‹ Figaro et ses devanciersChapitre 136 sur 194 · LES PAMPHLÉTAIRES · texte numérisé non relu

LES PAMPHLÉTAIRES

pisation d'une académie l'ondée par le marquis de Cursay sur le modèle de celle des Vagabondi et en devient l'un des dignitaires.

Puis il s'occupe de pacifier l'île et rédige un gros mémoire, où il conclut à la destruction de toutes les forêts, afin de priver les rebelles de leur refuge; mais ses incartades de plume et de langue finissent encore par le faire exiler. Il vient en Avignon, publier une Histoire de la Corse, dont les deux premiers volumes sont tellement durs pour les Génois, que, sur la plainte de leur République, le gouvernement français arrête l'impression. Revenu à Paris, en 1751, Chevrier y prépare des romans, précédé déjà d'une si fâcheuse réputation que la police n'hésite pas à lui attribuer — à tort — Fret Mon, histoire scandaleuse de la célèbre Clairon. Chevrier n'avait pas une moindre haine pour les financiers. Aussi écrit-il un poème en l'honneur de Mandrin1. Il détestait la religion et les prêtres; était franc-maçon et athée. Ses « réflexions sur l'argument de Monsieur Pascal et de Monsieur Locke concernant la possibilité d'une autre vie à venir » et ses « Réflexions sur l'existence de l'âme et sur l'existence de Dieu », qu'il nie toutes deux, sont d'une singulière hardiesse pour l'époque, au reste d'une pensée souple et d'un style entraînant.

Chevrier fit mieux que des comédies et des pamphlets pour défendre ses convictions. En 1753-1758

1. La Mandrinade, en six chants, par M. D..., Valenciennes, 1758, in-8 de 53 p.

il publiait ses Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres de Lorraine et son Histoire générale de Lorraine et de Bar, encore estimés par la critique moderne, ne fût-ce que pour le prix des documents, aujourd'hui perdus, qui y sont utilisés. « L'histoire était son genre propre, » écrit M. Courbe1.

C'est sur la fin de 1752 que Chevrier nous apparaît pour la première fois comme nouvelliste, fréquentant les cafés, celui de Curé notamment, pour nourrir ses bulletins des propos qu'il y peut glaner; ce qui lui vaut d'être mis en observation.

« Depuis son retour à Paris, dit l'inspecteur Meusnier, il n'y a pas de femme qui ne se plaigne i de lui; il est dangereux dans la société, mauvais plaisant, n'épargnant pas ses meilleurs amis, se donne pour un homme de qualité riche2. »

En décembre 1752, Chevrier proposa donc à un nouvelliste à la main, Duthuillé, de s'associer pour publier en collaboration une feuille de « gazettes secrètes », qui serait plus particulièrement un « ouvrage polémique », — voilà le pamphlétaire. Che-f vrier fournirait les « mémoires », à raison de dix-j

1. Courbe, Promenades historiques a travers les rues de Nancy, Nancy, 1883, p. 281 sq.

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