nues.
Enfin dans un tiers des cas, on remarque dans la quantité des phosphates terreux, des oscillations qui reconnaissent pour condition des alternatives semblables de la diarrhée, du délire, des sueurs, etc., mais sans qu'il soit possible de déterminer exactement la part que prennent chacun de ces symptômes.
Aux périodes suivantes, les dissemblances sont moins grandes et plus facil es à catégoriser. Ainsi les augmentations de la défervescence sont presque constantes : elles commencent, soit aux deux derniers jours de la période d'Etat, soit au début de la troisième période, soit dans les derniers jours de cette phase; à la convalescence, les élévations sont plus fréquentes dans les formes graves, mais elles n*atteignent jamais un taux bien élevé etdépassent de peu les chiffres de l'état de santé : les phospha-
(1) L'acide phosphorique peut, dans les formes ataxiques mortelles dépasser même les quantités normales ; dans un cas de cet ordre, j'ai relevé les chiffres suivants (mort le treizième jour) :
109 jour: Acide phosphorique des 24 heures 1,02 11« — ' — — 3,40
tes terreux reviennent à la normale du troisième au douzième jour de la convalescence : chez quelques malades très-légèrement atteints, cette dernière période n'est caractérisée par aucune augmentation sensible : d'autres éprouvent une petite élévation le lendemain du jour où ils commencent à s'alimenter, mais le fait n'est pas constant.
En somme, la valeur clinique des phosphates terreux est, comme on le voit, fort minime quand on les envisage isolément, puisque dans les cas mortels ils présentent parfois des augmentations aussi et même plus considérables que dans la période de défervescence des cas non mortels et que tant de causes différentes et souvent inconnues agissent sur leur élimination par l'urine ; les seuls points qui paraissent assez habituels sont :
1° L'augmentation parallèle àTintensité des accidents nerveux chez les malades qui n'ont pas trop de diarrhée;
2® L'élévation de la défervescence et du début de la convalescence.
Il en résulte, d'une manière générale, une signification plus ou moins fâcheuse pour les augmentations que Ton voit survenir pendant la période d'état : une signification de meilleur augure pour les élévations qui apparaisssnt quand les températures du matin et du soir ont une tendance à suivre la courbe descendante (I).
(l*) J*ai observé deux cas de fièvre typhotde évoluant sur des terrains tuberculeux; dans le premier, la fièvre fut suivie d*une tuberculose aiguë à forme catarrhale qui emporta rapidement la malade; dans le second, la marche de la maladie primitive fut seulement accélérée et le malade peut quitter Thôpital après un mois de convalescence, mais en fort mauvais état de santé : les lésions pulmonaires avuient rapidement progressé. Or, pendant toute }a durée de la convalescence, les phosphates terreux restèrent augmentés, quoique la fièvre typhoïde eût été assez bénigne; la première malade eut jusqu^à sa Albert Robin. 9
13o SULFATKS-CA.RBONATES.
Les sulfates ont, en clinique, une importance réelle et sur laquelle on n'a pas assez insisté ; ils peuvent nous donner sur l'origine des matériaux de la déautrilion^des renseignements fort utiles^ En effet, pendant l'inanition fébrile, les sulfates de l'urine ne provenant guère que des principes sulfurés de l'organisme, doivent nous servir à juger de l'activité de leur désassimilation.
Les matières albuminoïdes sont les plus importants de ces principes, et les produits ultimes de leur oxydation sont l'urée et les sulfates; partant de ces faits, si Ton trouve dans l'urine deux chiffres élevés et plus ou moins proportionnels d'urée et de sulfates, on sera en droit de conclure à une augmentation dans la consommation des albuminoïdes sulfurés : quand les deux chiffres seront en discordance et quand on trouvera, par exemple, beaucoup d'urée et peu de sulfates, on conclura, ou bien que le soufre s'est éliminé sous une autre forme (taurine, cysiîne, hydrogène sulfuré), ou bien que l'excès ne provient pas seulement des albuminoïdes sulfurés; si, au contraire, les sulfates sont en excès lorsque l'urée tend à diminuer, il sera plausible d'admettre que l'azote des matières protéiques n'a subi qu'une évolution imparfaite dont les produits les moins dyalisables sont peut-être retenus dans l'organisme, etc. Ce ne sont là que des
mort des alternatives d'augmentation et de diminution fort remarquables par leurs amplitudes, bien qu^elle ne présentât pas de délire et peu de diarrhée. Dans un autre ordre d*idées, ces faits sont confirmatifs de ceux qui snt été récemment publiés par L. J. Tjcissier dans son excellente thèse ; Du diabète phosphatique. Recherches sur V élimination des phosphates par les urines, Paris, 1876.
exemples pris au hasard, car le champ des hypothèses qui s'ouvrent sur les variations simultanées ou isolées de Turée, des matières azotées totales deTurine et des sulfates, est d'une si vaste étendue que je ne puis en donner ici qu'un simple apergu.
