Lettre de Torcy, 15 avril
tout ce qui s'imprimait, édits, déclarations du roi, arrêts du Conseil et arrêts du Parlement^ ». A l'heure présente, il n'est pas de journal qui ne contienne des renseignements semblables, il n'est pas de libraire qui, par delà les frontières, ne les fasse parvenir à ses clients.
Quant aux ministres étrangers résidant en France, ils attachaient aux « gazettes secrètes » une importance qu'indique bien le mémoire rédigé en 1772 par un nouvelliste à la main nommé Kauffmann :
« Il y a environ sept mois, écrit-il, que M. Buhot (inspecteur de police) me donna des ordres pour m'introduire chez M. le comte de Werthern, ministre plénipotentiaire de Saxe, et chez le secrétaire de légation de cette Cour, avec injonction de faire l'impossible pour me rendre utile dans cette maison, afin de pouvoir être instruit des notions qu'on voulait savoir. Pour parvenir à mon dessein, je me chargeai de tout ce qui pouvait faire plaisir à ce ministre et je crus bien faire de lui procurer une Correspondunce (abonnement à des nouvelles manuscrites) pour laquelle il me sollicitait vivement^. »
Peu après, le même Buhot vient trouver le même Kaufîmann « avec de nouveaux ordres, dit celui-ci, pour m'introduire chez M. Sandoz, chargé d'affaires du roi de Prusse, pour être instruit de ses démarches, de ses liaisons, etc.
1. Archives do la Préfecture de police, canon Basnile II, 381. '2. B. A. ms. 1-2 403, f. 154.
« — Il était important, me dit-il, de ne pas perdre de vue cet objet et de n'épargner rien, pour parvenir au but.
« J'ai commencé par gagner le secrétaire, qui me dit un jour qu'il était cruellement embarrassé pour avoir la Correspondance (abonnement aux mêmes nouvelles à la main), qu'il ne pouvait la trouver et que M. Sandoz m'aurait une obligation singulière si je la lui procurais. Je saisis cette occasion pour lui prouver mon zèle '... »
Les ambassadeurs étrangers, non contents de s'abonner aux « petits manuscrits » que pouvait se procurer tout souscripteur, se mettaient encore en relations avec nombre de nouvellistes qui leur apprenaient, par un service particulier, les bruits de la Cour et de la Ville. Et l'on voit ainsi le métier de nos feuillisles glisser insensiblement à l'espionnage. Un peintre, Jean-Gabriel Bécat, fut mis à la Bastille en 1750, parce qu" « il continuait une correspondance avec 1\I. de Cobenlzl, ministre de l'Empereur, que feu son père avait commencée pendant la guerre - ».
Le Slalepapera office de Londres et le Musée Britannique conservent une grande quantité de ces gazetins, envoyés en Angleterre par des nouvellistes parisiens. Les Archives des Missions lilléraires en ont publié un certain nombre \