ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Ce chapitre sera forcément incomplet et parce que, en général, les surmenés mettent à temps un terme à la cause du surmenage et parce que, si des autopsies ont pu être faites, l’étiologie ayant été méconnue, l’interprétation anatomo-pathologique a pris une fausse route.
Néanmoins quelques nécropses sont là pour commencer à combler cette lacune. Nous chercherons d’ailleurs à les compléter avec celles qui ont été faites sur des animaux surmenés.
Dans les cadavres de toute victime de surmenage suraigu, homme ou animal, deux choses ont attiré depuis longtemps l’attention des observateurs : la rigidité cadavérique instantanée ou très prompte et la putréfaction rapide.
La rigidité cadavérique est d’observation commune chez les soldats tués < sur le coup » à l’ennemi, chez les mineurs frappés du grisou et chez tous les individus succombant à une mort violente surtout lorsqu’ils viennent de se surmener. Ceux-ci conservent la position qu’ils avaient au moment où ils étaient frappés.
M. Fournol qui l’a bien étudiée chez les animaux « forcés i> y voit le résultat de l’épuisement nerveux.
Pour d’autres, comme pour nous, les réactions chimimiques qui se passent dans les muscles latigués, les transformations diverses qui ont le muscle pour siège, forma-
tion d’acide lactique, sarcolactique, de créatine etc., sont les causes de la rigidité.
Après Brown Séquard, M. Hersen l'attribue à l'irritation chimique qui provoquerait au sein du muscle une contraction idio-musculaire. Il voit dans la rigidité cadavérique une exagération de la raideur de fatigue et accuse les produits de décomposition abandonnés ou mal drainés dans le sang.
La putréfaction rapide , tout aussi connue, s’accompagne de gonflement énorme de l’abdomen et a été observée non seulement chez les animaux, mais aussi chez l’homme (obs. XXIX).
M. Blot a cité un cas où il s’agissait d’une femme dont le bassin était rétréci par une tumeur osseuse et sarcomateuse et à laquelle après bien des tentatives de délivrance et deux jours de travail inutile et de surmenage évident on pratique l’embryotomie sans chloroforme. Elle mourut le soir même et le lendemain la putréfaction était très avancée. Il y avait gonflement considérable du ventre; les muscles étaient ramollis.
Trois théories sont en vigueur à ce sujet :
1° Par la fermentation butyrique en présence des matières organiques et des sels calcaires, l’acide lactique amène l’altération prématurée des viandes fatiguées q u exhalent alors une odeur infecte. Husson et ses partisans soutiennent cette théorie chimique.
2° Voici la théorie des ferments anaérobies et aérobies produits par la putréfaction. Les ferment^introduits avec les aliments dans notre tube digestif sont entraînés hors de l’économie pendant la vie par les déchets de désassi-
nidation. Lorsque la mort survient ils se répandent dans les tissus, et, s'il s’agit d’animaux surmenés chez lesquels l’oxygène a presque totalement disparu par suite des oxydations antérieures, les ferments anaérobiescommencent leur rôle sans retard.
3° Enfin M. Fournol admet que les ferments figurés et les ferments solubles ne peuvent acquérir leur liberté d’action qu’à partir du moment où aucune force vitale ne les entrave plus. Sa conclusion est que si les ferments opèrent sans retard chez les surmenés la désagrégation des tissus, c’est que le système nerveux a été supprimé le premier, théorie de V épuisement nerveux comme on voit.
M. Keim ne nous semble pas loin d’ètre disposé à voir chacune de ces théories jouer un rôle à son tour.
Nous sommes partisan de son éclectisme non sans nous demander pourtant si l’on ne pourrait trouver une explication à ce phénomène dans la présence des matières extractives et des leucomaïnes en excès dans le sang et dans tout l’organisme des surmenés. Ces alcaloïdes ayant une analogie si complète, nous dit M. Gautier, avec les ptomaïnes produites par la putréfaction.
Les caractères du sang ont été constatés aussi à l’autopsie (1). Le sang est noir, fluide, remplit tous les vaisseaux et surtout le cœur droit.
M. Arloing a décrit chez les animaux la congestion des organes, la pâleur et la friabilité des muscles et les ecchymoses dont nous avons parlé déjà.
1. Et aussi pendant la vie, comme dans le cas de M. Stark (Observ. XXXI).
Enfin chez tous les animaux surmenés on a constaté une odeur urineuse. Ils sentent la blanchisseuse , a-t-on dit. Cette odeur semble bien dépendre de la rétention dans l’organisme des matières cadavérisées.
Dans les cas de surmenage aigu on a, constaté aussi la décomposition rapide des individus surmenés.
M. Bertherand (1) rapporte le fait suivant : un assassinat eut lieu ; le cadavre de la victime entra aussitôt en putréfaction, ce qui fit émettre à M. Bertherand l’opinion qu’elle avait dû parcourir à grande vitesse une distance considérable. La chose fut démontrée et l’on apprit que le meurtrier avait poursuivi sa victime la nuit pendant plusieurs heures avant de l’atteindre définitivement pour lui porter le coup fatal.
Lorsqu’il s’agit de mort causée par un surmenage moins aigu, plus lent, à l’autopsie on découvrira surtout des lésions de la fibre musculaire du cœur ; de la myocardite (observation XVII) étendue, plus prononcée à la pointe dans cette observation où se trouvaient des thrombus multiples et, comme conséquence, des infarctus hémorrhagiques dans les poumons. Dans l’observation XVIII, le cœur était dégénéré; en général il est étalé, affaissé (2).
Nous avons signalé déjà des autopsies où l’on a trouvé des dilatations aiguës du cœur droit (3), du ventricule gauche ou des deux cœurs, sans hypertrophie compensatrice.
Dans aucun cas on ne trouve des lésions valvulaires.
Rappelons enfin les abcès que l’on a vu dans les muscles et l’existence possible de sphacèle.