‹ Fièvres de surmenageChapitre 44 sur 56 · Reclus, pâlit, ext. p · texte numérisé non relu

Reclus, pâlit, ext. p

tion, et, en plus, des accidents graves du côté des muscles probablement par la présence de matières cadavérisées accumulées. Et quel état plus alarmant et plus fatalement désastreux que celui de ces individus soumis à une autointoxication déjà grave et exposés encore à tous les dangers de l’infection purulente! Aussi la mort est-elle la terminaison la plus fréquente dans les faits observés, non seulement quand la suppuration envahit plusieurs muscles (Béhier), mais encore, lorsqu’elle est limitée, bien que l’état général soit grave (1). (Observ. XXV)

Gardons-nous bien dans ces cas de mettre tous les phénomènes topiques sur le compte de la résorption du pus, car les phénomènes généraux précédent le plus souvent la suppuration (Carrieu).

Après les myosites la thrombose peut s’observer comme complication des fièvres de surmenage.

Nous n’avons qu’une observation n° XXVI rapportée par M. Révilliod, mais elle est concluante.

Une femme de 30 ans, ayant toujours exercé une profession sédentaire, entre en service comme domestique dans un hôtel, sa besogne est des plus pénibles et elle s’y astreint avec une ardeur excessive pour ne pas perdre cette place

Une extrême fatigue s’empare d’elle avec épistaxis, frissons, anorexie. Quelques jours après, le 10 octobre, entrée à l’hôpital avec des symptômes accentués d’état typhoïde, fièvre allant de 39° à 40", langue saburrale, gencives et lèvres fuligineuses, haleine fétide, diarrhée,

1. Foucault. Bulletin de la Soc. anat. 1869. Dionis de Carrières, th. de Paris, 1851.

prostration générale des forces, mais pas de céphalalgie, ce qui est rare, pas de ballonnement du ventre, pas d’intumescence de la rate, ce qui écarte le diagnostic de dothiénen férié, comme d’ailleurs la marche de la maladie

11 y a, en outre, des signes du côté du cœur, battements faibles, sourds, et léger souffle au premier temps, à la pointe. Le pouls est irrégulier, mou. L’urine est fortement albumineuse.

Quatre jours de séjour à l’hôpital, de repos absolu, suffisent pour que tous les symptômes s'amendent; le souffle cardiaque disparait, le pouls se régularise tout en restant sujet à de grandes variations dans sa rapidité, de 80 à 140 pulsations; plus d’albuminurie. Sept jours après, le 17, la langue se nettoie, les forces reviennent.

Mais voici que le 24 octobre survient un gonflement douloureux de la jambe gauche qui acquiert trois centimètres de circonférence de plus que la droite.

Forcément la convalescence se prolonge jusqu’en janvier, mais le 23 février, la malade quittait l’hôpital dans un état tout à fait satisfaisant.

Les conclusions de M. Révilliod sont que, bien que la malade fût guérie, elle a été atteinte d’une myo ou endocardite avec infarctus dans les reins, thrombose de la veine poplitée, lésions qui ne pouvaient reconnaître d’autres causes que les conditions de fatigue exceptionnelle auxquelles la malade n’a pu résister plus de deux mois.

Si les faits précédents sont pleins d’intérêt, combien

plus ne le sont les suivants que nous devons à l’extrême obligeance de M. le professeur Le Fort.

Dans les deux observations qu’il a daigné nous communiquer nous voyons des accidents évidemment fort rares survenus à la suite d’un surmenage aigu, dont la durée et l’intensité, ne semblent pas tout d’abord suffisants à les provoquer.

Il s’agit dans ces deux cas de gangrènes spontanées survenues rapidement au milieu de phénomènes typhoïdes à la suite de fatigues causées par une nuit de bal. Et c’est la danse, ce plaisir si innocent pour les mères de famille qui le permettent très volontiers à leurs filles, que l’on est forcé d’incriminer dans l’une et l’autre observation, et qui dans un des cas cause la mort !

Nous laissons la parole à M. le professeur Le Fort.

<r Vers 1872, je fus appelé en consultation à Nogent-le- < Rotrou par M. le D1' Hamel pour une malade atteinte de « gangrène spontanée de la jambe gauche.

« La malade était une jeune fille de 19 ans, jouissant <r habituellement d’une excellente santé, vigoureusement « constituée.

« Trois jours auparavant, elle avait assisté à un bal de <t noces et s’était, avec l’ardeur de la jeunesse, livrée au « plaisir de la danse.

<r De retour chez elle, avec ses parents, elle s’était cou- « chée, mais elle se plaignit bientôt d'un grand état de « malaise qui fit place à un abattement profond, suivi de « l’apparition d’une fièvre assez forte avec altération des <r traits.

« M. le Dr Hamel appelé par les parents, la trouva dans

« un véritable état typhoïde que rien ne pouvait ex- <r pliquer, et il constata en même temps un refroidisse- <r ment complet de la jambe gauche, avec un peu de cya- « nose vers le pied. C’est alors qu’il me fit appeler.

« Je vis la malade le lendemain dans l’après-midi, et i je la trouvai dans l’état suivant :

<r Faciès très altéré, véritable aspect typhoïde, langue sè- « che, abattement profond allant presque jusqu’au coma ; <r pouls petit, très fréquent.

