‹ Figaro et ses devanciers. Avec la collaboration de Paul d'EstréeChapitre 142 sur 178 · Goncourt, Portraits intimes, éd. cit. p · texte numérisé non relu

Goncourt, Portraits intimes, éd. cit. p

était membre des Inscriptions. Berryer fit des représentations, que la dame du logis accueillit avec la meilleure grâce, les Paroissiens continuèrent de se réunir et les bulletins de circuler ; et, avec une activité nouvelle, à partir du moment où Ghoiseul — devenu neveu de Mme Doublet par son mariage avec la fille de Crozat — fut placé, en 1758, à la tête du ministère.

Bien mieux, sur le tronc principal vint se grefïer un rameau, qui grandit, se développa et fut bientôt d'une égale importance.

Nous avons relevé, sur la liste des Paroissiens, le nom de ce comte d'Argental qui avait épousé une amie de Mme Doublet, Jeanne Bosc de Boucher. Celle-ci ne tarda pas à devenir pour son amie une collaboratrice active.

Bachaumont et Mme Doublet récoltaient et répandaient leurs nouvelles avec désintéressement. A peine les abonnements, qu'ils faisaient payer, suffisaient-ils à couvrir les frais de copie et de distribution. Mme d'Argental établit à son tour, dans son hôtel, un bureau de nouvelles, reproduction des nouvelles de la Paroisse, mais qui lui donnait de sérieux profits, grâce au sens commercial dont cette petite tète de jolie femme était abondamment pourvue.

Argenlal, neveu de Mme de Tencin, était un lettré, zélateur enthousiaste, mais très écouté, de Voltaire. Choiseul, qui l'aimait, lui avait fait donner, à la mort du comte de Stainville, la place de ministre en France du duc de Parme : une sinécure avec vingt mille livres de traitement'. Il envoyait au prince, son maître, les bulletins de la Paroisse; et Madame les « donnait » aux particuliers, comme M. .Jourdain son drap aux gens de qualité qui riionoraient de leurs visites.

Toute cette organisation est révélée par un bulletin, devenu célèbre dans Fhistoire littéraire du xviir' siècle, bulletin rédigé en date du 9 mars 1762, pour Fédificalion du lieutenant de police, par le chevalier de IMouhy.

Il convient de le réimprimer ici une fois de plus; mais en le faisant précéder d'une remarque. Tous les historiens qui, jusqu'à ce jour, se sont occupés de Bachaumont et de Mme Doublet, ont placé Mouhy parmi les habitués de la Paroisse. Ce bulletin même y contredit. C'est à peine si Mouhy parvient, en circonvenant les domestiques, à se procurer des renseignements incomplets. «Mouche » active et légère qui vient voltiger dans l'enclos des Filles- Saint- Thomas, le chevalier ne fut jamais « Paroissien ».

Quoique ma santé ne me permette pas trop encore de faire de longues courses, écrit-il au Magistrat, je me suis

1. Dufort de Cheverny, Mémoires (éd. R. de Crévecœur, 1886, in-8),I, 2B9.

donné hier beaucoup de mouvements poui' exéculer vos ordres, bien fàolié de n'avoir pu en découvrir davantage.

Il est très vrai que la maison de Mme Douljlet est, depuis longtemps, un bureau de nouvelles, et ce n'est pas la seule; ses gens en écrivent et en tirent bon parti.

Je n'ai pu savoir le nom d'un grand et gros domestique, visage plein, perruque ronde, habit brun, qui, tous les matins, va recueillir clans les maisons, de la part de sa maîtresse, ce qu'il y a de neuf.

Il serait difficile de savoir les noms de ceux qui vont dans cette maison : ce sont presque tous des frondeurs. En femmes : Mmes d'Argental, Rondet de Villeneuve, du Bocage, de Beseval, etc. En hommes : MM. Foncemagne, Perrin; deux médecins : de Vaur, Firmin; Mairobert, d'Argental, etc. Je ne réponds point de cette liste : ce n'est qu'avec le temps qu'on parviendra à être siir des liaisons de cette femme. Il faudrait avoir des gens qui bussent avec des domestiques de confiance ou mécontents. Mais ce qui est certain, c'est que Mme d'Argental lient aussi un même bureau de nouvelles, (ju'elle est l'intime amie de Mme Doublet, comme M. le chevalier de Choisoul ; qu'un nommé Gillet, son valet de chambre, est à la tète du bureau tenu par les laquais; que l'on paye à la feuille; que ces bulletins sont bons, parce que c'est le résultat de tout ce qui se dit dans les meilleures maisons de Paris; qu'ils s'envoient en province, pour 12, 9, G francs par mois; que Mme d'Argental, depuis que son mari est en place, est beaucoup plus retenue que par le passé et n'est frondeuse qu'avec des amis intimes, tels que MM. de Richelieu, de Séchelles, le président de la Marche, Rougcot, Chauvelin, etc. S'il me revient d'autres renseignements, ou que j'apprenne des choses utiles, je me croirais heureux de vous donner les preuves de mon respectueux et parfait attachement '.

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