B. A. ms
gerie le 12 juin 1757. Il satirisait rarchevèque de Paris et le comte d'Argenson, ministre de la Guerre. Celui-ci ne tarde pas à tomber en disgrâce. Il est exilé en sa terre des Ormes, où il s'entoure de nouvellistes et devient le modèle qui pose devant Beaumarchais pour la figure du comte Almaviva. Au reste, c'est à l'époque même où Beaumarchais entre en scène, que le type du laquais nouvelliste atteint tout son éclat.
Les débuts dans le journalisme d'Antoine-Joseph Gillet, valet de chambre chez d'Argental, remontent à 1764. En 1770, il a groupé comme collaborateurs : Domanges, fils du cocher de Mme Doublet, Thomas, ancien valet de chambre du Président de Bachaumont, Cabirol, valet de chambre du marquis de Montesquiou, Alphonse Landrieux, cidevant laquais. Un joli bureau de rédaction.
Gillet a soixante- treize souscripteurs. Il n'est aujourd'hui journal du high-life qui ne les lui envierait : le comte d'Argenson aux Ormes, le duc de La Rochefoucauld, le comte de Biré, le marquis de Goaffier, les comtes de Narbonne, de Diesbach, de Touslain, de Sesmaisons, le prince de Chimay à Bruxelles, le prince Emmanuel de Saini à Madrid, le vicomte de Ghambrun, le grand amiral de l'Escaut à Anvers, le marquis de Blosset, ambassadeur à Gopenhague, le baron de Dietrich, stadtmeister à Strasbourg, les évoques de Montauban, de Troyes et de Saint-Papoul, le Premier Président Mole, les intendants de Lyon, de Lille, de Tours; — on en passe et des meilleurs.
Cet Antoine-Joseph Gillet, valet de chambre de la comtesse et secrétaire du comte d'Argental, était d'ailleurs seigneur d'importance et son camarade Figaro n'eût pas dédaigné de se dire son cousin. Il avait la qualité de « bourgeois de Paris ». Sa fille le seconda et bientôt le remplaça comme secrétaire du comte d'Argental. Vers 1767, Marie-Sophie Gillet épousa René-Charles de Vimeux, qui accepta pour lui et pour sa jeune femme la table et le couvert à l'hôtel du ministre de Parme, au quai d'Orsay, sur l'emplacement que devait occuper plus tard le Conseil d'État. Mme de Vimeux anima par son esprit et par sa grâce le salon du comte d'Argental, et quand celui-ci, après avoir perdu sa femme, fut devenu aveugle, « l'aimable Sophie » devint l'Antigone du vieux diplomate. Argental mourut le 5 janvier 1788, en laissant à « M. Gillet, son secrétaire depuis trente-quatre ans, » 2 000 livres de rente et à Mme de Vimeux, outre une rente de 1 000 livres, le portrait d'Adrienne Lecouvreur et le buste de Voltaire par Houdon '.
Mais le fidèle serviteur ne put survivre à son maître : cinq jours passés, il était mort. Ici, du moins, il diiïère de Figaro, qui n'eût sans doute pas permis que le décès du comte Almaviva troublât à ce point son existence.
1. Hon. Bonhomme, Grandes dames et pécheresses, Paris. 1883, pet. iii-8, p. -254-318, chap. consacré à Mme de Vimeux. Le testament du comte d'Argental est publié dans les Archives historiques, 1, 1889-90, p. 1-29.
Dès le xvii" siècle, le théâtre avait connu le valet de chambre nouvelliste. Tel Merlin dans la Comédie sans titre, où Boursault met en scène la rédaction
du Mercure :
Tant que dure le jour j'ai la plume à la main : Je sers de secrétaire à tout le genre humain. Fable, histoire, aventure, énigme, idylle, églogue, Noces, concerts, cadeaux, fêtes, bals, enjoùments. Soupirs, larmes, clameurs, trépas, enterrements, f^nlln quoi que ce soit que Ton nomme nouvelle Vous m'en faites garder un mémoire fidèle... i
Cette situation reconnue au vak't dans TAncien Régime répondait à la conception sociale de nos pères. Les plus grands seigneurs de la Cour y recherchaient les fonctions domestiques.
Un commerçant dérogeait, un laquais ne dérogeait pas -.
Sous Louis XIV, ITlalien Marana et, sous Louis XV, l'Anglais Sacheverell Stevens, en visitant Paris, sont surpris de voir les grands seigneurs et leurs valets vêtus avec une magnificence égalée « Ordinairement un laquais du bon ton, dit Mercier, prend les mœurs de son maître, son geste, ses manières; il porte la montre d'or, des den-
1. La Comédie sans titre, acte I, sccno i. '2. Dictionnaire do Trévoux.
','>. Cité par A. Babeau, les Arlisans et les domestiques d'autrefois, Paris, 1886, in-8, p. -287 sq.
lelles '.... » Le maître, dit le môme auteur, entretient une comédienne, le laquais une petite marchande de modes- : le laquais est mieux partagé.
« Le valet de chambre d'un homme en place, observe encore Mercier, jouit quelquefois de 40 000 livres de rente. Il a lui-même un valet de chambre, lequel en a un autre sous ses ordres ^ » Un des valets du duc de Valentinois était collectionneur, amateur des « moindres bagatelles élégantes ». C'est lui qui acheta la tabatière de Saxe, garnie d'or, que Fréron tenait de Piron K
Ces laquais, de qui les fonctions n'étaient souvent que décoratives, passaient des heures entières dans les antichambres avec les domestiques d'autres personnages. Quelles longues causeries et, soit dit en passant, quelle favorable occasion à s'approvisionner de nouvelles! Le valet de chambre est attaché à la personne du maître et pénètre dans son intimité. Il emploie ses loisirs à lire des romans, les livres nouveaux. La comédie de château était florissante. La Fleur et Nanette jouent les rôles de Frontin et Lisette, ou d'Annette et de Lubin, dans les pièces dont Monsieur, Madame et Mademoiselle sont les Léandre, les Clorinde et les Philis ^.
Au reste Frontin est souvent plus instruit que Léandre. Figaro est plus lettré qu'Almaviva. Dans