AVIS
pour une feuille manuscrite intitulée le Courrier de Paris
Offrir un ouvrage polémique dans un siècle qui abonde en feuilles de cette espèce, c'est courir, dira-t-on, une carrière très rebattue et risquer par là de n'être pas lu. Cette réflexion est juste et on se garderait bien de donner cette nouvelle feuille, si l'on n'était pas sur de se tirer de la foule obscure de ces gazetiers littéraires qui ennuient le public avec privilège.
La feuille qu'on propose ne ressemblera ni aux nouvelles à la main qui ont paru jusqu'ici, ni aux ouvrages périodiques que la satiété de Paris rejette sur les provinces. Variées, autant que le goût et les circonstances le permettront, nous rassemblerons, sous un même point de vue, des nouvelles étrangères à la politique et indépendantes de l'État. Ce que nous dirons des spectacles et de la littérature n'aura rien de
1. On conserve à la Bibliothèque de l'Arsenal une série d'exemplaires du Courrier de Paris par Chevrier et Duthuillé, mss 1 08-2 et 11 860, doss. Duthuillé. On trouve ci-contre le l'ac-simile de la première page de l'un
d'eux.
;>4't FIGARO ET SES DEVANCIERS.
commun avec le Mercure et les autres journaux de France, qui, ne parlant qu'après coup, n'ont à publier que des vérités connues. Percer l'avenir et pénétrer les anecdotes secrètes de la Ville et du Parnasse, tel est notre projet. Serat-il rempli? Vous en jugerez par la feuille ci-jointe.
Cette circulaire était accompagnée de deux' feuilles spécimen, qui tombèrent entre les mains de M. de la Châtaigneraye, intendant de Châlons, . lequel s'empressa d'en aviser le chef de la police parisienne ] .
Berryer met en campagne l'inspecteur dflémery, qui ne tarde pas à découvrir le rédacteur du gazetin, « Jean-Baptiste Duthuillé, ancien secrétaire du président Brayer de la Motte, sans ressources, à la
on
recherche d'une position sociale, d'ailleurs gare, d'esprit, et l'intime de Chevrier, qui a bien pu le conseiller et lui donner des matériaux ». Hémery voyait juste. Une lettre de cachet est lancée contre le publiciste; Dulhuillié en est averti et se cache; mais il n'interrompt pas la publication de ses gazetins. On lit dans celui du 3 mai (1753) :
Ne soyez pas étonné, Monsieur, du changement de la feuille ci-jointe. Jusqu'à nouvel ordre elles seront précédées d'un préambule et terminées en lettres ordinaires, pour éviter toute ressemblance avec ce qu'on appelle nouvelles à la main.
Depuis le 5 avril, date de la dernière feuille, j'ai eu des inquiétudes de la police, qui m'ont forcé à interrompre mes opérations, auxquelles cependant je travaille à donner une