DEUXIÈME GROUPE
Observation IV.
(Recueillie par M. Caron de la Carrière, chef de clinique adjoint de
la Faculté.)
Surmenage à la suite de marches forcées et d’excès de toutes sortes.
Etat typhoïde avec fièvre. Guérison au sixième jour.
Homme, âgé de 25 ans, garçon coiffeur. Entre le 7 février 1 SS3 dans le service de M. le professeur Peter. Salle Saint-Jean-de- Dieu, n° 10.
Quinze jours avant son entrée à l’hôpital il fait un voyage à Rouen avec des camarades. Séjour dans cette ville pendant six jours passés dans des excès avoués de tous genres, alcooliques et vénériens.
Après avoir épuisé toutes ses ressources et ne trouvant pas de travail, il eslobligéde revenir à Paris à pied.
Dès son retour, il veut reprendre ses occupations, mais il ne peut terminer sa première journée de travail tant il se trouve courbaturé et fatigué.
Depuis deux jours, il ne peut plus manger, mais il boit beaucoup d’eau.
Le 5 février. — Impossibilité complète de tout travail, courbature généralisée, mal de tête, sensation de froid, frissons avec claquement des dents.
Le 6 février. — Un peu de sommeil pendant la nuit. Nouvelle tentative de travail, mais il trébuche et ne peut se tenir debout. Vertiges.
Le 7 février. — Entrée à l'hôpital de la Charité. Faciès hébété. Yeux brillants. Langue rouge à la pointe, trémulante. Intelligence intacte. Le malade entend bien et répond nettement aux questions qu’on lui pose.
Il se plaint de violente céphalalgie : douleurs épigastriques, soif, insomnie; la rate est un peu augmentée de volume.
8 février. — Nuit sans sommeil ; agitation, épigastre douloureux à la pression.
Un peu de gargouillement dans la fosse iliaque. Pas de taches rosées.
Deux selles diarrhéiques depuis minuit. Purgatif. T. mat. 39°, 4; soir 40°, 2. P. 102.
9 février. — Même état. Diarrhée noirâtre. Quatre selles. Sommeil calme dans la journée.
10 février. — Le malade a bien dormi cette nuit et a uriné à plusieurs reprises. Il se trouve soulagé et demande à sortir. Malgré notre défense le malade se lève ; il a une syncope.
Une garde-robe diarrhéique; faiblesse grande. T. m. 38°,2; s. 38°, -4. — P. 98.
H février. — Appétit. Le malade demande à manger. L’amélioration est rapide. T. m. 37°; s. 38°, 4. P. 90.
12 février. — Le malade est guéri au sixième jour.
T. 37° ; soir 37°, 2.
Observation V (résumée).
(In thèse Carrieu. — Leçon clinique de M. Peter).
Surmenage à la suite de journées et de veilles prolongées, passées au chevet d’un fils malade, fatigues, émotions, angoisses. Exposition à la contagion de la dolhiénenlérie. — Etal typhoïde avec fièvre. — Guérison au huitième jour.
Femme, âgée de 48 ans, entre le 6 novembre 1878, dans le service de M. Peter, à l’hôpital Saint- Antoine.
Antécédents personnels. — La malade a eu la fièvre typhoïde à l’âge de 26 ans.
Elle venait de passer 17 jours et 17 nuits auprès de son jeune enfant atteint de fièvre typhoïde, au milieu des plus grandes fatigues, des plus vives angoisses.
Elle éprouve plusieurs frissons violents après s’être épuisée ainsi physiquement et moralement et se voit obligée de prendre le lit et de se faire transporter à l’hôpital six jours après.
Etat de la malade. — Le jour de son entrée à l’hôpital : prostration considérable, aspect typhoïde des plus marqués. — La malade répond à peine aux questions qui lui sont adressées, plongée qu’elle est dans un état de langueur morale et intellectuelle.
Le moindre mouvement locomoteur lui est impossible : dans tous les membres elle éprouve des douleurs musculaires qui s’exagèrent par le déplacement ou la pression.
