Rapport de Roussel, 24 nov. 1753, ibid., f
4. lbid.. f. 192. Lettre de Julie au Magistrat, 29 niai 1754.
Antoine Allègre, le célèbre compagnon d'évasion' de Latude. Or, Julie communiquait avec eux par^ des trous que les prisonniers, ses prédécesseurs, avaient pratiqués dans les planchers. Mais le major Chevalier surprend l'entretien qu'il rapporte en ces termes à son supérieur :
« Etant sur l'escalier, entre la chambre de la première Bertaudiôre, où est Julie, et la seconde, où demeure Rhin ville, ces deux prisonniers, conjointement avec Allègre, qui est au cachot dessous, étaient en conversation. Ils s'entretenaient et di-j saient que la nourriture du Château (de la Bastille) devrait être meilleure, mais qu'il ne fallait pas s'en étonner, parce que M. de Rys, ainsi que le major et l'aide-major, s'entendaient tous en- | semble, ce qui en était la cause.
« Allègre s'est informé à Julie d'une Louison | qui demeurait ci-devant rue Fromenteau : il lui a j répondu qu'il la connaissait fort bien et qu'elle n'avait jamais été si bien qu'elle est aujourd'hui. Après quoi Julie lui a rendu compte du dernier voyage que Rys a fait de Compiègne à la Muette, surtout des deux ballets qui s'y sont exécutés. Après quoi Julie a passé du tabac à Rhinville, au bout d'un fil ou ficelle, lequel Rhinville n'a pas trouve i bon, disant qu'il était sec et que le sien était plus frais. Il lui en a offert, Julie l'a remercié. Après quoi Rhinville à démontré à Julie tout ce que reii- | fermait la Bastille, tout le local en général, les noms et qualités de ceux qui l'habitent. Je crois réellement qu'il ira rien oublié. Je suis encore sur-
pris d'étonnement; l'heure du repas est venue; je me suis retiré 1. »
Julie, à la Bastille, a obtenu du papier et de l'encre. Il écrit un poème sur Judith, un autre sur la Passion, il compose cinq cents vers « sur le battement nouveau des tambours », des fables, les portraits rimes de tous les officiers de police placés sous les ordres de Berryer que le prisonnier espère ainsi fléchir; mais Berryer met en apostille sur toute cette littérature : « Il ne manquait plus à Julie que d'être poète pour être fou tout à fait2 ».
Et le malheureux continue à supplier le Magistrat de lui faire ouvrir les portes de sa prison.
« J'ose vous demander ma liberté. Vingt-huit ans accomplis, aussi gueux qu'un rat d'église, les réflexions que je fais tous les jours sont de bon aloi et me mèneront , si Dieu est touché des prières que je lui adresse , dans le chemin d'une félicité tranquille que j'ai jusqu'à ce jour ignorée3. »
Enfin, après une détention de deux ans, le 27 juillet 175 i, il sortit de la Bastille. Long châtiment! A vrai dire, on ne pouvait admettre qu'un publiciste rédigeât une feuille clandestine, où les aventures d'alcôve des personnes du plus haut rang étaient rapportées avec précision et chacun des acteurs nommé par son nom; mais comment qualifier la