mai 1711, P.. A. ms. 11 193. f
cafés, échos des salons, confidences de couloirs,
bavardages de coulisses, l'image vivante, animée, pittoresque, d'une société aimable, spirituelle, préoccupée de satisfaire ses goûts de plaisir et de galanterie; politiquant par occasion, car dans ces feuilles on trouve aussi le récit des intrigues de cour, la critique favorable ou hostile des actes du gouvernement, enfin un bref récit des événements militaires. Le romancier lourd et prolixe se transforme en nouvelliste vif, amusant, léger, qui a le sens du pittoresque, présente faits et gens en tableautins colorés, sait faire vivre ce qu'il touche. Suivons-le au Palais Royal, parmi les « nouvellants », une de ses sources d'information :
27 février 1744. — La rage pour apprendre des nouvelles est au point que, pour peu qu'on vous croie répandu dans le monde, vous êtes sûr d'être arrêté à chaque pas par une infinité de gens qui ne vous sont pas connus.
Il s'agit là de Mouhy lui-même.
Cette fureur est si grande que, lorsque quelqu'un vou parle à l'oreille, les nouvellistes accourent sans s'embarrasser si on le trouvera bon ou non, et vous écoutent le plus près qu'il leur est possible. Ils s'attirent parfois des désagréments; rien ne les rebute; ils ne font quartier à personne; rien n'est plus singulier que leurs démarches....
Le 5 mars, les pelotons du Palais-Royal s'entretiennent d'un récent combat naval :
Sur les midi, on débita que M. de Court avait pris aux
Augl.iis huit vaisseaux, quïl leur en avait brûlé ou coulé six et qu'il était encore à leur poursuite. Le doute, qui accompagna cette nouvelle, la lit croire d'abord sobrement, mais, sur les quatre heures, ayant été confirmée, sans trop savoir pourquoi, elle fut adoptée comme certaine. Les visages épanouis et radieux vous annonçaient le triomphe. Il semblait que chacun eût eu sa part à la victoire. Osiez-vous demander une autorité ou en douter? sringt louis brillaient à vos yeux pour vous obliger à en faire le pari. Enfin c'était une ivresse. Une heure après, les doutes sont venus à la traverse. L'abbé Maline a été chez Mme Daugny, qui avait été citée pour avoir reçu de Mme de Betz une lettre qui lui mandait la nouvelle. Il en est revenu sans confirmation. La même chose est arrivée de différentes autres citations. La rage s'est emparée des esprits. Il est cruel de revenir des choses flatteuses qu'on croit. Les nouvellistes furieux ont juré qu'ils ne croiraient plus rien, et Garpas, de rage, est sorti en grondant du Palais-Royal.
On dit qu'avant-hier le roi plaisanta sur la nouvelle en disant :
— Je parie, s'il fait beau, que les nouvellistes du Palais- Royal en sauront plus que moi, parce que je n'ai qu'une lettre et qu'ils en voient de toutes parts.
Aussi les papiers-nouvelles de notre policier ontils obtenu, au xixe siècle, à deux reprises, les honneurs de Timpression, d'abord dans la Revue rétrospective de Taschereau1, puis dans l'édition in-12 de Barbier, où celte correspondance a été publiée sans nom d'auteur. Le hasard des ventes publiques avait rendu Victor Schœlcher possesseur d'un certain