T. dans l’aisselle, 40°, 2.
Un peu de météorisme, quelques pétéchies ; du gargouillement dans les deux fosses iliaques, pas détachés rosées, pas de diarrhée, pas d’épistaxis ; rate normale, tous les organes paraissent sains. Seul l’organisme est en souffrance.
La température diminue progressivement tous les jours. — Au huitième jour elle est normale à 36°, 8. J1 y eut un jour d’éléva- Lion brusque à 39°, 4 coïncidant avec l’apparition d’un fort bruit de souffle à la base au premier temps et du murmure vasculaire, bruit de diable : signes qui s’amendent rapidement.
Donc pas de fièvre typhoïde mais fièvre adynamique, fièvre de surmenage.
Sulfate de quinine, repos, toniques, bonne alimentation, voilà quel fut le traitement.
Observation Vf ^personnelle).
Surmenage à la suite de fatigues physiques et intellectuelles. — État typhoïde avec fièvre. — Guérison au 3"' jour.
En mars 1883 un étudiant en médecine, M. R..., que nous connaissons tout particulièrement, âgé de 23 ans, externe dans le service de M. Féréol,à l’hôpital de la Charité, fut pris un malin de céphalalgie intense avec nausées, de vertiges, de sentiment de lassitude extrême avec douleurs musculaires et articulaires et courbature généralisée.
11 y avait en même temps un léger mal à la gorge et de la diarrhée, mais pas d’épistaxis.
Le D1' Leprévost, aujourd’hui chirurgien des hôpitaux du Hâvre, alors interne de M. Féréol eut la complaisance de se rendre le lendemain auprès du malade et il put constater son état d’affaissement avec aspect typhoïde. Il trouva du gargouillement dans la fosse-iliaque droite, mais pas de douleur à la pression. La rate était normale. Il n’y avait pas de taches rosées, mais le pouls était à 100 et le thermomètre marquait 39° sous l’aisselle.
M. Leprévost annonça à M. Féréol, que son externe pourrait bien avoir une fièvre typhoïde.
N’ayant pu se rendre le lendemain auprès de l’étudiant, quel ne fut son étonnement de le voir paraître dans le service au surlendemain de sa visite.
La veille au soir, le malade s’était senti mieux, son mal de tête avait disparu, la diarrhée avait cessé. La sensation de lassitude avait fait place à un sentiment de bien-être coïncidant avec une diurèse abondante.
Au 3me jour de la maladie l’externe se trouvait assez solide pour reprendre son poste.
Or, voici quelle était, ou plutôt, quelles étaient les causes de cet état morbide.
Cet étudiant tout en suivant ses cours et tout en assistant à son service, le matin, à l’hôpital, était un amateur passionné de danse. Il passait une grande partie de ses nuits, et la plupart d’entre elles au bal assistant’ parfois, dans une même nuit, à deux ou trois soirées. Celles-ci lui étaient constamment procurées par sa position sociale, et parce qu'il rédigeait des chroniques mondaines dans un journal hispano-américain, ce qui lui était un surcroît de dépense intellectuelle jointe à la fatigue physique, alors
que, par ailleurs, il publiait des compositions musicales et qu’il préparait un examen de médecine.
Le simple repos absolu, des grogs chauds et le lait comme aliment voilà le traitement suivi.
Il va sans dire qu’à ce moment là, on ne songea pas à mettre une étiquette sur cet état morbide passager. Il fut attribué à un embarras gastrique ou à un refroidissement sans que le véritable diagnostic de fièvre de surmenage vint à la pensée d'aucun de nous.
Observation VIL
(Communication verbale du D1- Cayla ancien interne des hôpitaux). Surmenage à la suite de marches forcées. Etat typhoïde avec fièvre.
Guérison au 4e jour.
En août 1881, une femme, âgée de 25 ans environ, est arrivée à la consultation de l’hôpital Cochin, service de M. Robert Moutard- Martin.
Elle était dans un état d’affaissement complet et se plaignait d’une grande lassitude, de douleurs partout avec céphalalgie intense.
