‹ Figaro et ses devanciers. Avec la collaboration de Paul d'EstréeChapitre 19 sur 178 · IbiiL. II · texte numérisé non relu

IbiiL. II

gazettes manuscrites une place relativement aussi importante que dans les feuilles imprimées qui leur succéderont :

14 avril 1730. — La Demoiselle Pélissier, qui a joué à Rouen pendant le Carême avec une partie des meilleurs acteurs de l'Opéra, y rerut, la semaine passée, une lettre de cactiet portant ordre exprès de revenir à Paris.

On craignait qu'elle ne passât en Hollande où le sieur Dulis, juif, ofTrait de lui établir un Opéra et de lui en laisser toute la rétribution '.

Puis les modes :

17 juillet 1730. — Messieurs les Curés de cette ville ayant représenté à la Cour le scandale que causaient dans les églises les paniers des femmes, on assure que Sa Majesté a rendu un arrêt qui défend à toutes les femmes de porter des paniers dans les églises; dans chacune desquelles il y aurait un e.xempt, un archer et un valet de l'exécution des hautes œuvres pour les brûler (non pas les femmes, sans doute, mais les paniers) devant la porte de l'Eglise -.

La mort d'Adrienne découvreur :

La Demoiselle Lecouvreur, fameuse actrice de la Comédie Française, mourut le 21. M. le curé de Saint-Sulpice a été obligé de refuser la sépulture au corps de la Demoiselle Lecouvreur, n'ayant eu aucun témoignage qu'elle eût volonté de se réconcilier avec l'Eglise. M. l'Archevêque, dont on a

1 Nouvelles publiées par le Bulletin du niblinpliilc, mars 1817, j). \■2'^. •2. Ibid., p. 1->I5.

imploré l'autorité, n'ayant pu désapprouver le refus de M. le curé de Saint-Sulpice, elle a été portée, par ordre de police, dans un terrain derrière les Invalides. Elle laisse plus de 200 000 francs de biens dont elle a disposé par testament. Elle laisse 2 000 francs à l'église Saint-Sulpice, 500 francs aux pauvres et d'autres legs '.

A l'analyse et à la critique des pièces récemment représentées, le nouvelliste ajoute souvent la transcription des passages qui en ont été le plus applaudis. Ailleurs c'est le croquis d'une séance de l'Académie des inscriptions.

Et plus on se rapproche de 89, plus vivement se font entendre, dans ces gazettes manuscrites, les grondements précurseurs de la Révolution :

Le mariage de Mlle de Matignon, petite-fiUe du baron de Breteuil, est enfin sûr d'être conclu avec l'aîné de la maison de Montmorency. On leur assure, en attendant mieux, dixbuit millions de fortune. On va bien loin chercher pourquoi tant d'honnêtes gens sont dans la misère. Ah! si l'on considérait les blocs effrayants de richesses accaparées par des familles privilégiées, on raisonnerait mieux et plus conséquemment -.

C'est la plume de Figaro.

Il écrit à Paris; mais il écrit aussi dans les provinces, à Lyon, en Normandie, en Bretagne, en Guyenne, et toujours de son style incisif et fron-

1. Nouvelles publiées par le nulletin du bibliophile, mars 1S17. p. 1>2. •1. Correspondance secrètr publiée par Lcscure, II, Q''t.

deur. Car, s'il est vrai que les nouvelles à la main parisiennes étaient les plus importantes — comme le sont, au xx'' siècle encore, les journaux de Paris — il y avait des services régionaux et, dès le xvii'^ siècle, JMichcl Le Tellier ne signale-t-il pas des gazettes à la main normandes et bretonnes, où w Ton parle souvent, dit-il, avec beaucoup de liberté des affaires mômes de TEtat »?

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