Carrieu, loc. cit. p
Passons à l’étude de la deuxième forme : cl al. typhoïde avec fièvre.
Elle est extrêmement intéressante et par les symptômes alarmants sinon toujours graves qu’elle présente et parce que les manifestations revêtent des caractères tels que tantôt on croit se trouver en présence d’une dolhiéncnlérie, tantôt on songe à l’invasion d’une variole , plus rarement il y a ébauche de congestions pleur o-pulrnonair es.
L’observation que nous rapporte M. Fournol (1) est tout-à-fait précieuse. Le surmenage est extième, car le malade est venu à pied de Marseille à Paris, en neuf jours.
L’erreur de diagnostic s'imposait si l’on n’eîit connu l’histoire du malade. Piien ne manquait en effet au tableau d’une fièvre continue : céphalalgie violente, épistaxis, fièvre intense avec température élevée, langue blanche sauf aux bords et à la pointe qui sont d’un rouge vif. 11 y a en outre du gargouillement dans la fosse iliaque, diarrhée fétide, hébétude, soif vive, et, chose plus remarquable encore, on voit apparaître les taches pathognomoniques de la dothiénenterie, seulement ces taches deviennent en peu de temps de larges ecchymoses.
En lisant cette description (obs. VIII) qui ne serait persuadéque c’est une vraie fièvre typhoïde que ce maladeavait!
Eh bien! au bout de quatre jours du repos au lit le plus absolu, tous les symptômes s’amendèrent. L’appétit était revenu avec les forces et avec l’intelligence.
Dans la même semaine le malade, guéri, quittait l’hôpital. Vit-on jamais cela dans la dothiénenterie, même la plus légère, et peut-on, en rapprochant l’intensité des
I, Fournol, toc. cit., p. 2.‘5.
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symptômes Je la prompte et heureuse issue de la maladie conserver le moindre doute au sujet du diagnostic de fièvre typhoïde, alors même que suivant l’opinion du très aimable chef de clinique de la Faculté, M. Bourcy ; <r en matière de fièvre typhoïde on doive s’attendre à tout voir? » Nous ne le croyons pas.
D’ailleurs ce n’est pas là un cas unique. L’observation IV qui a été recueillie par M. le D1' Caron de la Carrière, chef de clinique adjoint à l’hôpital Necker, n’est pas moins probante. Les symptômes sont les mêmes, quoique moins accentués, caries effets clu surmenage se sont produits pendant une durée moins longue. Le malade était venu seulement de Rouen à Paris, à pied; mais il y avait complication d’excès de la veille, en tous genres, alcooliques et vénériens.
C'est la marche de la température qui éclaire le diagnostic. Elle est de 40» à l’entrée du malade à l’hôpital ; elle oscille pendant deux jours aux environs de ce chiffre, descend à 38° le quatrième jour, à 37° le cinquième jour pour s y maintenir. Le sixième jour le malade était en état de sortir guéri de l’hôpital.
Il est des cas, avons-nous dit, où l’intensité de certains symptômes fait craindre la variole. Nous rappelons l’observation X, citée a la tribune de l’Académie de médecine, dans laquelle on voit Chomel, ce grand médecin après avoir examiné avec toute l’attention qu’il y savait mettre, un jeune homme qui venait d’entrer avec de la fièvre, accompagnée de prostration, de céphalalgie de douleurs musculaires et surtout d’une vive rachialgie, formuler ce diagnostic réservé : <r aul varioles incipienles.
aut febns Peyerica. » Chomel n’avait pas trouvé les éléments nécessaires pour arrêter son opinion. M. Peter s’indigna presque qu’un diagnostic si peu précis fût porté par un tel maître. Et cependant combien Chomel avait raison. Resté auprès de ce malade, M. Peter apprit que, sans ressources il était venu à pied de Compiègne à Paris, couchant dans les fossés, mangeant à peine ce que la charité publique lui dispensait parcimonieusement. Il s’était surmené sans réparer ses pertes.
Le surlendemain le malade sortait guéri, et guéri par quoi? par le repos.
Les muscles et l’économie entière avaient eu le temps de se débarrasser du <r corps du délit, » des produits d’oxydation incomplète.
En somme, il n’y avait ni variole, ni fièvre typhoïde. C’était une fièvre de surmenage, tout comme le fait suivant que M. Peter a l’extrême complaisance de nous communiquer et dont les symptômes simulent à s’y méprendre le début d’une variole (observ. XI).
Un jeune homme marié depuis cinq semaines environ et qui avait passé presque tout ce temps en voyage était depuis six jours seulement de retour à Paris, lorsqu'il fut pris le 10 décembre 1887, d’un grand sentiment de courbature avec lumbago considérable ; en même temps frissons, chaleur vive à la peau.
C’est dans ces conditions que M. Peter le vit et constata indépendamment de la rachialgie, 112 pulsations à la minute et 39°5 à l’aisselle.
Pendant le cours de cette première visite le malade eut un vomissement très abondant.
Or, ce jeune homme revenait de Madrid où il y avait une épidémie de variole. Il était donc assez naturel de craindre qu’en présence de tous ces symptômes et en raison de l’exposition à la contagion de la variole on ne fût en présence d’un cas de variole commençante. C’était la crainte de la famille et quelque peu celle du médecin.
Le lendemain après une nuit des plus agitées, la fièvre persista avec l’ensemble de tous les symptômes précédents; la température restant à 39° le matin et le soir au même chiffre.