Sa démarche était chancelante. Elle accusait une grande faiblesse dans les jambes.
Son aspect typhoïde était très net. Il n’y avait pas d’épistaxis, pas d’autres signes notables que ceux d’une grande fatigue.
La malade fut admise salle des Baraquements. Sa température prise dans l’aisselle était de 39°.
Voici quelle était son histoire. Sans travail, à bout de ressources elle était venue d’Amiens à Paris, à pied, trouvant à peine à se nourrir et couchant sur les routes.
— Ufi —
C’est ainsi qu’au bout de cinq ou six jours de marche elle arrivait exténuée ne pouvant plus se tenir debout et qu’elle était conduite à l’hôpital .
Le lendemain la malade allait mieux tout en se plaignant encore de courbature généralisée et de céphalalgie.
Le surlendemain après une nouvelle nuit de repos et grâce à une alimentation légère, mais réconfortante, la température était normale, les symptômes s’amendent et la guérison s’établit.
Observation VIII.
(M. Fournol, in thèse de Doctorat 1879).
Surmenage à la suite de marches prolongées, 870 kilomètres en neul jours. — Etat typhoïde avec fièvre. — Ecchymoses. — Guérison au 4e jour.
En 1874 dans le service de M. Moissenet, à l’Hôtel-Dieu, entre un homme qui était venu à pied de Marseille à Paris en neuf jours, faisant chaque jour 24 lieues environ.
Il arrive épuisé à Paris et on le transporte à l’hôpital.
11 présentait les symptômes suivants : épistaxis, céphalalgie violente, fièvre intense, température élevée, langue blanche au milieu, d’un rouge vif sur les bords et à la pointe, gargouillement dans la fosse iliaque droite, diarrhée fétide, hébétude, soif vive, taches pathognomiques qui deviennent rapidement de larges ecchymoses.
Au bout de quatre jours de repos le plus absolu tous les symptômes s’amendèrent et le malade reprenant l’appétit, les forces et l’intelligence quitte l’hôpital dans la même semaine.
Observation IX.
(Choinel. Lee. clin, in Journ. de méd. et ch. prat. art. 3995, T. 21 ,
Au n° 7, salle Saint-Agnès, hôpital de la Charité, est couché un jeune bijoutier, âgé de 1-1 ans. Il est entré depuis deux jours avec fièvre des plus intenses, sentiment de courbature généralisée, violente céphalalgie.
La veille du jour de son admission, il était bien portant et dispos, mais, en courant après une voiture publique il s’est livré à un exercice inaccoutumé qui a communiqué à toute l’économie une impulsion suffisante pour produire un appareil fébrile effrayant.
Le pouls battait 138 fois à la minute.
Aucun traitement actif n’est insLitué et dès le lendemain le pouls retombe à 72. Les accidents disparaissent pour ne plus revenir.
Réflexions. — « Très souvent on rencontre des cas pareils « chez des enfants qui, vivant seuls habituellement, se livrent par « occasion à de violents ébats avec des camarades de leur âge « (Chomel). »
Observation X.
(M Peter. — Leçon du 22 novembre 1883 clin bull. ac. demêcl., 21 év.
Surmenage à la suite de marches forcées. Etat typhoïde avec fièvre. Rachialgie pouvant faire penser au début d’une vanole. Guérison au troisième jour.
En 1852, un jeune homme entre dans le service du professeur Chomel, à l’hôpital de la Charité.
A l’entrée du malade on constate de la fièvre avec prostration, céphalalgie, douleurs musculaires et de la rachialgie.
Le malade est dans le décubitus dorsal ; le pouls fréquent et dicrote.
Le diagnostic de Chomel fut. : « aut febris Peyerica aut variolæ incipientes. »
L’interrogatoire que M. Peter fit subir ensuite au malade lui apprit que, dénué de toute ressource, il était venu à pied deCompiègue à Paris, mendiant sa nourriture et couchant dans les fossés.
