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femmes enceintes provoque l'expulsion du produit de la conception principalement lorsqu'elle révêtune certaine gravité, et c’est précisément cetle expulsion prématurée qui précède l’apparition de la septicémie puerpérale.
Cette déclaration de M. Martinet qui va jusqu’à prononcer le mot immunité contraste évidemment avec les observations de Gusserow, Goltdammer, Grisolle et celles d'écrivains plus récents qui ont signalé l’existence de cette-complication niée par lui.
M. le professeur Pinard (1), dans son art. grossesse du Dictionnaire encyclopédique conclut que « la fièvre iyphoïde exerce une influence fâcheuse sur la grossesse ». Et quoique les auteurs dont il analyse les travaux paraissent d'accord sur ce fait que la fièvre typhoïde ne prédispose pas à l’infection puerpérale, le maître écrit : que dans ces cas « plus que partout ailleurs on devra prendre les précautions antiseptiques les plus rigoureuses. »
Tout récemment, M.-Vinay (de Lyon) dans le très intéressant chapitre qu’il consacre à l’influence réciproque de la grossesse et de la fièvre typhoïde dans son Traité des maladies de la grossesse déclare nettement que «le danger véritable de l’interruption de la grossesse, c’est la facilité avec laquelle surviennent les complications septicémiques. »
M. le professeur agrégé Chantemesse dans une leçon clinique faite récemment à l’Hôtel-Dieu signalait Pexis-
Pinaro. In Dictionnaire encyclopédique.
tence des mêmes complications et insistait sur la nécessité de les prévenir.
Enfin Dubaut dans sa thèse de Lyon de 1893, sur la fièvre thphoide pendant la grossesse el son traitement : par les bains froids s'attache à démontrer en passant la co-existence des deux infections typhoïde et puerpérale. « Nous serions enclins, dit-il, à penser avec Gusserow et Griesinger que l’organisme débilité d’une femme atteinte de fièvre typhoiïde offre une proie facile aux streptocoques et nous savons que le bacille typhique et celui de l’infection puerpérale peuvent vivre côte à côté et évoluer chacun pour son compte. Seule Papplication des principes modernes de l’antisepsie peut atténuer le pronostic, » et l’une des conclusions de son travail est la suivante :
« L’avortement ou laccouchement prématuré, pendant la fièvre typhoïde, peut aggraver le pronostic en facilitant le développement d’une infection puerpérale, » | | L'auteur a tiré cette conclusion de l'étude de trois observations contenues dans son travail et qu'on lira plus loin; il pense, ce qui est l'exception, ainsi que nous le verrons, « que l’organisme étant affaibli, utérus n’a pas assez de force pour expulser complètement son Contenu » et que c’est là la source des complications. C’est d'ailleurs incidemment que M. Dubaut traite cette question, il n’a cherché ni les causes ni le mécanisme de cette infection secondaire,
Si nous passons maintenant à l'étude des causes invoquées par ces divers obsérvateurs pour expliquer l’interruption de la grossesse pendant la fièvre typhoide, nous sommes loin de trouvér un accord parfait; et la diversité des théories prouve suffisamment qu'aucune d'elle ne possède une valeur absolue.
La diarrhée qu’on rencontre ordinairement dans le typhus abdominal; les efforts de toux consécutifs aux accidents broncho-pulmonaires ; les congestions utérines et l’endométrite hémorrhagique 6nt été invoquées depuis longtemps. L’hyperthermie et lPinfection du produit de la conception ont été invoquées plus récemment.
Chambon de Monteau (1), et après lui, Devilliers et Bourgeois ont pensé qu’il ÿ avait transmission des contractions de lPintestin aux organes de la gestation et que l’expulsion fatalé était le résultat de ces contractions utérines. Nous n’admettons pas Cette théorie, car outre que la physiologie ne nous enseigne pas très bien comment il pourrait y avoir propagation de spasmes d’un appareil à l’autre; il ne manque pas d’autres affections du tube digestif où le flux diarrhéique est aussi et même plus abondant que dans linfection typhoïde et dans lesquelles cependant on ne note pas aussi fréquemment l'avortement.
Le même raisonnement peut s'appliquer aux complications pulmonaires et aux efforts de toux qu’elle déter-
(!) Cuamson DE Moreau. Des maladies de la grossesse. ,
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hune et qui ont été incriminés pour expliquer l'interruption de la grossesse. Grisolle (1) accuse ces accès de toux de provoquer des hémorrhagies et de produire de cette façon le décollement des membranes. Martinet (2), dénonçant également les complications broncho-pulmonaires, met sur le compte des troubles de l'hématose qui en résultent la mort du fœtus et son expulsion. Cette hypothèse plus rationnelle, cependant ne nous satisfait pas non plus, car les complications pulmonaires ne sont pas la règle dans la fièvre typhoïde el nous avons observé des malades dont la grossesse fuLinterrompue avant qu’elles aient présenté quoi que ce soit d’anormal du côté des voies respiratoires.
On a invoqué des hémorrhagies utérines (épistaxis utérines de Gubler) (3). Or, il est facile, comme le dit M. Vinay, de faire remarquer que cette épislaxis n’existe pas chez les femmes. L’endométrite hémorrhagique, analogue à celle que Slawjonsky a décrite chez les femmes atteintes de choléra, ne saurait non plus être admise comme cause de lavortement chez les femmes atteintes de fièvre typhoïde ; c’est une simple hypothèse, car on n’a jamais constaté d’altération primitive de la caduque invoquée par Goltdammer.
L’action de l’hyperthermie a été étudiée principale -
(1) Loc. cit.
(2) Loc. cit.
