Mouhy ù Berryei'j août 1749, éd. Ravaisson, XII
humeurs respectives sont occasionnées par la passion de Voltaire pour la Gaussin. » Mouhy ajoute : « Le journal de tout ce qui se passe entre ces victimes de l'amour et du bon sens serait aussi singulier qu'intéressant » ».
Ce qui n'empêchait d'ailleurs pas Mouhy d'implorer Voltaire, dans le moment même, pour qu'il lui fît obtenir la place de correspondant littéraire du roi de Prusse. Voltaire ignorait ces rapports de police, mais il lisait les « sottises » que, tout en le sollicitant, Mouhy écrivait contre lui dans une petite feuille, la Bigarrure2. Le caractère de Voltaire est fait de singuliers contrastes. Il connaît les attaques de la Bigarrure et en sait Fauteur. « Il n'y a aucun de ces animaux-là, mande-t-il à d'Argental, qui n'écrivît quelques pauvretés contre son ami, pour gagner un écu. » « Je veux ignorer ses petites impertinences, ajoute-t-il, qu'on ne peut attribuer qu'à la folie :% » et il s'efforce d'obliger son détracteur.
Parfois cependant, dans ces bulletins destinés au gouvernement, Mouhy fait montre d'indépendance :
« Le peuple dit qu'il règne un brigandage dans la maison (du roi) qui n'est pas concevable et qu'il est surprenant que M. de Maurepas (ministre de la Maison du roi et de la Marine) l'ignore ou feigne
1. Extrait de gazetins publiés par Ravaisson (XII, -24G), qui les attribue inexactement à l'inspecteur Poussot.
2. La Bigarrure, ou Gazette galante, historique, littéraire, critique, morale, satirique, sérieuse et badine (par le cbevalicr de Mouhy), IV, La Haye, 1750.