Le lendemain l’amélioration était notable.
Le surlendemain le malade, guéri, quittait l’hôpital.
Observation XI.
(Communiquée par M. le professeur Peter. Résumée. — Voir in extenso à'ia symptomatologie).
Surmenage à la suite d’excès in vcncre, de fatigues de voyage de noces avec réparation insuffisante. Etat typhoïde avec fièvre,
rachialgie et symptômes simulant le début d’une variole.
Guérison au quatrième jour.
Un jeune homme marié depuis cinq semaines qu’il avait passées en voyage de noces était de retour à Paris depuis huit jours quand il est pris le 10 décembre, de sentiment de courbature généralisée avec rachialgie considérable. En même temps chaleur vive à la peau. P. 1 12, t. 39°, 5 dans l’aisselle. Vomissement très abondant pendant la visite du médecin ; mais il ne se renouvela pas.
11 décembre. — Nuit agitée ; la fièvre persiste avec les mêmes symptômes. T. 39°, soir et matin.
Soif vive, anorexie complète.
12 décembre. — Un peu de détente. Le soir moiteur abondante.
13 décembre. — La sueur persiste toute la nuit et au matin, soulagement manifeste. Pas de trace d’éruption commençante.
A aucun moment on ne trouve de l’albumine dans les urines.
14 décembre. — Émission d’urines fortement chargées de pigment biliaire. Le foie était un peu congestionné, non douloureux.
La température tombe brusquement à 37°, et le pouls descend à 72°. Le sentiment de fatigue disparaissait totalement. L’appétit renaissait. Guérison.
Voici la cause de la maladie. Ce jeune homme de mœurs très pures en tant que célibataire se livre démesurément à 1 acte conjugal ; première cause de fatigue incontestable. Son voyage de noces lui est un nouveau surcroît de fatigue, car il visite les villes par où il passe
et, à Madrid surtout, il s’éreinte à tout voir le long du jour et à visiter les musées et les magasins. En outre, habitué à la cuisine anglaise, il trouve tous les mets mauvais et ne se nourrit qu’à peine.
Coïncidence à noter : il y avait à Madrid une épidémie de variole d’où crainte de la contagion à laquelle il s’était exposé.
Observation XI J.
(Communiquée par notre ami le D'Mérigot de Treigny, ancien interne
des hôpitaux).
Surmenage à la suite de marches forcés. — Ebauche de fluxion de poitrine. — Guérison au 4”'* jour.
Antoine B..., âgé de 18 ans, entre le 4 octobre 1883 à l’hôpital Tenon salle Bichat, n° 18, service de M. Tennesson.
Ce jeune homme fit à pied en un jour et demi le voyage de Murat (Cantal) à Clermont-Ferrand en se reposant dans une auberge. Il arriva à la gare de Clermont tout en sueur et se promena dans la cour en attendant le train de Paris (mardi 2 octobre).
A peine monté en wagon, il eut plusieurs frissons légers avec malaise général, point de côté sous-mammaire à droite, puis la respiration devient pénible.
A son arrivée à Paris, fièvre, dyspnée, peu de toux, pas d’expectoration. Il se présente à l’hôpital.
4 octobre. — A son entrée : fièvre. T. 38°, 4, point de côté, dyspnée peu prononcée au repos, mais exagérée par le moindre
mouvement. Teinte subictérique, anorexie sans vomissement. Langue rouge, un peu sèche. Herpès labial. Le ventre est normal; pas de douleurs dans l’hypochondre droit.
Examen de la 'poitrine. — En arrière sonorité normale sauf au sommet droit où il y a une légère diminution, mais, sans matité vraie. Respiration normale. Pas de râles, ni de souffle vrai, mais expiration un peu soufflante (par comparaison) au sommet droit. En avant, sonorité normale. Respiration plus faible au sommet droit, mais l’expiration a un caractère un peu soufflant tandis qu’à gauche elle est courte, moins intense que l’inspiration.
Dans l'aisselle droite, mêmes modifications qu’au sommet.
