‹ Figaro et ses devanciers. Avec la collaboration de Paul d'EstréeChapitre 145 sur 178 · Manuel, Police dévoilée, I, 2û · texte numérisé non relu

Manuel, Police dévoilée, I, 2û

de Waldeck, le vinaigrier de TEmpereiir — Hassan envoyait « ses manuscrits » dans toute TEurope, — des g-entilshommes et des magistrats, les ducs de Villeroy et de Duras, deux inspecteurs de police, et, détail piquçint, d'Hémery lui-même, inspecteur de la librairie, comme tel chargé de poursuivre nos nouvellistes et qui s'empressait de souscrire à leurs abominables gazetins.

Gillet découvre Tinfidélité de Bassan et le congédie; mais celui-ci, fort des abonnés qu'il a recueillis, s'adresse à un autre fournisseur de « mémoires », un moine de Saint-Denis, auquel il verse douze livres par mois; lequel moine de Saint-Denis tient lui-même ses originaux de Gillet; et Bassan continue son commerce dont les sources sont donc toujours les registres de Mme Doublet. Il occupe trois copistes et s'abrite sous la protection du commissaire Laumônier, auquel il fait « un service gratuit ». Rien ne manque au tableau.

On voit avec quelle rapidité, semblables aux abeilles d'une ruche qui essaiment, se répandaient les nouvelles à la main : car ce que nous indiquons ici se répète de toute part. Duval, premier secrétaire du lieutenant de police, en fait un croquis d'ensemble :

« M. d'Argental, ministre de l'infant, duc de Parme, continue toujours la distribution de ses nouvelles à la main. Les personnes employées dans son bureau les distribuent aussi en sous-ordre, moyennant des abonnements qui sont communément de six livres par mois. L'abus est porté au

point que les abonnés eux-mêmes en font commerce et que, par cascades, les bureaux de ces nouvelles se multiplient dans Paris et que les abonnements sont à différents prix suivant la qualité des personnes, soit pour Paris, soit pour la province ou pour l'étranger. Le ministre approuverait-il que je fisse faire une recherche exacte de tous ces bureaux en sous-ordre et que quelques-uns de ces distributeurs de nouvelles fussent arrêtés'? »

Le 16 décembre 17G4, le ministre ratifia les propositions transmises par le lieutenant de police; et, le 18, celui-ci donnait l'ordre à l'inspecteur Buhot d'y « veiller et de lui en rendre compte «.

Mais, ici, nous allons observer une nouvelle étape dans les transformations que l'opinion imposait progressivement au pouvoir. Sous Louis XIV, les nouvellistes étaient pendus, ou, pour le moins, envoyés aux galères ; en 174,j, ils étaient condamnés en trois livres d'amende et trois années de bannissement ; en 1764 , un inspecteur de police est chargé « d'y veiller et d'en rendre compte ».

Buhot y veilla donc et en rendit compte, et les nouvelles, rédigées dans la « salle de compagnie » de Mme Doublet, continuèrent, par diverses « cascades », d'inonder Paris; tant et si bien que, en août 1765, lasse de poursuivre un ennemi insaisissable, ou qui renaissait dès qu'on le croyait abattu, l'administration crut devoir revenir au

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