« La cyanose au membre gauche remontait jusqu’au « genou. La cuisse toute entière était pâle, décolorée, un <r peu tuméfiée. Des phlyctènes existaient dans certains « points de la jambe et du pied, contenant une sérosité « rougeâtre. Tout le membre était absolument froid, et <r l’on ne pouvait percevoir aucun battement de la fémo- « raie. La gangrène totale du membre gauche était évi- « dente.

« J’examinai le membre droit. Les battements avaient <r également disparu dans la fémorale ; le membre était <r froid ; mais, à la cuisse, le refroidissement n’était pas « encore complet. Le pied et la partie inférieure de la « jambe étaient cyanosés, moins profondément toutefois <r qué le membre gauche.

« Il était évident que le membre droit offrait depuis la <r veille les mêmes phénomènes qui avaient débuté deux « jours plus tôt, ou tout au moins un jour plus tôt, dans <t le membre gauche, et que tous deux étaient sphacélés « ou se sphacélaient.

« Nous conseillâmes les excitants diffusibles à l’inté- « rieur, l’alcool, etc., mais nous dûmes annoncer aux pa-

<r rcnls qu’il n’y avait aucun espoir et que la mort était « prochaine.

« Cette jeune fille mourut en effet vingt quatre heures « après.

<r Je ne puis me rappeler si le jour du bal elle était à « la période menstruelle. Je ne le crois pas cependant « car cette circonstance qui avait appelé mon attention <t serait restée dans mon esprit si elle s’était rencontrée <r dans l’observation.

<r Voici maintenant le second fait qui se termina plus « heureusement.

« En 1881, mon excellent ami et ancien interne M. L. <r Robin vint me chercher à l’IIôtel-Dieu après ma visite <r pour un de ses malades employé de M. Gaiffe atteint « d’hémorrhagies de la pédieuse, difficiles à arrêter et <r qui s’étaient plusieurs fois reproduites.

< Comme je l’ai conseillé pour les hémorrhagies secon- « daires, je fis la ligature de l’artère dans la plaie et j’y

< joignis l’application du cautère actuel. L’hémorrhagie <r ne se reproduisit pas, et le malade guérit.

5 Voici ce qui avait donné lieu à ces accidents. Ce maa lade, âgé de 25 à 28 ans, aimant beaucoup la danse, <r avait été au bal et avait beaucoup dansé. Il avait été pris, « à la suite, d’accidents généraux de [orme typhoïde et en « même temps d’une gangrène spontanée des téguments

< du dos du pied, gangrène que n’expliquait aucune cause « locale.

< C’est au moment de la chute des eschares que les a hémorrhagies avaient paru et s’étaient reproduites

c malgré la compression et les moyens ordinaires em-

< ployés.

<r Les accidents généraux ne pouvaient s’explicpier que c par un excès de fatigue. La santé du malade était à ce

< moment excellente. »

Comment expliquer les faits que nous venons de relater ? Pour M. le professeur Le Fort, il s’agit là d’épuisement de l’influx nerveux. Les travaux de Samuel, de Cl. Bernard, les recherches de M. le professeur Charcot et de W. Mitchell viennent à l’appui de la théorie des gangrènes par lésions nerveuses ou par troubles trophiques ; mais, si nous nous rangions complètement à cette opinion comment pourrions-nous expliquer la gravité des troubles généraux qui précèdent la manifestation locale?

Nous croyons que l’on doit surtout assimiler ces gangrènes à celles qui résultent de toute altération du sang et que l’on voit apparaître souvent dans des maladies infectieuses, l’albuminurie, et surtout le diabète, et sous l’influence de maladies graves. Peut-être y a-t-il coexistence des deux causes. Ne sait-on pas que le nerf se fatique au même titre que le muscle ?

Quoi qu’il en soit, ces exemples ne présentent pas moins le plus haut intérêt et confirment les idées de M. Piévilliod qui a indiqué les gangrènes comme pouvant résulter d’un excès de fatigue par suite de l’altération du sang par les matières cadavérisées accumulées et pas assez rapidement éliminées.

Il nous reste à citer au nombre des complications des fièvres de surmenage les suffusions sanguines de la peau et des muqueuses.

Nous avons vu au chapitre précédent un malade atteint de larges ecchymoses dont la régression a été, dans ce fait là, rapide et suivie de guérison.

Il est des cas pourtant où, à la suite de fatigues excessives constituant un surmenage aigu, rapide, des individus sont tombés dans un état comateux, mortel à brève échéance, précédé parfois de rachialgie atroce, mais accompagné toujours de suffusions sanguines de la peau et des muqueuses telles que tout le corps n’est qu’une vaste ecchymose. C’est le cas du malade de l’observation XXIX. M. Hérard a cité un cas semblable (observ. XXX); ainsi que M. Larrey.

Dans le Journal de médecine et de chirurgie de 1850 (1), M. Stark a rapporté un cas des plus intéressants et des plus rares où le surmenage est incontestable et immédiatement suivi d’altération, peut-être d’inflammation aiguë, de la plupart des organes qui sont atteints à des degrés différents.

Les hémorrhagies sont multiples. Toutes les sécrétions sont profondément colorées par le sang. Enfin les symptômes sont si alarmants, si graves et durent si longtemps avec des souffrances très vives que tout espoir de sauver le malade semble perdu. Et pourtant il guérit lentement mais sûremeïit et complètement (Observ. XXXI). Ce qu’il y a peut-être de plus curieux dans cette observation, ce sont les caractères du sang retiré par la saignée d’une des veines du bras. M. Stark s’écrie que <r jamais il n’a vu de sang pareil ni auparavant, ni depuis, »

Chez les animaux, des faits analogues ont été depuis

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