Le malade avait une soif vive, une anorexie complète, mais le vomissement ne se renouvela pas.
Le surlendemain, 12 décembre, il y eut un peu de détente et le soir une moiteur assez abondante.
Toute la nuit la sueur persista et le lendemain 13 le malade se trouva très soulagé.
Il n’y eut aucune trace d’éruption commençante.
Chaque jour les urines examinées furent trouvées absolument exemptes d’albumine.
Le soir du 13 et le lendemain 14 il y eut émission d’urines considérablement chargées de pigment biliaire. On pouvait constater en même temps de la congestion du foie non douloureuse.
C’est le 14 que la température tomba brusquement à 37° et que le pouls descendit à 72 pulsations.
Ln même temps le jeune homme se trouvait absolument débarrassé de sa douleur, de sa fatigue et l’appétit renaissait.
Il y eut donc dans ce cas une double crise et par les
sueurs et par les urines si fortement bilieuses : à aucun moment il n’y eut d’albumine dans celles-ci.
Or voici dans quelles conditions cet état morbide était survenu.
Ce jeune homme de mœurs très pures s’était démésurément livré à l’acte conjugal : première cause de fatigue incontestable. 11 avait de plus passé plusieurs jours en voyage et, à Madrid notamment, il s’était fatigué tout le long du jour à visiter les musées et les magasins : deuxième cause non moins incontestable de falisrue.
Dans ces conditions d’épuisement musculaire et nerveux et de déperdition des forces la réparation avait été absolument insuffisante et par le sommeil, les nuits étant quelque peu troublées par l’action conjugale, et par l’alimentation, ce jeune homme très difficile et habitué à la cuisine anglaise refusant presque tous les mets qu’on lui offrait en Espagne.
En résumé, surmenage d’une part et absence de réparation ou réparation insuffisante d’autre part, et voilà la maladie constituée ; laquelle guérit par le repos au lit, des boissons acidulées, des grogs et une potion à l’alcoolaturc d’aconit et à l’eau distillée de laurier cerise. Potion morale tout autant que médicale.
Parfois les fièvres de surmenage ébauchent pour ainsi dire une affection pulmonaire à l’arrivée des malades à l’hôpital, puis après une ou deux nuits de repos tout rentre dans l’ordre.
C’est ce que nous avons observé nous môme (observ. XIII) et ce qu’a pu voir notre excellent ami le Dr Méria’ot de Treigny, ancien interne des hôpitaux, qui, clans le
malade de l’observation (n° XTI) qu’il nous a envoyée si aimablement, aurait voulu trouver, avec son chel M. le I)1 Tennesson, quelque chose de plus précis pour formuler le diagnostic de « fluxion de poitrine. »
« On sentait bien, nous a-t-d dit, qu’il y avait là autre chose. »
Son malade et le nôtre arrivent avec une température de près de 40° et le surlendemain ils sont à 37°. Tous deux présentent à peine de la dyspnée, peu de toux, pas d’expectoration, des symptômes d’embarras gastrique et un point de côté léger.
A l’auscultation rien de net : peu ou point de râles, pas de souffle vrai.
Tous deux, enfin, présentent de l’herpès labialis, comme on en voit à la fin des affections aiguës du poumon.
Avons-nous eu affaire à des congestions pleuro-pulmonaires légitimes? Nous ne le croyons pas et nous affirmerions volontiers le contraire. Ce qui nous dicte notre jugement c'est la guérison qui est survenue rapidement dès le deuxième jour de repos au lit. C’est la cause étiologique, bien évidente, le surmenage, car le malade de l’observation de Mérigot avait fait lui aussi, à pied, le voyage de Murat à Clermond-Ferrand, en un jour et demi, et celui de notre propre observation était un terrassier et paveur qui a été pris de maladie après des journées passées à charger et à décharger des pavés très lourds, son métier étant d’ailleurs très pénible comme il nous l’a assuré.
Enfin, phénomène critique dont nous avons dit l’importance, notre malade, le jour où la température descen-
clait à 37°, avait de la polyurie et excrétait 70 grammes dans les 24 heures.
Arrivons maintenant à la forme grave du surmenage.
Là les choses changent encore, d’aspect. Il y a des lésions et des lésions qui peuvent produire la mort. On trouve des myélites, et, chez les enfants des osléo-myélites, à une période plus ou moins avancée, mais avec des symptômes typhoïdes intenses, ostéo-myélites que certains auteurs ont décrit sous le nom de fièvres de croissance (1). Mais, c’est surtout le cœur qui est le plus communément atteint, le cœur et les vaisseaux. Et cela était facile à prévoir, car toute fatigue aboutit au cœur.
« Cet organe par les hautes fonctions qui lui sont dé- <r volues, par sa riche organisation musculaire et ner- <x veuse ressent le contre-coup de la fatigue musculaire <t comme de la fatigue morale (Révilliod) (2). »
Depuis Galien qui invective la profession d’athlète comme cause d’inflammation du cœur, Van Swietten, Corvisart, Franck, Hope, Bouillaud, ont accusé la fatigue et les efforts de produire des troubles cardiaques.
Thurn (3), Fraentzel (4), Otto Hahn, signalent l’hypertrophie du cœur sans antécédents d’alcoolisme, ou de rhumatisme, ou autres, comme consécutive aux marches forcées. On connaît les expériences de Mohamed (3).
1. Bouilly. Revue de médecine et de chirurgie, 10 septembre 1879, p. 707.