(3) GuBLER. Gaxette des Hôpitaux 1883.
ment par Max Runge (1), Vincent (2) et Doléris et Doré (3). Max Runge ayant placé des femelles pleines dans une étuve dont il réglait la température aurait pu conclure de ses observations qu’une température de. %1°5 tuait le produit; il résulte de plus de ces expériences que sous l’influence de l’élévation de la tempé-
rature, il se produit dés contractions utérines qui sont susceptibles d'amener l’expulsion du fœtus. Les con-
clusions de Max Runge furent critiquées par Doléris et Doré qui adoptèrent, à peu de choses près, le manuel
expérimental de leur devancier, mais firent en sorte de
se rapprocher davantage des données de la clinique.
Au lieu de soumettre d’une façon constante leurs ani-
maux à une température élevée, ils provoquèrent des
rémissions et des exacerbations; et dans ces conditions
les phénomènes d’avortement ne furent pas observés.
Ils en conclurent que l’hyperthermie, du moins dans la
majorité des cas, ne pouvait être considérée comme la
cause de l’expulsion fœtale dans les pyrexies.
Laissant de côté les diverses hypothèses qui cherchaient à attribuer à l’avortement une cause mécanique; quelques observateurs ont dénoncé l'infection du produit de la conception comme cause de l'avortement au cours de la fièvre typhoïde. A vrai dire, les lésions
- caractéristiques de la dothienentérie n’ont pas toujours
(1) Max RuxGs. Arch. f. Ginec. 1883.
(2) Vixcexr Thèse Paris 81.
(3) Dozeris et Doré. Société de Biologie 1883.
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été relevées dans les autopsieés pratiquées sur les fœtus expulsés et Gusserow quis’est particulièrement occupé de celle quéstion affirme n'avoir jamais trouvé de lésions spécifiques chéz les fœtus expulsés pendant Ja pyrexie maternelle.
Ceci peut s'expliquer par ce fait que les agents de Pinfection sont transmis au fœtus non par la voie digestive mais par la veine ombilicale.
Néanmoins la fièvre typhoïde du produit de la conception a été constatée, et il a suffi pour l’affirmer de quelques observations indiscutables,
Déjà en 1841, dans une communication faite à l'Académie de Médecine, ManZoni affirmait qu’il avait trouvé des altérations des follicules elos dans l’intestin d’un enfant né à 7 mois et mort 20 à 30 minutes après sa naissance. Chancellay et Mein rapportent également des observations qui tendent à démontrer l'infection typhoïdique du fœtus. Dans le premier cas, il s’agissait d’un enfant mort 8 jours avant Sa naissance et dont les lésions intestinales avaient si bien évolué qu’il était difficile de ne pas admettre que l’enfant avait été atteint bien avant sa naissance. L’observation de Weiss, moins nette en raison de l’époque peu avancée de la grossesse, est cependant presque aussi probante.
En dépit des lésions anatomo-pathologiques, il est encore un certain nombre de faits qui protestent en faveur de celte infection. C’est ainsi qu’on a nolé que ‘lorsque l’enfant vient au monde vivant, il ne tarde pas
à succomber après avoir présenté tous les phénomènes cliniques du typhus abdominal, De plus, chez quelques rares sujets qui ont survécu, on a observé les tares habituelles consécutives à cette affection, telles que débilité intellectuelle, affaiblissement de la mémoire, surdité, ete.
La découverte du bacille d’Eberth a permis à la bactériologie d'apporter à ces investigations son contingent de preuves indiscutables. En 1886, MM. Chantemesse et. Widal trouvèrent une grande quantité de bacilles d'Eberth dans le sang du placenta d’une femme grosse de quatre mois et qui avorta au 12° jour de la maladie, eLils en obtinrent des cultures. Ces expérimentateurs ayant inoculé la bacille typhique à des femelles pleines qu'ils sacrifièrent au bout de 48 heures l’ont retrouvé à l’état de pureté dans les eaux de Pamnios et les organes du fœtus.
Eu 1889, Eberth dénonça également la présence du bacille qu’il avait découvert, dans le sang d’un fœtus de vingt semaines expulsé au cours. d’une fièvre 1yphoïde : les cultures qu'il en fit lui permirent de constater le développement caractéristique du bacille typhique. A titre de contrôle, il fit les mêmes expériences, dans des conditions identiques, mais en se servant de fœtus dont la mère n’était pas typhique; le résultat de ses cultures fut négatif.
Le passage du bacille d’'Eberth de la mère au fœtus tel qu’il est établi par ces bactériologistes nécessite-t-il,
comme l’a avancé M. Malvoz des altérations histologiques des villosités choriales ; ou des infarctus apoplectiques signalés tout récemment par M. Bonnaire? M. Widal a publié l'observation d’une femme morte de fièvre typhoide deux jours après l'avortement et chez laquelle on décela les lésions caractéristiques de l'infection typhique ainsi que la présence de bacille d’Eberth; le placenta ne présentait aucune altération et cependant le bacille de la fièvre typhoïde fut trouvé dans les cultures faites avec le sang des divers organes du fœtus.
Il résulte de ce qui précède que l’intoxication du fœtus est la seule cause véritablement efficace de l’interruption de la grosesse. Comme nous l’a enseigné M. Chantemesse, cette intoxication se fait par les 10xines secrétées par le bacille d’Eberth et c’est ce qui explique comme l'indique cet observateur que l’avortement est la règle dans les fièvres typhoïdes graves.
La connaissance des conditions qui règlent les rapports de la fièvre avec la grossesse va nous permettre de passer à l’étude des rapports qui existent entre la fièvre typhoïde etla fièvre puerpérale.