Œuvres complètes de Chcvricr, Londres
malgré ses serments. Les femmes de la Halle se précipitent chez Mouhy, rue Saint-Honoré, où elles rencontrent Augier. « On leur fit comprendre qu'elles ne devaient être qu'à la joie de recevoir leur roi sauvé par la Providence. »
Les feuilles destinées à chaque « ordinaire » étaient régulièrement portées aux bureaux de la police, qui les retournait, avec ou sans corrections. Mouhy avait un assez grand nombre d'abonnés; et il faut reconnaître que, pour dépourvus de valeur littéraire que soient généralement ses romans, tout au contraire ses papiers-nouvelles révèlent un anecdotier amusant, un observateur diligent et attentif, un chroniqueur averti. Il avait la passion de Finformation . Partout il courait lui-même , ayant appris, dit-il, « tous les détours de Paris et tous les passages de maisons qu'on ne reconnaît que par une longue expérience ». Avec une audace inouïe, il s'introduisait dans les demeures particulières, écoutait aux portes, regardait par le trou des serrures. « Mme de B... avait au moins quarante ans, elle en paraissait tout au plus vingthuit, par les secrets admirables qu'elle mettait en usage pour conserver son teint. Un jour que je regardais par le trou de la serrure de son cabinet, je la vis en chemise devant son miroir. Elle s'était levée par précaution pour enjoliver son visage; elle avait un pied de pommade sur la peau.... »
On a dit le goût de Voltaire pour le commerce des nouvelles. Mouhy entra en rapports avec lui pour lui emprunter de l'argent. De Cirey, le célèbre philosophe écrit à l'abbé Moussinot :
« Il y a un chevalier de Mouhy qui demeure à l'hôtel Dauphin, rue des Orties. Ce chevalier veut réemprunter cent pistoles.... Je vous prie de lui dire que mon plaisir est d'obliger les gens de lettres, quand je le peux; mais que je suis actuellement très mal dans mes affaires, que cependant vous ferez vos efforts pour trouver cet argent et que vous espérez que le remboursement en sera délégué de façon qu'il n'y ait rien à risquer, après quoi vous aurez la bonté de me dire ce que c'est que ce chevalier1. »
Ainsi se noua le service des nouvelles par l'intermédiaire de ce même Moussinot :
« Je vous prie de donner 130 francs au chevalier de Mouhy... Dites lui que je suis charmé de l'avoir pour correspondant littéraire, mais que je demande des nouvelles très courtes, des faits sans réflexion et plutôt rien que des faits hasardés2. »
Les « petites nouvelles » seront donc envoyées à Cirey deux fois par semaine. Voltaire recommande