Dans la fièvre typhoïde, les sulfates augmentent un peu aux premières pbases, et nous trouvons là une confirmation de ce que je viens de dire, car l'urée ne s'élève pas toujours à celte période, dans les mêmes propor< tiens ; mais, quand l'on trouve moins d'urée^ on dose plus [de matières extractives , le résultat final est donc le même : consommation exagérée de la matière organique dont l'azote et le carbone incomplètement comburés ont fait de l'urée et des extractifs, tandis que le soufre s'est éliminé à son maximum d'oxydation orga- «lique. Pendant la défervesoence et la convalescence, les sulfates tendent à s'abaisser au-dessous de la normale.
L'histoire de ces sels est donc intéressante à comparer à celle des chlorures et des phosphates : elle montre que tous les principes inorganiques jouent dans l'économie des rôles bien dissemblables dont la connaissance éclairerait singulièrement la physiologie et la pathologie. Mais ce n'est pas le moment de traiter ici cette question que j'espère bien pouvoir aborder plus complètement dans un autre mémoire.
On sait peu de choses surles carbonates dans Turine de la fièvre typhoïde ; je lés ai vu plusieurs fois exister en assez grande quantité durant la convalescence ; mais n'y aurait-il pas là une influence simplement alimentaire ? C'est ce que.je ne saurais dire.
14*' DBS PIGMENTS ET UBS CHROMATOGËNBS.
L'étude des variations des principes colorants et colorigènes possède dans la fièvre typhoïde une valeur toute particulière y comme on peut le pressentir par l'exposé général qui précède ce chapitre, et comme Tont déjà prouvé les remarquables travaux de M. Gubler sur Tindigosc urinaire. Je vais étudier successivement les deux chromatogènes, urohématine et indicany puis deux pigments, Vhémaphéine et Vuroérythrine (1).
A. Urohématine.
Si Ton consulte le tableau annexé à ce chapitre (2) on voit que :
1^ L' urohématine n'est augmentée que dans un petit nombre d'urines aux périodes d'augment et d'état et
qu'elle est le plus souvent absente, diminuée ou normale; 2** Qu'elle est plus souvent augmentée dans les cas MORTELS que dans les variétés qui guérissent ;
(1) Voyez les chapitres 2 et 3 de la première partie.
(2) Urohématine envisagée suivant les formes, dans toutes les urines prises en bloc.
Augmentée. Normale. Diminuée ou absente
Urines. Urines. Urines.
Cas mortels : 16,6 ^ 25,9 Z 57,5 %
— graves : 4,5 Z 32,0 Z 63,5 Z
— légers : 10,2 Z 39,8 Z 50,0 Z Suivant les périodes.
Cas graves : l'«el 2* périodes, 4,0 Z 20,0 % 76,0 Z
— 4« — 1,9 ;^ 52,0 Z 46,1 Z Cas simples :l»«et2« — 8,0 Z 25,8 Z 66,2 Z
3o Qu'elle tend à redevenir normale ou à augmenter pendant la défervescence ;
4® Que cette tendance s'accuse encore à la convalescence, mais qu'elle est plus marquée dans les cas légers que dans les cas graves.
Or, ces caractères possèdent dans Tespèce une impor^ tance réelle, el l'on peut poser en principe que dans la fièvre typhoïde, l'urohématine est diminuée à la période d'état et qu'elle redevient normale à la défervescence et à la convalescence. Par les évaluations au centième et suivant les périodes, on pourrait supposer que ces phénomènes sont fréquents et non constants; mais j'espère démontrer que les exceptions, si nombreuses qu'elles soient, tiennent à des conditions spéciales, telles que, formes de la maladie, complications, etc., ce qui donne une valeur clinique à ces exceptions mêmes. Aussi, nous allons passer en revue, les causes diverses qui, dans les cas mortels, graves ou simples, ont pu influencer la quantité de l'urohématine.
Cas mortels. Ce sont ces cas qui ont le plus d'importance, puisqu'ils permettent de rapprocher les variations du chromatogène de telle ou telle altération trouvée à l'autopsie et d'éliminer ainsi certaines coïncidences symptomatologiques auxquelles on avait été tenté d'accorder trop de prépondérance pathogénique.
