CHAPITRE III
Le matériel d'un nouvelliste à la main. Universalité des sujets traités par les nouvellistes. Prospectus-réclame de Chevrier, appel aux abonnés. Ce qu'est au vrai la nouvelle à la main. — II. Notes à l'épingle : « Brûlez, je vous supplie! » Les « petites nouvelles », c'est-à-dire la chronique galante. — III. Les plus anciennes nouvelles à la main : le recueil mss franc. 19484-85 de la Bibliothèque nationale. Esprit, tendances et tournure des nouvelles à la main. — IV. Divers e.vtraits.
A l'exception d'une presse officieuse, étroitement limitée, les feuilles imprimées sont interdites. Les rédacteurs en sont menacés du sort de Figaro :
« Je vois, du fond d'un fiacre, baisser sur moi le pont d'un château-fort, à l'entrée duquel je laissai l'espérance et la liberté ^ »
L Mariage de Figaro, acto V, scène m.
Les gazettes manuscrites ou feuilles de nouvelles sont également prohibées; mais, comme le fait observer Tauteur de la Bastille dévoilée, « les ustensiles d'un écrivain de gazettes se bornent à une plume, une écritoire et une feuille de papier; le pamphlet' une fois copié, remis à des mains sûres, rien ne pouvait trahir le secret. Une imprimerie, au contraire, exige un attirail considérable, qui souvent a servi à dévoiler les mystères que Ton cherchait à ensevelir-. »
C'est Figaro :
« Je taille encore ma plume et demande à chacun de quoi il est question''. »
Ces feuilles de nouvelles sont de vraies lettres, rédigées par un '< nouvelliste à la main », pour plusieurs correspondants, des abonnés. On les appelle « nouvelles à la main », ou « gazettes secrètes », ou « feuilles de nouvelles », ou « gazetins », ou « petits manuscrits ». Fond et forme en sont semblables aux « lettres de nouvelles » dont il vient d'être question. L'unique dilTérence, c'est que le chasseur de nouvelles était directement connu et relevait en quelque sorte de la domesticité de son client — encore ce lien très mince allait-il se relâchant, — tandis que le « nouvelliste à la main » n'avait affaire qu'à des abonnés, à des abonnés dans le sens moderne du mot.
I. Lo mot « painpliU't » a dévié de son sens. Il sifruiliait originairement une mince broclmre, imprimée ou manuscrite, quoi qu'en fût le contenu. En anglais lo mot a conservé sa signification première. . 2. La Bastille déi;oil<;e (Paris, 1789), IV, 109.