‹ Figaro et ses devanciers. Avec la collaboration de Paul d'EstréeChapitre 14 sur 178 · Ibid · texte numérisé non relu

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railles; on y consigne toutes les anecdotes relatives aux mœurs actuelles, les petites historiettes, les aventures des petits soupers... en un mot tout ce qui peut servir de matière à la' conversation du jour... ' ».

^ Sans doute les nouvelles à la main coUigeaient des futilités; mais elles recueillaient mieux et plus encore. A ne les juger que par leur côté frivole, on s'exposerait à Terreur du critique appréciant 'la presse moderne sur le .seul témoignage des esprits forts — et ils sont légion depuis Voltaire jusqu'à M. Joseph Prudhomme — qui ne voient dans le journalisme qu'une école de commérages.

« La nouvelle à la main, écrivent les Concourt, entre partout, elle lève tous les toits; elle sait le dessous des masques, le dessous des caries, le dedans des alcôves... elle est une puissance déjà, elle sera la presse. »

Il arrivait que le nouvelliste, avant de confier son « paquet » à V « ordinaire », y fixât sur un fragment de papier ses échos les plus compromettants pour les autres... et pour lui; car ces recueils de nouvelles à la main étaient conservés par nombre d'abonnés, ou bien ceux-ci en fai-

1. Le Spectateur français ou le Journal des Mœurs, III, Paris, ITiQ, in-10, p. 13.

saient profiter parents et amis. Il importait que les échos en question, dont la découverte par la po-lice eût provoqué des rigueurs redoutables, fussent détruits : ils étaient donc écrits sur des feuilles volantes, rattachées à la gazette par une épingle. D'oîi l'expression, qui revient dans les documents contemporains, de « notes à l'épingle ». En voici une prise au hasard :

2 février 1777. — On écrit de Versailles que Madame Elisabeth (sœur de i.ouis XVI) est incommodée et que c'est du chagrin de ne pas voir riïmpcrciir (!e beau-frcre de Louis XVI) qu'elle espère épouser.

Ces lignes sont écrites sur un « papillon » épingle à la feuille de nouvelles, avec ce post-scriptum : « Brûlez, je vous supplie ' ».

Autre « note à l'épingle » :

Février 1786. — On parle beaucoup de l'aventure dont le comte dArchambaud, fils du chevalier de Talleyrand, a été le héros. La fenêtre du château, par laquelle il descendait précipitamment lorsqu'on l'a arrêté, s'est trouvée celle de l'appartement de la duchesse de Guiche, fille de la duchesse de Polignac et l'une des plus jolies personnes de la Cour. Les deux familles prennent beaucoup de soin pour donner le change sur cette anecdote, à laquelle leurs elîorts ne l'ont que procurer plus de célébrité ^.

La chronique du royaume de Cythère était plus

1. Bibl. do la Ville de Paris, ms. '^0 700, volume non folioté. 'i. Correspondance secrète publiée par Lescurc, II, M, 10,

particulièrement désignée sous le nom de « petites nouvelles' ». Quelques rédacteurs de feuilles manuscrites lui donnaient exclusivement leurs soins.

Les nouvelles à la main des xvii'= et xvin'' siècles sont conservées par milliers dans nos dépôts publics; on en a publié maints recueils, dont certains comptent une longue suite de volumes; le plus grand nombre en sont restées inédites. Elles représentent une source trop négligée d'informations sur l'histoire du temps. Certes, il convient de s'en servir avec prudence : les historiens de l'avenir ne devront-ils pas contrôler avec une circonspection égale la documentation des journaux actuels? Mais, dans ces gazettes volantes de l'Ancien Régime, on retrouve du moins, mieux que partout ailleurs, le reflet et les mouvements de l'opinion publique.

Par la petite poésie-réclame citée plus haut, on a vu que les gazettes manuscrites remontaient pour le moins au commencement du xvii*' siècle. Les plus anciens spécimens venus à notre connaissance sont de 1645. Ils se trouvent dans un recueil conservé à la Bibliothèque nationale-, formé de « lettres de nouvelles » adressées à divers person-

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