‹ Figaro et ses devanciers. Avec la collaboration de Paul d'EstréeChapitre 52 sur 178 · Texte publié par Ravaisson, ibid., XIII · texte numérisé non relu

Texte publié par Ravaisson, ibid., XIII

en grosse quantité en France; du temps des Caniisards, c'était à lui que s'adressaient la meilleure partie de ceux qui fuyaient le royaume et il était le premier nouvelliste pour ce qui regardait cette guerre ». « 11 fournit les protestants de livres défendus, » lisons-nous dans le rapport, daté de 1712, auquel nous empruntons ces lignes. Ce rapport conclut ainsi : « Il a beaucoup d'esprit et est fort délié et retors; aussi un homme comme lui est très dangereux dans le royaume et particulièrement dans Paris ».

Ce qui désignait plus spécialement à l'attention de la police ces publicistes hostiles aux intérêts du roi, c'était leurs fréquentes visites aux ambassadeurs étrangers.

A l'époque de la Guerre de la Succession d'Autriche, l'inspecteur d'Advenel est amené à filer un Savoyard, distributeur de gazettes manuscrites, un jeune homme de vingt-six ans, nommé Forestier. La France entière suivait avec anxiété les péripéties du siège de Berg-op-Zoom, que dirigeait le maréchal de Lôwendal,

La place, serrée de près par nos armes, résistait énergiquement; et chacun sentait que de la chute de la forteresse dépendait l'heureuse conclusion de la paix. Cependant Forestier répandait des nouvelles comme celle-ci :

La Haye, 28 août 1747. — Quelques-uns des oflicicrs vétérans, pensionnaires de la Ilépubliquc, désignés par le stalliouder, se rendront aussi à Bcrg-op-Zoom, pour y rem-

placer ceux qui ont été tués à la dernière attaque, dans laquelle, après une vigoureuse opiniâtreté de part et d'autre, on est enfin venu à bout de déloger les Français et de les chasser de tous les ouvrages dont ils avaient eu tant de peine à s"emparer, de sorte qu'aujourd'hui ils ne sont pas plus avancés qu'aux premiers jours du siège.... Amsterdam, 30 août 1747. — On se défend toujours avec beaucoup de vigueur ; et les Français, désespérant du succès de leur entreprise, ont déjà fait transporter une partie de leurs bagages à Anvers. Ils ne peuvent pas trouver une goutte d'eau pour apaiser leur soif, qui est incroyable, depuis quelques jours que la chaleur est excessive. Les déserteurs, qui nous arrivent en grand nombre, disent que la misère et le manquement de tout a occasionné beaucoup de maladies parmi les Français et que la malheureuse entreprise contre Berg-op-Zoom coûtera à Sa Majesté Très Chrétienno plus do la iiKiilié de son armée.

On sait commenL les troupes du maréchal de Lowendal donnèrent à ces propos le démenti qu'il fallait. Forestier fut arrêté dans le cloître Notre- Dame, où il colportait ses gazetins parmi les groupes de « nouvellants », — et les portes de Bicètre se refermèrent sur lui.

Outre les nouvellistes en communication directe ou indirecte avec l'étranger, il faut encore signaler — à une époque où l'idée de patrie s'était déjà éveillée en bien des cœurs — les sujets du Roi Très

Chrétien qui faisaient des vœux pour les armées ennemies : types déjà rencontrés parmi les nouvellistes « à la bouche », qui les appelaient des « merles* ». Morabin, secrétaire du lieutenant de police — et qui devint membre de TAcadémie des Inscriptions — note également, parmi les nouvellistes à la main, ceux qui forment des vœux hostiles au pays-. On les appelait « les Autrichiens » — et de là tirera plus tard sa terrible force cette épithète d'autrichienne dont on poursuivra Marie-Antoinette jusqu'à l'échafaud; le mot était devenu synonyme de « traître à la patrie ». Ces gazetiers étaient des « Autrichiens » parce qu'ils exaltaient l'impératrice Marie -Thérèse, et ses capitaines et ses hommes d'État, en guerre avec la France. On les nommait encore « les Lorrains », parce que la maison régnante en xVutriche était la maison de Lorraine et que nombre d'habitants de celte province lui conservaient leurs sympathies.

Les arrestations de nouvellistes « qui s'étudiaient à élever excessivement la reine de Hongrie (Marie- Thérèse) » se multipliaient. Tollot, disait, le 27 avril 1744 :

« Je n'ai jamais voulu être associé avec Sarazin. Je lui ai dit que nos humeurs et nos façons de penser étaient tout à fait différentes, qu'il était mordicant, outré, passionné, lorrain et autrichien...'K »

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