‹ Figaro et ses devanciersChapitre 129 sur 194 · Cf. le tome VI, Bibl. de la ville de Nancy, ms · texte numérisé non relu

Cf. le tome VI, Bibl. de la ville de Nancy, ms

LE CHEVALIER DE MOUHY. 22iî

hier le célèbre Rameau à la Comédie. Il se porte beaucoup mieux : nous jasâmes. »

Et, de cette « jaserie », voici, tout naturellement, des notes pour les papiers-nouvelles. « Rameau m'a dit qu'il avait vingt opéras tout prêts à être exécutés, mais qu'il n'en donnerait pas un qu'il n'eût obtenu la pension de mille écus qu'il croyait avoir méritée...1 »

Mouhy a ses entrées chez le duc d'Orléans, le fils du Régent, où il intrigue, quémande, écoute aux portes :

« Malgré la dévotion du duc d'Orléans, écrit-il le 6 avril 1744, on peut assurer qu'il s'occupe des nouvelles publiques et qu'il désapprouve, comme bien d'autres, la conduite des ministres. On se trouva hier à la porte de son petit appartement de Sainte - Geneviève, où l'on entendait quelques mots. En descendant son petit escalier, à deux heures, avec un de ses gentilshommes et La Marche, son valet de chambre, il prit de l'eau bénite à la porte et fut se renfermer dans l'église. »

Assurément le métier que fait le chevalier, éveille en lui des sentiments de révolte : mais, étant donné son caractère, il ne laisse pas que d'y trouver des jouissances particulières, « bien que, dit-il, la dépendance où je suis (de la police) en diminue le charme ».

1. Le Papillon ou le lires pari siennes (par le chevalier de Mouhy), août 1751. (A cette époque Mouhy n'appartenait plus officiellement à la police; il cherchait à y rentrer; et, en attendant, il faisait de la correspondance étrangère dans les Pays-Bas.)

Ceux qui soupcnt en sa compagnie ne se cloutent guère que, dès le lendemain, leurs propos iront à la lieutenance de police.

« L'abbé Prévost a conté au chevalier de Mouhy (le 7 août 1749) chez Mme du Bocage, où ils soupaient, que Mlle de la Motte, de la Comédie-Française, était si friande de jeunes gens, qu'elle avait débauché avec des petits pâtés et des friandises deux jeunes pages de l'hôtel de Conti, qu'elle les avait mis sur les dents et que le prince, qui en avait été informé, leur avait fait défendre de retourner chez elle1. »

Pour diminuer l'ardeur du gazetier, il n'est liens d'amitié ni de reconnaissance. C'est un bulletin de Mouhy à la police :

« Voltaire est d'une humeur épouvantable, traite avec la dernière dureté la marquise (du Châtelet) et la fait pleurer toute la journée. Avant-hier, il y eut une discussion qui dura toute la nuit. Voltaire, comptant souper tout seul, avait fait mettre son couvert sur une table étroite ; Mme du Châtelet, étant revenue pour souper avec lui, souhaita qu'on mît une table plus raisonnable. Voltaire s'obstina à la garder et, sur des instances nouvelles, dit qu'il était le maître chez lui, qu'il y avait trop longtemps qu'il faisait le métier de dupe, et lui dit plusieurs autres duretés. Les contestations, qui sont fréquentes, font l'objet des railleries de toute la maison. Les motifs secrets de ces mauvaises

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