PREMIER GROUPE
Observation I (personnelle).
Surmenage à la suite de changement de profession. — Jeune paysanne devenue tonne à tout faire et bonne d’enfant. — Seize heures de travail par jour. — Etat typhoïde sans fièvre. — Guérison rapide.
La nommée Elise Cap..., âgée de 20 ans, domestique, cuisinière
et bonne d’enfant, entre le 10 novembre 1887, dans le service de M. le professeur Peter à l’hôpital Necker, salle Sainte -Adélaïde
Pas d'antécédents héréditaires. — La malade est arrivée à Paris il y a deux mois à peine.
Auparavant elle travaillait aux champs sans trop se donner de mal, dans son pays, village du département de la Manche.
Antécédents personnels. — La malade aurait eu des fièvres intermittentes à l’àge de huit ans. Elles ont duré six mois. — Pas do fièvre typhoïde antérieure. Régulièrement réglée à partir de sa dix-huitième année. Il n’y a pas d’autres renseignements.
Dès son arrivée à Paris elle se place comme bonne à tout faire dans un modeste ménage parisien. Son maître est employé de bureau. Elle est obligée de faire la cuisine, le service de l’appartement et de donner ses soins à un enfant âgé de deux ans. Obligée de se lever à six heures du matin elle ne se couche qu’après dix heures du soir après avoir travaillé pendant toute la journée sans avoir presque un instant de répit.
Dans sa maison il n'y avait pas de malades depuis qu’elle y habitait.
Elle se sent fatiguée depuis quelques jours lorsque le lundi 7 novembre au matin après une nuit de peu de sommeil elle est prise en se levant d’un étourdissement et elle tombe, mais, sans perdre connaissance. Pendant cinq minutes environ elle est restée comme hébétée. Elle éprouve des frissons légers à ce moment frissons qui se répètent à plusieurs reprises dans le courant de la journée et pendant toute la journée du lendemain.
Elle a une céphalalgie intense et persistante. En même temps nausées.
Elle ne s’alite pas et pendant trois jours encore elle continue son travail bien que ses jambes fussent très faibles, presque incapables de la porter et que, vers le soir, le sentiment de fatigue fût très accentué.
Pendant ces trois jours il y a constipation avec coliques.
Jeudi 10 novembre. — Au matin le malaise général s'accentue.
L’aspect de la malade fait dire à sa maîLresse qu’elle a la fièvre typhoïde et de crainte de contagion pour son enfant elle la force à se rendre à l’hôpital Necker.
Nous la voyons à notre consultation. La malade avait le faciès typhique très net, langue saburrale et tremblante : elle accusait une céphalalgie intense et éprouvait des vertiges avec hésitation dans la marche.
Le pouls est normal. Le diagnostic de fièvre typhoïde imminente se pose de lui-même et elle est reçue.
La température axillaire prise dans la salle est de 37°, 6.
11 novembre. — La malade est couchée dans le décubitus dorsal. Ses traits sont tirés; la face est pâle. L’aspect typhoïde semble un peu moins marqué mais il y a de l’abattement.
Les nausées, les coliques et la constipation persistent. La langue est blanche, rouge aux bords et à la pointe et trémulante.
Pas d’épistaxis, pas de gargouillement dans la région iléo-cœcale, mais un peu de douleur à la pression dans les deux fosses iliaques, à gauche surtout.
Pas deHaches rosées. La rate est normale. Rien aux poumons ni au cœur.
La nuit a été assez bonne. La céphalalgie a un peu diminué.
T. le matin 37°, 4; le soir 37°, 6.
Nous sondons la malade pour avoir de l’urine dont la quantité quotidienne était diminuée. Pas d'albumine.
On administre un lavement à cause de sa constipation.
12 novembre. — La malade a un tout autre aspect. Elle a bien dormi et son mal de tête sans être tout à fait disparu a sensiblement diminué. La pression dans les fosses iliaques est encore douloureuse, mais beaucoup moins.
Plus de nausées, plus de constipation ; quelques coliques en-
core. La langue reste un peu chargée. La malade veut se lever, l’appétit est revenu. T. 37° le matin ; 37", -i le soir.
13 novembre. — Tous les symptômes se sont amendés. Il n’y a plus de céphalalgie. La malade mange bien, dort de même et se dit guérie. L’examen de l’urine ne donne que 21 grammes d’urée par litre (37 grammes environ pour les 2i heures).
T. le madn 36°, 8 le soir 37°, 2.
La malade est guérie. Exeat.
Observation II (personnelle).
Surmenage cà la suite de journées de travail fatigantes, compliquées
d'ennuis et de chagrin. Etat typhoïde sans fièvre. Guérison
rapide.
La nommée Sophie H..., âgée de 18 ans; lingère, entre le 29 décembre 1887 dans le service de M. le professeur Peter, salle Sainte Adélaïde, n° 1.