Nulle part il n’y a de râles.
5 octobre. — La fièvre est plus vive, le point de côté persiste ; la sonorité a reparu ; la respiration reste un peu soufflante au sommet surtouL à l’expiration. Herpès a augmenté.
Etat général très bon. T. matin 39°, 8, soir 38°, 6.
6 octobre. — Plus de signes physiques. Point de côté presque disparu, plus de teinte ictérique, herpès beaucoup plus confluent.
Polyurie. — Appétit. Chute brusque de la température le matin à 37°, le soir 37°, 2.
7 octobre. — Guérison complète. T. 36°, 8, s. et m.
Observation XIII (personnelle).
(A fait l’objet de la leçon clin, du 16 novembre 1887, à l’hôpital
Necker).
Surmenage à la suite de fatigues excessives; état typhoïde avec
lièvre ; — ébauche de fluxion de poitrine. — Guérison au sixième
jour. Débâcle d’urée.
Le nommé, Jules G., âgé de 32 ans, terrassier et paveur, entre le 10 novembre, dans le service de M. le professeur Peter, salle St-Luc, n° 7.
Pas d' antécédents personnels. — Santé habituelle bonne. Pas d’alcoolisme avoué.
Depuis quinze jours, il se sentait fatigué mais continuait son métier, très pénible, qui consistait à charger des voitures avec des pavés très lourds et à les décharger pour paver ensuite le
sol.
Après une journée plus fatigante que d’habitude, le 9 au matin, il est pris de frissons avec claquement des dents et de vomissements. En même temps il ressent un point douloureux au côté gauche un peu au-dessous du creux de l’aisselle. Pas d’épistaxis, pas de diarrhée.
Le 10 novembre. — Il se rend à la consultation de l’hôpital Necker. Sa démarche est chancelante, sa parole embarrassée, son faciès est pâle, la langue blanche ; il a toujours son point de côté. Reçu; on prend sa température dans la salle. Elle est de -10° sous l’aisselle.
Le 11 novembre. — Le malade est dans le décubitus dorsal. Il se plaint de céphalalgie qu'il a depuis plusieurs jours et de dou-
leurs vagues, généralisées. Son aspect est typhique ; la langue saburrale, trémulante ; il y a du tremblement des lèvres.
M. Peter le fait lever et marcher. Le malade peut à peine se tenir debout ; il a du vertige et chancelle en marchant.
Le ventre n’est pas ballonné ; il n’y a pas de taches. La rate est normale. La pression est un peu douloureuse dans la fosse iliaque gauche.
Rien au cœur.
Aux poumons : légère submatité en arrière au sommet gauche: à l’auscultation on trouve quelques râles en bas et en arrière des deux côtés ; peut-être un peu plus marqués à gauche. Pas de souffle.
L’expectoration est légère et sans caractères ; peu de toux ; il y a de la dyspnée quand le malade fait un mouvement qui nécessite un effort.
Le pouls est un peu dicrote : il donne 100 pulsations à la minute T. 38°, 4 m. 37°, 4 soir.
Sur la lèvre supérieure quelques vésicules d’herpès.
Les urines contiennent de l’albumine, mais en quantité peu notable.
12 novembre. — Même état. La céphalalgie persiste, le peint de côté est moins douloureux.
T. 38°, 6 le matin, 38°, 8 le soir. P. 96.
13 novembre. Le malade n’a plus le sentiment de fatigue • la céphalalgie et le point de côté ont presque disparu. La température s’est abaissée à 37° le matin, 38° le soir.
L herpès labialis est plus confluent à la lèvre supérieure.
14 novembre. Plus de point de côté; l’appétit est tout à fait revenu. Les urines ne contiennent presque plus d’albumine. T. 37°, 6 le matin, 38° le soir.
15 novembre. — Le malade se sent guéri. A l’auscultation on trouve encore quelques râles sibilants aux deux bases. Il n’y a pas d’albumine dans l’urine. Examinée au point de vue de l’urée par l’interne en pharmacie, elle donne 33 grammes d’urée par litre, ce qui fait 70 grammes environ pour les 24 heures. C’est la guérison.