1* Les accidents ataxiques^ \q délire (i), n'ont modifié en rien la quantité d'urohématine, qui dans les formes où cette prédominance existe, sans complications, a été
(1) Je ne saurais dire s*il en a été ainsi dès le début de la maladie, mais dans un cas qui a été soumis dès le troisième jour à notre observation, l'urohématine était augmentée ; elle diminua, puis disparut les
diminuée d'une manière continue depuis l'entrée du malade à l'hôpital jusqu'à la mort.
2° On peut en dire autant de Vad^nande et de la fobmb RÉNALE ; pourtant, dans cette dernière, U présence du Ban^ dans Turine masque la réaction, et, d'autres fois, il he serait pas impossible que l'hémoglobine subît, dans les voies uiinaires, une modification qui la Ht passer k Vétat d'urohématine^ ce principe éprouvant, dans ces formes, des alternatives d'augmient et d'abaissement qui m'ont paru être en rapport avee des oscillations analogues dans la proportion du sang émis par l'urine (1).
3* Mais, ce qui produit presque toujours une augmentation de l'urohématine, dans quelque forme que ce soit, c'est Texistence ou l'apparition d'une complication pulmonaire, et par conséquent la prédominance thoraciQUB de la maladie ; je n'ai trouvé à cette règle que deux exceptions : dans la première, une pleurésie survint au trente-huitième jour d'une forme thoracique, sans que l'urohématine, normale jusqu'à la fin, augmentât concurremment ; dans la seconde, il s'agissait d'une apoplexie pulmonaire qui s'était produite le dernier jour de la vie ,chez un jeune garçon atteint de fièvre typhoïde ataxo-adynamique,
4'' Parmi les autres circonstances qui ont été en rapport avec des élévations de Turohématine, je citerai enjours suirants ; mais il faut ajouter qus le malade ayadt, en même temps une péricardite, de sorte que la part de chaque élément est bien difficile à établir.
(1) J*ai TU, au dernier jour d*une forme adjnanrîque simple, Fuxo*^ hématine augmeater dans Purine, sans que rien put en donaer la raison que la "diminution considérable de la quantité d*urine^ de sorte qu'en réalité, cechromatog^ène devait être plutôt encore diminué qu'augT mente.
— iîw —
core : Vkémdrrhagie intestinale dont le pradoât^ non évacué au dehors, est retenu dans \et gros intestin ; la ^ongrène ; FapparHion du purpura; V irydpële.
5 ' Enfin, quand le chromatogène augmente dans les cas mortels, le liquide d'épreuyei prend une teinte rôuge brun plus ou moins prononcée^ mais je ne Tad jamais^ vu devenir rose chir ou rose mf^ ainsi qu'il 9iSïtvfQ dans les formes* non mortelles, à teur période de décroissance (1).
Gàs ifON MORXBLS. — Nous savous que Turohématine est diminuée à la période d'état et qu'elle revient à la Bonaiale o«l augmente pendant la défervescenca et la eosivolescence. Gherchoos les exceptions à la règle et les circonstances suivant lesquelles apparaissent les augnuentatiiioiis de fav&rabie augure.
i"" L'urohém&tLne est presque constamment absente ou diminuée dans le milieu de la période d'état.. C'est donc ordinairement à la première et à la dernière partie die eeite période que Ton trouve une augmentation éventoeUe du chromatogène,, ou bien son maintien au taux de: l'état de santé.
Ddiùsldi première partie de la période d'état étala phase d'augment, Turohématine est normale ou augmentée par les raisons suivantes :
A. Laffèvre frappe brusquement des hommes robustes en pleine santé; elle prend,, au début, les allures d'une fièvre infiammatoire franche^ et les symptômes de rétat typhoïde ne se montrent que secondairement; ou bfteo^la maladie évolue chex un. sujet en proie à d'autres
41) Quand riadicajxeat en ttop grande abondance^ la coloration propre à Turohématine esfctma»qAié€ par Le bleu.
influences pathologiques; chez un tuberculeux^ chez une puerpérale^ par exemple; mais, je le répète, même dans ces cas, Turohématine diminue au cours de la phase d'état.
B. La maladie débute à grand fracas, avec des accidents cérébro ' spinaux j sans épistaxis et sans diarrhée ; puis, ces exagérations symptomatiques se calment.
C. Quand il existe, durant la période d'état, des complications telles que la pneumonie, la congestion pulmonaire portée à un haut degré, Térysipèle de la face (1).
