‹ Figaro et ses devanciersChapitre 12 sur 194 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Un nouveau domestique dans les grandes maisons : le chasseur de nouvelles. — 11 est agréé par les couvents et se glisse chez les ministres. — 11 cultive tous les genres. — Il se transforme pour étendre ses opérations. — 11 fournit une, deux, trois maisons. — Il prend des auxiliaires : il tient hureau de nouvelles.

De Paris, le 6 janvier 1721, le marquis de Balleroy écrivait à sa femme :

« Je viens d'arrêter un nouvelliste dont on m'assure que vous serez contente. »

Les parents, les amis, les relations, même avec les serviteurs comme auxiliaires, ne suffisent pas. On s'adresse à des spécialistes, de qui Ton sera en droit d'exiger, moyennant une rétribution précise, la ponctualité et l'exactitude. Les personnes de qualité auront ainsi leur informateur, chargé de recueillir et de transmettre les échos du jour, personnage qui fera partie de leur « domestique », au même titre que le suisse ou le maître d'hôtel.

Un compte manuscrit des recettes et dépenses du duc de Mazarin porte cet article :

Au sieur Portai, pour les nouvelles quïl fournit toutes les semaines par ordre de Monseigneur, et pour cinq mois, à 10 livres par mois 50 livres.

Outre ces appointements fixes, le chasseur de nouvelles avait droit de prendre place à la table de l'office, quand le hasard de ses courses ramenait, à l'heure du repas, dans le quartier où résidait son maître. « Et vous pensez bien, dit l'un de ces pauvres diables, que le hasard se présentait tous les jours. »

« Il n'y a point d'hôtel fréquenté qui n'ait son nouvelliste, lisons-nous dans les Entretiens du Palais-Royal l, et, comme c'est ordinairement un être qui va chercher dans tous les recoins de quoi remplir sa tâche, il rapporte indistinctement tout ce qu'on lui dit : souvent môme il imaginera pour se rendre intéressant en tâchant d'amuser. » Type heureusement renouvelé du nouvelliste de Plaute, qui « savait et disait tout », jusqu'aux plus intimes propos de Jupiter et de Junon.

Les recueils de correspondances, rédigées par ces informateurs aux gages d'une grande maison, sont conservés en si grand nombre — les uns encore inédits, les autres déjà publiés — que la place ferait ici défaut pour en donner une simple énumération.

Le maréchal de Luxembourg employait à cet office un aventurier, qui se donnait pour gentil-

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