Antécédents héréditaires. — Son père mort de maladie incertaine (peut-être de tuberculose), sa mère souffre de gastralgies. Ses frères et sœurs au nombre de six sont tous bien portants.
Antécédents personnels. — A 12 ans pleurésie gauche. Pas d'autre maladie. Bien constituée. Réglée à 16 ans d’une façon régulière.
Depuis son enfance elle a vécu chez les sœurs M.J. rue de B. — Sa mère ne s’occupe pas d’elle. Aussi les sœurs la gardent-elles et comme elle est bonne ouvrière ne veulent-elles pas consentir à la placer en ville malgré ses supplications. On la trouve « trop enjouée » diL-elle, Sa situation l’ennuie et elle en ressent un chagrin continuel.
Son travail consistait à faire des ouvrages de couture. Levée à 5 heures du matin, tous les jours elle cousait jusqu’à 7 heures; puis de 8 heures à midi ; de 1 à 4 heures 1/2 et enfin de 5 à 7 heures du soir. En tout 12 heures 1/2, sans quitter l’aiguille, assise à la même place, dans l’air confiné et vicié d’une salle d’étude où elles étaient une vingtaine d’enfants dont la plupart, plus heureuses qu'elle, n’y faisaient qu’un court séjour et étaient placées au dehors.
Depuis quelques jours son chagrin et son ennui augmentent. Elle sentait en même temps des malaises, de la fatigue. Les nuits étaient quelque peu agitées, sans sommeil. L’appétit était entièrement disparu.
Il y a quatre jours, le lundi 26 décembre après une nuit d’insomnie et d’agitation plus marquée, elle éprouve une violente céphalalgie le matin. En voulant se lever elle a du vertige, sa tête est lourde. La faiblesse dans les jambes est grande et augmente le lendemain et le surlendemain. Elle se lève deux heures plus lard que d’habitude pour reprendre son travail habituel.
. Le lendemain même état, plus accentué et accompagné de nausées et d'étourdissements. Elle se lève à o heures néanmoins et reprend son occupation, mais elle peut à peine travailler. Sa vue est trouble. Elle a quelques frissons.
Le mercredi 28. — Nuit mauvaise avec un peu de transpiration. Elle se sent complètement impuissante à s’occuper de quoi que ce soit.
Depuis trois jours elle n’a absolument rien mangé. Le troisième jour la soif est vive.
Jeudi 29. — Arrive à notre consultation soutenue par une sœur car ses jambes lui refusent tout service. Son aspect typhique avec
langue saburrale, mais humide, son abattement suffisent pour la faire recevoir.
La température axillaire prise dans la salle est de 37°, G.
Vendredi 30. — Nous la trouvons dans le décubitus dorsal avec prostration, faciès typhoïde, langue blanche, trémulanle mais intelligence intacte. Elle répond bien à toutes les questions.
11 y a de la douleur à la pression dans les deux hypochondros, pas de ballonnement, pas de gargouillement, pas de taches rosées. La rate est normale.
Rien aux poumons, rieu au cœur. La céphalalgie persisLe. Elle ne se p'aint pas de douleurs mais de grande lassitude dans les jambes surtout, d’absence de force. 11 y a constipation. Pas d’albumine dans l’urine. T. le matin 37°, 2, le soir 37°, 6.
Samedi 31. — Même état ; la céphalalgie et la constipation persistent. La malade dit néanmoins qu’elle est moins fatiguée. T. mat. 37°, 2. Soir 37°, 4.
Dimanche 1er janvier. — Le mal de tète a disparu, la nuit a été excellente. L’appétit est complètement revenu. La malade qui s’était levée la veille ne demande qu’à partir. T. mat. 37°, soir 37°, 6.
Lundi 2 janvier. — La malade ne sent plus rien. T. 37°. Elle part pour le Vésinet.
Observation III.
(In thèse d’agrégation de Carrieu. Communiquée par le professeur
Guider.)
Surmenage à la suite démarchés forcées pendant plusieurs jours consécutifs. Nœuds de contracture. Débâcle d’urée.
Un jeune homme est amene exténué dans le service du professeur Gubler.
L’élal d'affaissement élait extrême, les traits étaient tirés, sans expression. Cependant, l’intelligence n’était pas abolie, mais les réponses étaient lentes, pénibles comme si elles avaient coûté un effort.
Le malade se plaignait de douleurs sourdes dans toutes les parties. Il réclamait le repos.
Tout le corps était raide, immobile. Il y avait de l’hyperesthésie. Le moindre attouchement amenait de la contracture générale.
Par une excitation mécanique on produisait avec une facilité extrême des nœuds de contracture dans les muscles superficiels.
Le malade a excrété 100 grammes d’urée en 24 heures.