‹ Figaro et ses devanciers. Avec la collaboration de Paul d'EstréeChapitre 129 sur 178 · Ravaisson, XII, oOG · texte numérisé non relu

Ravaisson, XII, oOG

LES PAMI'ULÉÏAIHES. 245

l'orme plus intéressante, ayant à cet elïct établi quelques cori'espundanccs étrangères qui, dans l'événement de la guerre dont ou parle beaucoup, seront d'une grande ressource.

Et ce même numéro commençait, non plus comme une gazette, mais comme une lettre crairaires, par ce préambule — un trompe-rœil :

« Le locataire de votre maison du faubourg Saint-Germain ne peut me payer vos loyers que dans huit jours; pour vous dédommager du peu d'intérêt de cette lettre, je vais vous faire part de ce qui se dit — »

Et voilà le journal amorcé, la police dépistée : ce n'est plus un gazetier qui s'adresse à ses abonnés, c'est un receveur de rentes qui écrit à ses commettants.

]\Iais la police était linc; le 14 janvier 17."j4, elle mettait la main sur Dulhuillé et le faisait écrouer à la Bastille, ce qui montre Timportance que Ton attachait à la capture.

Les interrogatoires du prisonnier nous apprennent que Chevrier ne lui fournit des « mémoires » que pour six feuilles, au prix convenu, 18 livres par ordinaire; puis ce fut Blin, commis de Chevrier, qui les livra, aux honoraires bien inférieurs de six livres par mois. Blin dérobait la matière de ces nouvelles à son maître, qui rédigeait d'autres gazettes manuscrites pour son compte particulier : tcmjours les mêmes procédés. Ce petit commerce dura jusqu'en août 17.j3. Duthuillé déclare que,

à partir du moment où Ghevrier cessa d'être son fournisseur, ses bulletins perdirent de leur intérêt, et, de fait, nous trouvons dans son dossier les plaintes des abonnés mécontents. L'envoi de la circulaire, que nous avons transcrite, en avait attiré un certain nombre : personnages du premier rang, évoques et présidents au Parlement, duchesses et financiers, dont la liste est conservée.

Duthuillé avait des correspondants en province. A Chartres, le directeur de la poste s'occupait de lui trouver des abonnés; à Bordeaux, M. de Loménie recevait pour lui les mandats des souscripteurs et leur faisait parvenir la feuille. Il transmettait au gazetier les desiderata des clients :

« Monsieur *** vous prie de l'instruire avec soin de tout ce que vous pourrez recueillir en anecdotes de toute espèce, secrets, littérature, affaires du temps, poésies, morts, mariages, en un mot tout ce que vous apprendrez. »

Les premiers numéros de ces feuilles à la main portent Tempreinte de Ghevrier; c'est son style, sa tournure d'esprit :

14 février 1753. — Nouvelles.... L'accident arrivé à M. Bouret sera pour lui plus sérieux qu'on n'avait craint tout d'abord. On dit qu'il en perdra un œil. Ainsi ceux qui voudraient A^oir tous les fermiers généraux aveugles auront du moins la consolation d'en voir un borgne.

Speclacles. — Marmontel et le marquis de Ximénès, aussi malheureux, l'un à sa cinquième tragédie que l'autre à la première, ont donné lieu aux vers suivants :

LES PAMPHLETAIRES. 247

Le parterre a fait ses victimes D'Epicharis et d'Epyptus :

L'une est morte a force de crimes, Et l'autre à force de vertus.

Le pauvre Marmontel n'a pu soutenir la chute alîreuse de la pièce. Il s'est enfui de désespoir au quatrième acte, qui n'aurait pas été achevé sans les cinq gardes-françaises, qui jouaient aux quatre coins dans le parterre et disaient d'un ton de pitié : a. Messiciu's, un peu de patience!... un peu de patience!.... »

Chevrier a cessé (rapprovisionner Diithuillé de ses « mémoires », pour les fournir à Morand, qui les envoie i\ Frédéric II ', et pour en alimenter un service de « petites nouvelles », c'est-à-dire de nouvelles galantes, qu'il se met à rédiger pour son propre compte. Ses « petites nouvelles » ne tardent pas à faire scandale '^ A dire vrai, son activité s'emploie dans tous les genres. Tandis que son collaborateur gémit entre les murs de la Bastille, il aborde lui-même le théâtre, présente au public la traduction, par Baurans, de la Servante maîtresse (Serva padrone) du Pergolèse*; fait jouer à la comédie italienne la Bévue des Théâtres, la première pièce de ce genre qui ait paru en France.

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