Observation XIV (résumée).
(In thèse Fesquet. Montpellier 1874. Rapportée par M.Carrieu.) Surmenage causé par existence très fatigante; excès de tous genres
chez une danseuse de théâtre âgée de 16 ans. État typhoïde avec
fièvre. Mort. Autopsie muette.
A. .., danseuse, àgéedel6ans, entre le 3 mai 1872 à l'hôpital Saint-Éloi à Montpellier, service de M. Hamelin, suppléant le professeur Dupré, salle Sainte-Marie, n° 6.
Antécédents héréditaires , fournis par la mère. — Père alcoolique; mère hystérique; frère, mort très jeune du carreau.
Antécédents 'personnels. — Nerveuse, hystérique. Elle quitte sa famille de très bonne heure et mène dès lors une existence très fatigante, dansant tous les soirs sur la scène et achevant les nuits dans les orgies et la débauche.
Depuis quelque temps avait l’air très fatiguée. Elle mangeait et buvait peu.
État de la malade à son entrée. — Affaissement complet; abattement absolu. La constitution de la malade paraît délicate.
Décubitus dorsal, jambes écartées. Parole embarrassée, elle répond à peine.
La pression même superficielle des diverses parties du corps est douloureuse. La tête est lourde ; il y a eu des vomissements les jours précédents.
La langue est sèche, sale; haleine mauvaise; pas d’appétit. Constipation; le ventre est ballonné et douloureux à la pression superficielle plutôt qu’à la pression profonde.
Endolorissement général.
A l’auscultation, râles sibilants très fins, sans localisation spéciale.
Fièvre intense. T. 39°, 4. P. 148.
L’état typhoïde s’accuse le soir : stupeur, embarras de la parole ; céphalalgie intense ; respiration saccadée. Abattement alternant avec agitation. P. 136. T. 39°. R. 30.
3 mai. — Délire la nuit; torpeur et calme le matin. Râles sibilants plus rares. Elle va sous elle. T. 39°, 1.
5 mai. — Nuit agitée. Affaissement considérable ; lèvres fuligineuses ; narines pulvérulentes; langue rouge à la pointe et humide ; ventre ballonné non volumineux ; rate normale. Pouls petit, dépressible à 136. Pas de taches, pas de selles, pas d’albumine dans l’urine. T. 39°. Plus de râles.
7 mai. — Râles sibilants et parfois sous-crépitants des deux côtés. Selles diarrhéiques. Aphonie.
8 mai. — Crises d’agitation la nuit. Abattement le matin. Respiration haletante.
9 mai. — Elle se plaint de la tête et du ventre; ventre très ballonné, diarrhée. Râles sous-crépitants des deux côtés.
10 mai. — Amélioration: diarrhée, ballonnement très marqué du ventre. Deux taches rosées. Elles augmentent le soir.
11 mai. — Eruption de taches discrètes à la poitrine, assoupissement extrême. P. 126. R. 40.
La stupeur augmente malgré une amélioration passagère. L’asphyxie fait des progrès rapides.
15 mai. — Mort.
Autopsie. — Encéphale et moelle, pas de granulations; absolument rien.
Plèvre saine.
Poumon droit : bronches injectées, léger emphysème, engouement des deux tiers ; congestion de la base.
Poumon gauche. Le lobe inférieur est hépatisé ; engouement au lobe supérieur.
Cœur sain. Légère péritonite localisée et circonscrite. Foie un peu gras.
Reins et rate sains.
Plaques de Peyer intactes.
Rien aux organes génitaux.
Le microscope ne révèle nulle part des granulations.
Conclusions. — 1° Les lésions trouvées à l’autopsie ne sont que secondaires; 2° elles n’expliquent pas la gravité des symptômes observés ; 3° il y a au-delà quelque chose de plus important ; 4° l’observation montre tous les dangers d’un pareil surmènement (Carrieu, p. 130, loc. cil.).