Les diminutions de Turohématine sont, au contraire, bien plus prononcées quand la diarrhée, les épistaxis, les vomissements sont très-abondants.
A la dernière partie de la période d'état, les augmentations ou le retour de Turohématine à la quantité normale, peuvent avoir des significations assez différentes.
Ainsi, dans 32 cas sur 100, le chromatogène est revenu à la normale, ou a augmenté la veille et plus rarement Tavant-veille du début de la défervescence. Cette appa-
(1) Dans un cas de complication érysipélateuse, je n*ai pas trouvé cette augmentation de Turohématine. Il s'agissait d^une jeune femme de 25 ans profondément anémique, convalescente d*une métrorihagie fort abondante, qui fut prise d'un érysipèle blafard de la face, au 10<^ jour d'une fièvre typhoïde grave, et dont la courbe thermique atteignait tous les soirs 40,2 et 40.6. L^urohématine absente à rinvasion de rérysipèle n'augmenta pas, et pourtant ce dernier eut trois recrudescences consécutives. Cette malade, très-affaiblie par des pertes 'de sang et par une maladie déjà longue, devait en être réduite à son minimum de globules. Cependant, elle eut à la défervescence, le 25^ jour, cette élévation du chromatogène, que Térysipèle, avec son appareil inflammatoire, avait été impuissant à déterminer.
rition favorable sera distinguée de celles qui seraient dues à des complications, par la teinte rose de Chine que prend le liquide d'épreuve, tandis que les augmentations d'origine complicative sont, non pas roses, mais d'un rouge tirant plus ou moins sur le brun sale; de plus , on mettra en ligne de compte les signes urologiques précédemment étudiés, la marche de la température, et l'évolution des principaux symptômes.
Pendant la défervescence, Turohématine revient à la normale et prend la teinte rose avec une telle constance, que je n'ai vu manquer ce caractère que dans deux cas : l'un grave, de longue durée, avec épistaxis fréquentes et abondantes qui avaient jeté le malade dans un profond état de faiblesse et d'asthénie ; l'autre moins sérieux, mais qui s'était accompagné de diarrhées profuses, répétées et de vomissements. Quand le ton rose normal ou bien plus ou moins augmenté, ne réapparaît pas à la fin de la période d'état , on le voit donc revenir dans le cours de la défervescence, du deuxième au quatrième jour.
Au cours de la convalescence, les teintes roses persistent et s'accusent : elles apparaissent toujours dans les cas très-rares qui ne les avaient pas données à la défervescence et elles persistent pendant un temps généralement assez long, après avoir présenté une certaine élévation dans les premiers jours de cette période ; il y a même un contraste assez curieux entre la pâleur de l'urine et l'intensité de la coloration rose qu'y produisent les réfifetifs et qui ne manque dans aucun cas de fièvre typhoïde, puisqu'on la trouve même chez ceux qui, à la convalescence, se compliquent de ce catarrhe des voies
- tao-
urmaires dont j'ai parle plus haut (4).
Si la maladie réoidiye à ce moment et que la reclnite soh bénigne,, celle-ci peut accomplir toutes aesphase&avec une diminution sensible du cfaromatogene^ mais sans que son aspect rose disparaisse ;si^ au contraire, laréverslon est grave, le rose de Chine persiste au plus pendant les deux àtrais premiers jours delà nouvelle période d'augmentation, puis Turohèaiatine suit sa marche habituelLew
B'. — Indican.
Les variations cliniques de Tindican (2) ont une valeur encore plus marquée que celles de Turohématine et Ton peut dire, dès à présent, que les proportions des deux chromatogènes aux diverses périodes et formes de la
(1) Quand la quantité de Turine atteint des chiffres considérables, comme je Fai tu, par exemple,, dans un cas où elle 8*eat élevée juâ> qu*à6300 dans les 24 heures, on obtient assez difficilement le rose eu question ; il ne s*en suit pas quUl soit diminué, mais il est tellement dilué que ses réactions deviennent moins précises. L'acide nitrique est alor» bien préférable comme réactif à Tacide chlorbydrique ; il faut, en outre, opérer sur 200«« d'urine environ et attendre dix minutes pour juger la réaction.
(2) De i'indican suivant le» formes de la fièvfe typhoïde,, et envisfl^è dans toutes les urines prises en bloc,
rès-abondant.
Evident.
Traces ou absent.
Urines.
Urines.
Urines.
Cas mortels :
— graves :
— simples i
Suivant les périodes.
Cas grav.,lï'«et2o périodes, 69,4 Z
Cas simpl . , !'« et 2« —