‹ Figaro et ses devanciers. Avec la collaboration de Paul d'EstréeChapitre 146 sur 178 · B. A. ms. 10 IG'J, f. 31G · texte numérisé non relu

B. A. ms. 10 IG'J, f. 31G

système de Marville, c'est-à-dire aux nouvelles autorisées et contrôlées.

La note suivante, provenant ég-alement des Archives de la Bastille, est due au fameux Marin — Marin, si malmené par Beaumarchais — et qui, lui aussi, malgré qu'il fût « censeur de police », tenait bouti([ue de nouvelles à la main ' :

Le sieur Gillet est venu uie dire que le ministre (Saintl'iorentin) et le Magistrat (Sartine) avaient décidé que je Hrais ses bulletins avant que de les envoyer en province.

Mille raisons me forcent de former appel de cette décision. Une semblable commission est très délicate et peut devenir dangereuse. Gillet se ferait tranquillement, et sans raison, pour 2 000 éeus au moins de rente; et tout le danger resterait au pauvre dialjle ([ui serait cliargé d'examiner ses bucoliques. Le genre de ces nouvelles n'est pas le même que celui des gazettes. 11 lauL nécessairement y mettre des personnalités, et la chose la plus indifférente peut donner de l'humeur à un bonune en crédit et occasionner des plaintes et des tracasseries. Ou le censeur nommé examinera ces papiers à la rigueur et en effacera une grande partie, et alors ils cesseront d'être intéressants, ou il les lira comme un commerce de confiance, et alors il s'exposera.

D'ailleurs c'est donner une sorte de consistance à des écrits, qui ne doivent point en avoir. La police ne peut et ne doit jamais approuver des nouvelles à la main. Elle est censée les défendre et ne peut que les tolérer, en ignorant leur existence. Cette espèce d'établissement peut devenir très abusive. On en formera une gazette et, pour peu qu'un rédacteur ait du crédit et de la souplesse, il obtiendra dans

1. nibl. do la Ville de Paris, 20 "700. — Dans ce recueil se trouvent un certain nombre de gazetins adressés par Marin au comte Ossolinski.

la suite un privilège destructif des autres gazettes et nuisible peut-être aux journaux, mais très lucratif au propriétaire.

Cet examen serait d'ailleurs très assujettissant. Gillet prétend qu'il écrit au moins trois fois la semaine et il serait embarrassé en cas d'affaires ou d'absence.

Il y a un parti beaucoup plus simple à prendre. Ce Gillet est secrétaire de M. d'Arg-ental. Il ne se soutient que par la protection de son maître qui jouit de celle du ministre. 11 dit que M. d'Argental lit lui-même toutes ses dépêclics. Il est donc plus naturel que M. d'Argental, qui est dans le corps diplomatique, qui est initié dans les mystères de la Cour et qui paie son secrétaire par les correspondances qu'il lui donne, soit chargé par le ministre et réponde personnellement de tous ces bulletins '.

Cette note, du 20 août 1765, persuada le ministre de la Maison du roi-.

On fit venir Gillet, pour s'entendre avec lui. Il promit de ne plus donner ses fouilles qu'une fois la semaine et qu'elles no contiendraient pas de personnalités, ni de réflexions, mais seulement des faits notoires^. Malheureusement cet accord fut de courte durée : la police se montra-t-elle trop exigeante, Gillet dépassa-t-il les limites qui lui étaient assignées? Cinq mois étaient à peine écoulés que l'administration, revenant à ses procédés anciens, interdisait d'une manière absolue la circulation des nouvelles manuscrites; mais Gillet continua do servir ses abonnés.

« Malgré l'injonction qui a été faite au sieur

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